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Full text of "Considerations sur les droits par lesquels la nature a reiglé les mariages"

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CONSIDERATIONS 
* s rR 

LES DROITS 

^PARLESQVELS 

LA NATVRE AREI- 



G L E' LES 



MARIAGES 

PsLvMOrSE AMTKAFT 




A S A F M KK. . 
Çhés ISAAC DESBORDES, 
^ Impri meur & Libraire. 

M. DC. XLVlH ^ 



A MONSEIGNEVR 

LE G O V X. 

SEIGNEVR DE 

LA BERCHERE,&e. 

Premier Président a^ 
Parlement de Grenoble, 



ONSEIGNEFR, 




%>4yantily a àefja. long-tembs\ 
*vrigranddejtr de donner quelque temgi^ 
gnage au public ^ tant de hflimeextm^ 
ordinaire que icfais denjojlre excellente 
'^enu^^que durejfentiment queiajde . 



az 



E P I s T R E 

l'honneur de "voftrc bonne "volonté enmrs 
wcy^ilafalluqHei'yéiye apporté plH$ 
de circonfpeÛion quvn autre n'eufieilé 
obligé défaire. Si d'^vn cofié, M O N- 
s EIG N EVRj ie njoHS eujfe offert 
njn hure plein de ces controucrjes qui 
nousfeparenten la R^eligionj autant que 
çeujl efié njn prejent dign e de ma condi'- 
tion , autant peut efire beuji on iugémal 
ccnucnable a laprofcjjton quejvousfai^ 
tes. Si de l*autre teuffe choifi quelque 
matière de cette lurijprudencej, qui con-^ 
fjle en ladecifion des Loixy ou dans le 
droiéî eflablipar les Couflumes'^ par 
les Ordonnances ..comme on n'y euflrien 
trouuéà redire eu égard a la qualité que 
njous portés Je ne doute aujji nullement 
que la plus-part ne l'euffentpas ejlimee 
également feante a la mienne. Enfin^ 
MONSEIGNEVR, fi^'cuffe taf 
ché de trait ter quelque fujet tiré de U 
Philofophie ou des belles lettres ^ par ce 



DEÉÏeÀTDIÏlE. 

nue ce font chofesôui nefefont^oimd^'^ 
clarccspoartvneny ^yonvi autre dcsKe^ 
ligionsy & qnc d^ ailleurs elles Jont ind:f- 
fcremment bien tenues dans nos cpH- 
des ^ & dans vos Palais j ta^Jfeàla 
njerité moins eu de peine a exmjer le 
dejjein de le vous dédier. Mais ie nejcay 
(i ceufl ejlévne choje agréable a la gra--' 
deur de vojlre génie ^ que ïay connu 
fort èleué au dejfus de cesouurages qui 
n ont pour matière que des mots ^ ou af^ 
fc^ fortahle a mon aage f0 a mon. in- 
clination y qui déformais nes'ayijieplus 
muec les Juhtilités ç^ Us gentille jf es de 
tEfcole. Ce hure que lofevouspre-- 
y^wr^r^ M ONSE IGNE VR. ^ éuiters 
tous ces inconueniens. Car tant s' en faut 
dtue ie m'y fois propofé d'y faire des re-^ 
marques y oud'y donner des régies fur ce 
qui ejlde l'élégance du langage^ en queL 
i^ue idiome que ce fit ^ que ie ri y ay eu 
^Mre foin fmon de me faire entendre en 



a 3 



Epis t r ê 

md Idnguc naturelle yfans éijlreindre mon 

fiileauxloixde l'eloaucnce de ce ternes. 

et s il y a quelque chojè de U Philo fe-- 

fhiemejléjiene crois pas qn il j aitper- 

Jonneqmsy entende ^ qui napperçoiue 

aifcment que ïy ay jui tant que îay 

peu cette façon JcolaJliquCy qui Jkhtilije 

trop les choJeSjOti-qui hcrijje d'épines les 

objets de la raijon, ^uantaufujetdu 

Imre m z^neral , faduoue quil efi en 

partie de Théologie , en partie de lurif- 

prudence^ dont il pourrait Jemhler que 

lune excède beaucoup ma portée ^ ^ 

que l'autre efi fort différente des occupa-- 

tions ordinaires d'vn perfnnage qui 

tient de père en fils la première place dans 

njn Parlement. Mais ny entvne ny en 

l'autre ie ne puifi rien d ailleurs que des 

fcurces de la nature :, qui efi commune a 

tout le monde ^^^ quincfertpas moins 

de haje aux reuclations des Apofires^ 

au aux rejponfcs des Sages ^ & aux 



D ICATOiRE; 
^diflsdes Prêteurs. Et comme ^ourfé^ire 
ielurijconjulte ^ ainJtqHc ic l'ayfaiten 
te Iture^ il ne faut que confidcrer njn peu 
Joigneujcment les chojes , ^ufcrrai- 
fonnablement de fon efprit jpouriuger^ 
des matières de Theoiogie que ly traittc,, 
il ne faut quy porter attentiuement fc 
penfée ^ & y employer Jon bon Cens. 
^antavous ,MoNSEIGNEVR^ ^ 
tout le mondefçdtqîie [i ^ous prenêsU 
peine de lire ce petit ouumge ^pour en 
examiner les Jèntimens j "voHSy appor- 
tera 'vnc intelligence fublime ^ Jouue- 
rainement épurée ^ qui donne toujtours 
des Arreflsya quelque choje que vous U 
njueilliés appliquer. Pour moy j,f celuy 
que vous enprononcerés ^ m'cjlj^auora- 
hle j ie ne crains pas le iugemem que les 
autres feront de la mienne ^ & con- 
fentiray volontiers qptelie demeure fatif 
faite de Jcs propres produéîions. Cenejl 
pas feulement fur les fleurs de lis que 

44 



E P I s T R E 
^ota rendes des decifions f ecjuiuhlei^ 
m elles nepeuuent ejlre contredites par 
ccuxmejmes me "vous condamnes. Par 
tout éitlleurs il paroifl tant de lumière & 
de iuflice en njos opinions^ que ce que 
^ous aucs ejlimè digne de njojtre appro- 
bation y doit auoir celle de tous les hom- 
mes, Aiais quelque dejlin qu'ait mon 
i rauail j lefperCyMoj^lsElGnEVRj 
qît( njous me ferès U faueur d'y conf- 
derer bajfe6lion ^ la reuercnce auec 
laquelle ie le njous ojj^re, V affection a 
pour motif la Jouuenance des obligations 
queic vous ay. La reucrence naifl a U 
"Vérité de la confderation de vofire di- 
gnité 3 que nous deuonsrefpeciercom-^ 
me vn caractère njiuant de lapuijjance 
Royale. Mais ie confefje , M o N s K I- 
GN EVR 5 quelle ne tire pas moins fon 
origine de la connoijjance que îay de 
njofirc "vertUj qui m'a toufours en cela 
paru au dejfus de vofire dignité^ quelle 



D E D ï C A T O î R E. 

€eclané extraordinairement dansl'oh- 
fcîfrcijfement de l'autre. Il ejlj^eutejlre 
plus henreux de ne joujfrir ïamdis d'e-^ 
ctipje en la fulendctir de ja condition; 
mais il eji indubitablement j^lus glorieux 
d'y en auoir foujfert quelque temps, 
quand parla grandeur de fon courage 
en s'efi maintenu au de^us du choq de ce 
quon nomme la fortune. Et lay touf- 
jours creu que les accidens de la nature 
de ceux qui njous font arriués jjont com- 
me des ombres ^ qui rcleuentle lujlre d^S 
'Vertus dont tHisloire des grands hom - 
mes ejl colorée. Si nous auions accouflu- 
^T^^é'', MoNSEIGNEVR:, dc publtCr 
quijont êeux a qui nous njoulons offrir 
nos labeurs ^ afiant quony voye leurs 
noms imprimes ^ ic ne parlerotspas icy 
de mon chef jeulcment ^toutc la njilh de 
Saumur auroit-vne grande part en cet- 
te lettre. Car comme ^vousy auès laijfè 
ime infinité dc traces de njojire bonté. 



E P I s T R E 

07! y conferuc aujji ^n merueiUeuJèment ' 
doux JoHHcnir de t honneur de 'v^jlrc 
connotjfancc. Et bien que le réublijfe-- 
ment qui 'vous a rendu laplace mc^ous 
occupés Jt di^nemety ait mis prejque tou- 
te la France entre "vous ^ nous ^Jiejt" 
ce que des honnejles gens quijonticy^ 
f^ que vous fçaués cfire en bon nombre^ 
îln'yena aucun quinevous aitprefent 
en fon cœur:, & qui ne ramené conti-- 
nueliementla douceur de vojlre conuer- 
Jation en fa mémoire, en ejj^ecl ^ on ne 
jçauroit ajfés admirer auec quel tempé- 
rament vous y mcjlés la courtoifie & 
la grauitè ^ dont tvne retient dans le 
rej^eclqui efideu a vos cminentes qua^^ 
lires ^ l' autre gaigne f pmjjamment les 
affeclions ^ quon s en troHue inconti- 
nent lié ., comme d'vne cfpece de char- 
me. Pourmoy, M O N SE I G N E V R, /> 
conte jouuent entre les principaux bon- 
heurs de ma vie ^ lagra^c que vous ma- 



Ij[ÊD î GàTOIR E. 

ucs faite de me receuoira "vojlre com- 
munication 3 OH ïay V€H les lumières 
. naturelles de tejprit j les ornemms ac- 
quisdujcauoiry les ^crtué int elle élue l- 
lesjes belles qualités morales ^ Itrare 
fujfifancc en toutes chofes ^ aucc vne élo- 
quence graue ft) digne de njojlrerang^ 
difùuter le prix de t excellence ^ ç^ don- 
ner cialement njne (inzuliere admira - 
tion, Àdais ie crains qucjjayant de 
"VOUS rendre vne partie delaloiiange 
que ton doit a vos vertus ^ ie n'en of- 
pnfe vne qui leur donne a toutes v'n 
merueilleux emhellijjcment, C'efi celle, 
M O N s E î G N E V R , ^«i «e fouffrant 
pas volontiers quon s'cjlende bien au 
lonz^ fur la recommandation des au- 
tres y cuite tant qu elle peut quon fajfe^ 
mention d'elle , (^ quon la nomme par 
: fcnnom. De forte qu au lieu que dans 
les interejls d'autruj , ^partout ou il 
faut rendre a chacun ce qui luy appar- 



E P I s T R ï 

tient ^n^ous monjlrès unji ImexempU 
d'^yne iîijlice inuarUhle; quandilsagit 
denjowsmefme^ ^deUgloirede'vojlrc 
nom ^ cette "vertu qui noHsimpoJeJilen' 
ce y engage nojlrc obe'ijjance dans une 
ej^ece d'iniquité, Adat^puis quelle vous 
efi agréable^ il faut quelle foit ou loua- 
ble ^ ou innocente ^ ç^ ainjt ^ptns en 
craindre blafme de perjonne , te U corn- 
mettray en metaifant. lenadjoufieraj 
donc rien a cette lettre y finon que iejuîs 
njeritahlementy 



MONSEIGNEVR, 



, Voftrc trcs-humbic & treg- 
obeïflant feruiteur^ 
AMYRA VT 

De Saumurccij. Aoalë 
1648. 



T A B L E D E s C O N-^ 

SIDERATlONS. 

CONSIDERATION L 

^e c'ejlque Droit de nature. Pag. i. 

CONSIDERATION II. 

Si le mariage eji du droit de nature. 
Pag. 73- 

CONSIDERATION III. 

Si le mariage d'vnauec njne ^ efldu 
droit de nature. P''g- '3?' 

CONSIDERATION IV. 

• 

Si j^our rendre le mariage légitime ^ le 
droit de nature njeut que l'ohjttJQit 
choijihorsde Uconfanguinité ^ de 



TABLE. 
t affinité. Pag. 107* 

CONSIDERATION V. 

lufaues ou la nature a tjimdula con- 
Janguinité ^ l'affinité pour em^ep- 
cher les mariages. Pag. 187, 

CONSIDERATION VI. 

Sily a des degrés de confanguinitè & 
d'affinité dont on pmffe dijpenjerj,- 
ç^ a qui la difpenjation en ap- 
partient. P^§-3Î7' 



Fin de la Table. 



Iffifflïîlllfiffff 

ADVERTISSEMENT. 

QVifera tant Toit peu de réflexion fur k 
corruption du fiecle , ne trouuera nulle- 
ment étrange que Ton écriue des liures de la 
nature de celuy-cy. La débauche ne s'ell pas 
j,rreftcedansla Conuoitife, & nés' cft pas con- 
tentée d'infeder les meurs i elle a faiû iufques 
à l'intelligence djs hommes , ôc peruerti les 
plus intimes 6c les plus fpirituels de leurs Ccn- 
tiraens. De forte qu'au lieu qu'autrefois après 
tuoir commis le péché en cachette, au moins 
on le condamnoit en public , aujourd'huyle 
vice monte delfus le théâtre , & ofe s' égaler ou 
fe préférer à la vertu. Car en difant que toutes 
chofcs font indifférentes de leur nature , 6c que 
ladiftinâ:ionqu'ony met, n'eft qu'vne niaife 
ceuftume des peuples, ou vne fine inuention 
des Legiflateurs , il ne laiifc à la vertu aucun 
véritable auantage en fa beauté natur ell e , pen- 
dant que quât à lui il fe prenant de celuy qu'il a 
dans le déreiglement de nos appétits. C'eft 
pourqupy il eft necellàire d'examiner bien par^ 
ticulieremét de qu elles différences le droit na- 
turel des chofeslesa feparées,& pour rendre 
^Yiedeç hgiu«iç$diirçmbl;4bl^dc celle des bsy. 



ftcs , tafcher de leur faire comprendre qu autre 
cft Tinclination de la renfualité , & autre le iu- 
gcmcnt de laRaifon.Ie voudrois que les beaux 
cfprits dont nous voyons tant de productions 
beaucoup moins vtiles en ce temps , y cm- 
ployairent leurs bonnes heures , & qu'ils ne 
iailMent pas ces matières à ceux qui ont leur s 
demeures attachées dans les Prouinces,ou s'ils 
ont quelques bonnes penfées , ils ont de la pei- 
ne à les énoncer. Puis qu'ils ne le font pas , ils 
doiucnt prendre nos efforts en bonne part, ÔC 
excuier fi noftre langage n*eft pas dans la iuftef- 
fe de leur éloquence. le fupplie le Ledeur, 
defupportcrlemien, Se de corriger les princi- 
pales fautes de l'Imprimeur, fuiiiant TErrata 
qu ilentrouueraà lafindeceliure. Les autres 
fe corrigeront allés d'elles mefmes, s'il y vfe 
de fon équité* 



POFR ^PPROBJTION. 

CE liure a efté veu & approuué 
par ceux qui en auoyenr le 
droit. Lcstefmoignagesenfonten^- 
trc les mains de T Auteur. 




CONSIDERATIONS 

SVR LES DROITS 

PAR LESQVELS LA 

NàTVRE a REGLE LES 

MARIAGES. 



CONSIDERATION L 

^He cejl que Droit de Nature. 

E que Ton nomme cdiîimii^ 
nément du nom de Droite 
eftlareglcdelaiufticc &d^ 
l'honneftcté quieft dans les adions 
des hommes. Or n y a t'il que troif 
principes à qui où puifTe rapporte? 

A 




z Des Droits des CHarugcs 
l'origine de 1 etabliflement de ce 
Droit, & de rinftitution de ces rè- 
gles. Le premier eftDieu^qui décla- 
re en fa Parole ce qui eft de fa vo- 
lonté. Le fécond eft rhomme, qui 
entreprend de faire les loixqu'ilefti- 
me neceflaires pour le gouuernc- 
ment & la conferuatiô de la focieté. 
Le troifieme finalement eft la natu- 
re des chofes , qui nous fournit d el- 
le-mefme les enfeignemens de la fa- 
(jon en laquelle nous deuons agir , à 
ce que nos actions foyent réputées 
bonnes & honneftes. Quant à 
ce qui eft du Droit duquel Dieu 
nous a donné les conftitutions en 
fa parole , ceux qui la reconnoiifent 
pour eftre d'origine celefte^commc 
font tous ceux qui font véritable- 
ment Chreftiens , n'ont pas beau- 
coup befoin d'autres inftrudions 
en cet égard. Pour ce qui eft de ce- 



Conjtdcration première. 3 

luy que les hommes eftabliflenc 
cux-mefmes pour Tentretenement 
de leurfocietè, comme chaque ré- 
publique en difpofe par fes loix^ 
chaque honnefte homme s'y afTu- 
iettitaufïi volontairement , fans fe 
beaucoup enquérir de laiufticede 
la chofeenellemefme. Mais quant 
àce qui eft de celuy de la nature:,ily 
a des gens qui n'en reconnoiflent 
du tout point, & qui veulent que 
toutes chofes foient indifférentes &c 
indéterminées d elles-mefmes , de 
forte qu'il n'y ait point de différen- 
ce entre le vice & la vertu , fînon 
celle que Timagination des hommes 
y a mife. Chofe qui mérite bien 
qu'on l'examine diligemment , & 
qui peut beaucoup feruir à refla- 
bliflement & à Teclarciflement de 
la reHaion mefme. 

Pour le faire, il me femble qu'il 

A i 



4 Des Droits des tJManages 
cft neccfTaire de voir fî rhomme eft 
naturellement deftiné à quelque 
fin , & fi pour y paruenir la nature 
luy a donné les facultés lefquelles 
y font necejGfaires.Car s*il cft deftiné 
à vne fia qui foit certaine & déter- 
minée^ & fi la nature l'a doué des 
puiflancesneceflairespoury parue- 
nir, d'autant qu'il n'y peut parue- 
nir autrement que par les opéra- 
tions de ces facultés , il faudra ne- 
ceflTairement que ces opérations 
aycnt des règles certaines & déter- 
minées de mefmes. Ainfi de la con- 
noiflance de noftre fin , refultera la 
connoiflance des Droits qui doi- 
uent régler les opérations de nos 
puilfances. Qui que ce foit qui ait 
formé le monde , (car nous com- 
mençons à raifonner contre ceux 
qui doutent s'il a efté créé de la main 
de Dieu J il appert manifeftement 






Conjîderatîon première. j 

que toutes les parties en ont efté de- 
ftinées a de certaines fins. Car les 
corps fimples, comme les Elemens, 
ont des qualités fi propresa fe méf- 
ier les vncs aucc les autres ^ qu'on ne 
peut pas douter qu'ils ne foyent 
deftinésexprefTément à la produ- 
ction de ceux qui font compofés% 
Entre les compofcs il cft clair, pour 
ne parler point maintenant des au- 
tres 5 que les plantes font ordonnées 
pour Pvfage des animaux. Tant de 
qualités & medecinales , & princi- 
palement alimenteufes, ne leur ont 
point efté données pour néant. Et 
comme ainfî foit qu'en vne plante 
toutes les parties côfpirent à la pro- 
duction de fon fruit,& ne femblent 
cftrc faites que pour cette fin , & 
que le fruit ait ordinairement deux 
chofeSjlVne eft la qualité alimen- 
teufcj&rautrelegcrmepropre pour 

A* 5 



6 T)es IDroits des Adariagcs 
la génération dVne autre plante 
qui luy fera femblable, & qui pro- 
duira aufli puis après des fruits de 
mefme condition , il eft hors de 
doute que la nature a eu pour but en 
Cette forte d*ouurage,& la nourri- 
ture des animaux prefens^ & Ten- 
trenement de ceux qui font avenir, 
afin d'en perpétuer ainfi les efpeces. 
Pour ce qui eft des animaux, on ne 
peut douter que ceux qui font de- 
ftitucs de la raifon, ne ferucnt à ceux 
que la nature en a pourueus. Car 
nous vfons des cheuaux,&des mu- 
lets, & des bœufs^Sc généralement 
prefque de toutes les autres beftes, 
pour les necefïités &les commodi- 
tés, & mefmes pour les voluptés & 
les contentemens de cette vie. Et 
que les vfages que nous en tirons 
foyent conuenables au deffcin de 
1^ nature ,c'eft chofc tres-cuidentç 



Conf aération première, j 

principalemeiK par deux raifons. 
La première eft que les belles ont en 
la ftru6turc de leurs corps,& en tout 
Tordre de leurs facultés &c de leurs 
parties, des marques indubitables 
quelles ont eftc faites pour cela. Car 
le dos des cheuaux eft fî iuftement 
fait pour porter les hommes ^ que 
vous dirics, tant ils sajuftentbien 
cnfemble , qulls ne compofent 
qu vn mefme animal j d oii eft , ce 
femble , venue l'imagination & la 
fable des Centaures. Et la force & 
patience des bœufs , monftre que la 
nature les a deftinés au trauail, &\ 
particulièrement à tirer , foitpour 
le tranfport des grands fardeaux, 
foit pour la culture de la terre. Et 
quand nous ne regarderions à autre 
chofe qu ala corne des pieds de ces 
deuxfortesd animauxj& la manière 
en laquelle fortant & s'engendrarit 

■ " A4 



s TDes Droits dcstJMariagcs 
de rcxtremité des parties qui font 
merueilleufemetfeniîbles^elle abou 
tit pourtant &c fc termine àTinfen- 
fîbilité , iufquesà eftrç capable de 
receuoir les doux & les fers , afin 
d'eilre d Vne plus ferme èc plus du- 
rable defenfe^nous en ingérions in- 
continent, fi nous ne voulons eftre 
aucugles,que lanature,quelle qu elle 
foit,auoitdeftinéces animaux aux 
vfagçs aufquels nous les employons, 
Car fi elle n'euft eu efgard qu a eux, 
les pieds de tant d autres animaux 
qui ne font pas formés pour nous 
/ feruir comme ceux-là, nous mon- 
firent aifés qu'il n'eftoit pas befoin 
qu'ils en euifent la plante fi dure. 
L'autre raifoneft, que cette intelli- 
gence & cefte induftrie que la na- 
ture nous a donnée par deffus les au- 
tres animaux , paroift manifeftc- 
ment faite en leur égard pour les 



C Dnjtdcration première. ^ 

gouuerncr &c leur commander. Veu 
que nonobftant leur grande force 
& leur grande férocité , il fe trouue 
en eux vne certaine docilité , qui les 
rend capables de nos commande- 
mens , de forte que ne pouuans eux 
mcfmes régler leurs mouuemens, 
ils permettent neantmoins que 
nous les reglions,& que d'erratiques 
& vagabonds qu ils leroyent autre- 
ment y nous les reduifions à quelque 
ordre '& à quelque forme qui leur 
conuient mieux, cette docilité qui 
d Vn codé eft en eux , & celle indu- 
ftrie de la régler & de la former qui 
eft en nous de lautre , ne peuuent 
cftre ainfîajuftécs par la rencontre 
du hazard:, &c faut neceflairement 
qu'il y ait du deffein de la nature. 
Toute fubordinationfî bien agen- 
cée y & qui produit de lî beaux ef- 
fets , & fi conftans , pour la compo - 



lo Des Tfroits des Mariages 
iition de chofes extrêmement diffé- 
rentes en la conftitution de leur 
cftrc,eft vn argument indubitable 
de l'opération d'vne intelligence, 
qui vifè à quelque raifonnable fin. 

Rcfte donc lliomme ^que deux 
cholèsentre les autres,demonftrent 
ncceflairement auoir efté deftiné 
parlanature à quelque but. La pre- 
mière eft que fi elle s'eft propofé 
quelque but en la produdtion de fes 
autres ouuragcs , il n y a point d'ap- 
parence de raifon qu*elle ne s*en 
fbitdu tout point propofé en cet- 
tuicy, qui eft fans comparaifon le 
plus excellent de tous. La féconde^, 
que toutes les parties defquelles 
rhommeeftcompofe, ont chacune 
leur fin particulière. Et quand nous 
ne regarderions en luy autre chofe 
que la main, il ne feroit point be- 
foin d cftre fi fcauant ni fi habile 



Confdcration première ii 

que Galien s'eft monftré en la def- 
cription qu'il en a faite au commen- 
cement du Iiure de vJh partmm^i^ouT 
reconnoiftre que s'eft vn admuâblc 
inftrument , expreflement deftiné 
par la nature^pour feruir par fes fon- 
d:ions & fes mouuemens aux def- 
feins & aux intentions de la raifon. 
Or faut il necefTairement qu Vne 
chofe 5 de laquelle chacune des par- 
ties eftcompofée pour vne certaine 
& éuidente fin/oit elle m efme, con- 
iîderée en gênerai , deftinéeà queU 
que but. Car l'intelligence qui fe fe- 
ra déployée en la formation de cha- 
cune des parties^ ne fe fera pas ou- 
bliée en la conftitution du tout. 
Que fî quelqu vn vouloit dire, que 
rhomme eftant la plus excellente 
de toutes les chofes du monde ^ eft 
auffi par confequent la dernière de 
toutes les fins , à laquelle toutes au- 



Il Des Droits des MarUges 
UÇ& chofcs regardent & fe termi- 
nent, au lieu que quant à elle, elle ne 
regarde ni ne fc rapporte à aucu- 
ne autre fin,ilferoit aifé démon- 
ftrer la vanité de cette penfée. Pre- 
mièrement, ce quinousafaitiugcr 
que les autres chofcs font deftinécs 
à certaines fins , eft que nous les 
auonsveuifs douées de certaines fa- 
cultés & de certaines propriétés, 
dont les vfages ne fe terminent pas 
en elles mefmes , mais regardent 
quelque chofe qui efl: au dehors. 
Pource que comme en regardant 
la conftrudion d Vne fcie, & la figu- 
re de (a lame, & la difpofîtion ainfî 
renuerfée &alternatiuede fes dens, 
nous voyons bien qu elle eft faite 
pour d'autres chofes que pour ce 
qui la concerne elle mefmc ; ainfî 
en regardant dans les plantes les 
qualités aUmenteufes qu elles onc 



Conf aération première, 15 
& dont elles ne fe fcruent point , & 
dans les animaux des formes & dej 
mouuemensqui ferucnt fans corn- 
paraifon plus à nos vfages qu'aux 
leurs, nous iugcons de oacfmes que 
ceschofes ont leur fin hors de leur 
eftre propre. Or voyons nous que 
riiomme eft ainfî compofé. Car 
pour ne parler point maintenant de 
fes fens, qui font autant de feneftres 
ouuertes en dehors pour auoir la 
connoiffancc d^s chofes fenfîbles 
qui s y prefentent , cette haute & 
fublime intelligence dont la natu- 
re la doué , ayant des fon6tions & 
des opérations qui paflfent bien loin 
au de là des vfages de la vie prefènte, 
paroift manifeftemét formée pour 
vacquer à la contemplation de tou- 
tes fortes d objets tant fenfiblcs 
qu'intelligibles. Puis après , puis 
que l'homme eft pourueu d vne iî 



14 T>es Droits des Manager 

haute & fi capable intelligence , il 
faut neceflairement que cette na- 
ture , quelle quelle foit, quiluya 
donné Ton eftre, en foit douée auflî. 
Et pource cjue la caufe, en telles for- 
tes de productions , eft toufiours 
plus excellente que fon efFeâ:,& que 
pour les autres ouurages de cette 
nature, il paroift quilya en elle 
vne intelligence à laquelle toute la 
capacité & toute la fublimité de cel- 
le de riiommen'atteintpasjilnya 
nulle apparence que nous eftimions 
l'homme eftre la fin de toutes les 
autres chofes qui luy fontinferieu- 
res,à caufe de fon excellejice, & que 
neantmoins nous n'eftimions pas 
queriiommemefme ait d autre fin 
hors de luy , puis que hors de luy il y 
a quelque autre chofe encor,laquel- 
leeft incoparablement plus excel- 
lente. Finaiement,ce qui eft la fin de 



Conjîderdtion première. 15 
toutes autres chofes&quinapoint 
de fin hors de foy^à laquelle il fe rap- 
porte,doit eflrcfouueraincmét par- 
Faict , & n'auoir befoin d'aucune 
autre chofc pour fa propre félicité. 
Car ce qui eft la fouuerainc fin de 
toutes cbofes , eft auffi leurfiDuuc- 
rainbien \ & ce quicftlefbuuerain 
bien de toutes chofes doit cftrc 
fon propre fouuerain bien à luy 
mefme , &:: n'emprunter point fa 
félicité d'ailleurs. Il en eft décela 
à peu près comme desmouucmens 
fouf ordonnés les vns aux autres, 
où on monte d Vn mouuement à 
Tautre , iulquesa ce qu'on foit venu 
à vn premier moteur, qui quant à 
luy ne fe remué point, & quiiouït 
d'vn profond repos en luy- mefme. 
Or eft il clair par Texperience que 
rhommc n'eftpas fonproprefou- 
ucrain bien. Il l'eft fi peu, quille 



I (> T)cs Droits des tJHdrUges 
cherche par tout ailleurs qu'en luy 
mefme , & qu'il ne fçait pas bien 
certainement y iî quelque intelli- 
gence fouueraine ne le luyreuele, 
en quoy fon fouuerain biencon- 
fîftcj&eftencore après a lechoifir 
entre tant de diuerfes opinions que 
les Philofophcs ont eues fur ce- 
(ujet. 

Eftant ainfi pofé que riiommc 
à vne fin hors de luy mefme , à la- 
quelle il faut qu'il tende^ examinons 
vn peu en quoy elle peut confîfter. 
Dans les ehofes artificielles, c'eft de 
la nature de la fin que louuriertirc 
les règles de la conftruition des 
chofes lefquelîes y tendent ^ & par 
lefquelles il y faut paruenir. Gom- 
me s*il faut couper quelque chofe, 
l'ouurier, pour le faire^ compofe vn 
inftrument tranchant. Et s*il faut 
non couper proprement, mais fcier 

quelque 



Confdemtion prcmîcre. ^ 
quelque matière dure, qu on vueil- 
le diuifer félon certaines lignes feu- 
lement ^louurier en compofcrin- 
ftrument de telle forte , que comme 
la fin a requis qu il fuft ainfi com- 
polé , ainfi louurage mefme dé- 
couure quel le cft la fin à laquelle on 
le deftine. Partant dans les chofcs 
naturelles qui font compoféesauec 
beaucoup plus d'intelligence que 
ne font celles de Tart, on ne fçauroit 
mieux reconnoiftre quelle eftleur 
fin que par leurs opérations, &par 
les facultés qui leur ont eftc don^ 
ncespour les faire. Que fi on y re^ 
marque diuerfes facultés, dont dé- 
pendent diuerfcs opérations, on en 
peut recueillir qu elles font ordon- 
nées pour diuerfes fins, mais en telle 
façon pourtant que Tinegalité des 
facultés , &c de Icxcellence de leurs 
opérations , marque d entre ces 



i8 Des D rohs de çj^a ri âge 
fins quelle cft la plus excellente & la 
principale. Quoy c|ue comme Ari- 
flote Ta remarqué , la nature a eu 
cette fagefTe de deftiner chacune 
chofeà vne feule fin, à ce qu elle y 
dcployaft fes opérations auecplus 
de vigueur : & de plus, cette puif- 
l^.nce abondance & fertilité en fes 
produd:ios^de n auoir point befoin 
d'employer vne mefme chofeà di- 
ucrs vfages. Voyons donc quelles 
font les facultés de l'homme & 
quelles leurs opérations. L'homme, 
comme il paroit, eft compofé de 
deux parties , Tvne corporelle & vi- 
fible , qui a beaucoup de reffem- 
blanceà celle des autres animaux: 
Tjutre fpirituelle & inuifible,quire- 
Icue par la faculté de raifonner au 
deflusdetourlesles autres chofes du 
monde. Or eft il bien vray que cette 
partie corporelle a fes facultés^ 



Lonjideration première. ip 

dont chacune a Tes fondions. Les 
vnesdeftinéesau mouuement , les 
autres au fentiment, &c s'il y a enco- 
re quelque autre chofe de cette na- 
ture. Maisileft indubitable que ce 
n'eft pas de là proprement , qu'il 
faut tirer connoiflance de fa fin. 
Premièrement, parce que,quelle eft 
la nature du fujet , telle eft auffi Tex- 
cellence de fes facultés, & des ope- 
rations qui en dépendent. Il faut 
donc que puis que cette partie fpiri- 
tuelle qui entre en la compofitioa 
de Qollre eftre, eft infiniment plus 
parfaite & plus excellente quelau^ 
tre, fes facultés foyent plus excel- 
lentes aufli, & plus excellentes pa- 
reillement les opérations qui ea 
procèdent. Puis après ^ pource que 
ce corps auec toutes les puilTanccs 
qui raccompagnent, eft bien vnc 
partie eircntielle denoftrecftreàla 

B i 



lo Des Droits des Mariage 

vérité 3 mais neantmoins , c'eft en 
telle façon qu il eft fous-ordonnée 
à Tcfpnt , comme ce qui fert, a ce 
quielHcrui,&ce qui obéît a ce qui 
commande ; en cette comparaifon 
Tefprit femble aucunement tenir 
lieu de fin aTégarddu corps , & le 
corps tenir lieu de chofe laquelle y 
eft deftinée. Il faut donc venir à la 
confîderation des facultés de lame. 
Or voyons nous qu'il y en a de deux 
fortes. Car les vnes (ont tellement 
méfiées auec le corps, qu'où bien 
elles font deftinées à fa fubfîftance, 
comme la vertu qui eft employée à 
le nourrir , & à conuertir les alimens 
cnfafubftance , ou bien au moins 
les peut on appeller corporelles au- 
cunement, comme eft la faculté 
animale , qui fournit au corps le 
moyen defeferuirde fes organes &: 
de fes fentimens. Les autres fem-^ 



Conjideration première. 21 

blcnt bien à la vérité auoir quelque 
bcfoin du corps Ôc de fes inftru- 
mens^pourexcrcerleurs fondions 
Se leurs opérations , mais néant - 
moins elles font en cela feparées du 
corps j qu'elles ne font point em- 
ployées à fa conferuation y ni à faire 
qu il exerce les fîenncs quanta luy: 
mais vacquent & font employées a 
lentour de certains objets, qui font 
abftraits & (eparés du corps duquel 
nous fommes compofés , & mefmes 
quelque fois éloignés de toute au- 
tre matière fenfîble & corporelle. 
Or ne faut il pas douter que cette 
dernier» forte de facultés nefoiten 
l'homme beaucoup plus excellente 
quclesautres,pource que c'eftpar 
elles proprement que nous fommes 
hommes ; au lieu que quant aux au- 
tres nous les auons communes auec 
les animaux 4cilitués delaraifoa. 

: B 5 



11 Des Droits des Marian}e 

C'eft donc de la connoiflance do 
ces facultés que refulte la conaoif-r 
fance de nollre fin. Si nous nous 
conliderons bien nous mermes, 
nous trouuerons que ces facultés 
font deux en nombre ;» ou au moins 
que fîcen'eft qu vne me{me facul- 
té y elle exerce deux diuerfes fortes 
d'opérations, félon les deux diuer- 
fes fortes d'objets far lefquels elle 
fe déployé, Car il y a certains ob- 
jets qui ne nous prefentent autre 
chofe que la nature deleureflreà 
contempler , de forte que quand 
nous en auons acquisla connoiflan- 
ce nous en demeures là, la rature de 
Tobjet , ni la connoiflance que nouj 
enauonsnenousobligeat àaucune 
forte d adion. Comme fi ie recher- 
che quelle peut eftrela caufe de Té- 
cUpfedelaLune, & qu'après auoir 
bien raifonné , ie trouue quellefe 



Confderation première. x^ 
fait par rmterpofîaon de la terre 
çntr'eile & le Soleil , ayant acquis 
cette cognoi{laTice,& l'ayant éta- 
blie en mon efprit defTus de bonnes 
demonftrations^ ie ne pafTe pas plus 
outre y & ne m'applique à aucune 
a6tioaen confequence. Mais il y a 
certains autres objets^ qui nous pre- 
fentent tellement la nature de leur 
eftre à contempler^qu'ils nous obli- 
gent à certaines actions & à certai- 
nes opérations, après que nous en 
auons acquis rintelligeace. lufques 
àtelpointquelaconoilTancede Te- 
ftre deTobjecne s'acquiert propre- 
ment qu a caufe deToperationqui 
s'eneniuitj de forte que l'opération 
doit eftre eftimée tenir lieu de fin 
^ eftre plus excellente. Et que cela 
foit aind , il en appert par l'expc- 
rience de tous les Arts ^foitqu' Is 
laifîent après eux quelque ouura-. 

B 4 



14 *25^^ Droits des zJ^itri^gcs 
gcqui fubfifte , comme larchite^ 
d:urelesbaftimens_j foit quilsnen 
laiflcnt point , comme l'art de ioiier 
du Lut oiidelaGuittarre. Car on 
n'apprend l'art de ioùer du Lut 
que pour en ioiier , ni Tart de 
iarchitedture que pour baftir. Et fi 
quelqu vn apprend 1 art delarchi- 
tenture fans defTein de baftir , il tire 
1 architecture hors de fa nature & 
d'entre les arts ,& en fait contre fa 
propre &c naturelle çonftitution, 
vne fcience purement & fîmple- 
ment fpeçulatiue. S il lapprenoit 
enfant que c^eftvnart, ilfaudroit 
heceflairemeut qu il euft deflein de 
le réduire en pratique. Or comme 
i'ay dit cy deflUs que pourauoir la 
connoiflancc de la propre fin de 
rhommcparlaconfideration defes 
facultés , il fallôit choifîr entre fes 
diucrfes facultés lesplus excellentes. 



Conftderation première. %$ 
ainfî di-je maintenant qu après 
auoir trouué fes plus excellentes fa- 
cultés ^il faut pour trouuer lavraye 
fin de l'homme regarder a leurs plus 
belles opérations. Car comme fi 
Texcellelice d Vn cheual confifte en 
la force & en lagilité de fes mouue- 
mensjfans doute les plus excellens 
dcfesmouuemens feront ceux qui 
feront employés dans les occa- 
fions les plus nobles &les plus vti- 
les tout enfemblerde forte que fi ces 
occafions les plus belles & les plus 
nobles font les militaires , la propre 
fin d' vn excellent cheual fera de fer- 
uiràrhomme& delc porter das les 
occafions de la gucrrre. Ainfi fi Tex- 
cellencc d vn homme confifte en 
Tvfage de fes facultés raifonnablcs, 
qui fe déployent ou en la contem- 
plation ou en laftion ^ les plus bel- 
les contemplations & les plus no- 



# 



t6 Des Droits des Adariages 
blés adions feront celles qui feront 
employées fur les fujetsles plus di- 
gnes & les plus nobles d'çux mêmes. 
Et partant i\ faut cncor voir quels 
font fes objets les plus dignes &les 
plus beauXjfî nous vouîonsl5ien dé- 
terminer de la nature denoftrefîn. 
Nousauons veu cy-defTus que 
rhomme eft la fin des cliofcs qui 
quant à l'excellence &:à la dignité 
font inférieures à fa na turej& de plus 
que la principale excellence de 
l'homme coniîfte en ce qu'il eft 
d'oiié d mtelligençe & de raifon. 
C'eft donc cette faculté de Imtelli- 
gence quiTéleue fî haut audelïus 
de toutes les chofes qui n'en ont 
point , qu elle luy donne lieu de fin. 
&aux autres chofes , lieu de celles 
qui y font deftinées. Nousauons 
veuauffi que l'homme eftant doiié 
d'intelligence , il, faut necelfaire- 



Conjtderation première. %7 
ment que la nature , quelle qu elle 
foit, qui l'a produit 3 en foitdouëc 
aulïi, & mefmes d Vne intelligence 
qui non feulement furpaile celle de 
Thomnied autant que lacaufedoit 
furpafler fon effet , mais encore 
d'autant que les autres effets de cet- 
te intelligence là , {urpaflfent la di- 
gnité des effets de Tmcelligence liu-r 
maine. De forte que les plus belles 
& les plus nobles opérations de l'en- 
tendement humain , feront celles 
qui feront employées a la coniîde- 
ration de ces deux objets, chacun 
félon la nature de fa dignité & de 
fon excellence- Partant la firî prin- 
cipale de l'homme conlîftera a con- 
noiftre cette fouerainement intel- 
ligente nature qui Ta formé: & c'eft 
ce que nous appelions Dieu. A quoy 
vous pouués adioufter comme 
pour fin fubalterne & qui eft con-- 



i8 Des Droits des tj^arïages 
tenue dans la principale la connoift. 
fance de l'homme mefme^roit que 
chacun le regarde en foy , ou qu'il 
le regarde en autruy , ce que com- 
munément on appelle le prochain. 
Et pource que , comme i'ay ditcy 
deflus, il y a de deux fortes de con- 
noiflances^ IVne qui incite d'elle 
mefmeà quelque aâ:ion,&: l'autre 
non, il faut encore voir de quelle 
nature eft celle dans laquelle nous 
mettons la fin de l'homme. 

Or pour ce qui eft de la connoif- 
fancequi a pour objet cette fouue- 
raine intelligence, la chofe femble 
cftre fans difficulté. Pource qu'elle 
ne peut cftre bonne , ni telle qu'elle 
doit eftre , fi elle n'embrafle auflî 
fon objet tel qu'il eft. Or doit il 
cftre confideré en tous les égards; 
ç'cft à fçauoir abfolumenten luy- 
mefme : puis après entant qu'il a 



Conftdeution première. 19 
donné Teftre à toutes chofes ; & fi- 
paiement entant qu il les conferuc. 
Confidcréenluymefme, puisque 
c*efl: vnc fouueraine intelligence, & 
laquelle neccfTairementeft accom- 
pagnée de toutes autres fortes de 
vertus comme nobles àla conftitu- 
tion dcfon eftre^ elle mérite en ces 
égards de reftime& de l'honneur, 
de là part deceluyqui luy cft infé- 
rieur. Car fi les belles auoyent quel- 
que intelligence de leur eftre, & du 
noftre quant & quant , nousle^^:i- 
merions obligées de reconniffllre 
âuec honneur lemincnce de noftre 
nature au deflus de la leur. C'eft 
pourquoy encore qu Epîcure ait dit 
des chofes non faufTes feulement^ 
mais abfurdes & contradiâroires, 
quand il a nié la Prouidence , & 
neantmoins reconnu vne diuinitc, 
fin'arilpaslailTé de dire la vérité. 



jo Des Droits des Mariages 
que pofé que la Diuinité ne gou^ 
uerne point le monde par faProui- 
dence, elle mérite pourtât de Thon- 
neur à caufè de Texellence de fa na- 
ture. Or honneur eft la defFerence 
que ion rend à quelquVn à caufe 
defon eminencefoit en qualité foit 
en vertu \ &c toute telle defFerence 
eft vne a£tion. La cônoiflance donc 
de la Diuinité en cet égard , tire^vne 
action en confequenccConfiderée 
entant qu elle eft caufe de Teftre de 
tou^s cliofes j elle induit encore 
d'amntage à ladion. Car outre que 
toute caufe mérite^ entant que telle, 
de rhonneur de la part de fon effet, 
pource qu'elle a des degrés d^émi- 
nenceaudeflTus de luy, lacommu- 
nicatiô de Tettre eft vn bien inefti- 
mable , qui requiert de la gratitude 
de la part de celuy qui Ta recjeu. Oi^ 
gratitude eft vn mouuement de xo^ 



Confideration première. }i 

connoifl'ance ^ conjoint auec vn 
rcffentimenc dobligation enuers 
celuy qu'on ferait eftre fon bienfai- 
â:eur j & ce niouuement, pour eftre 
bon & rcceuable , doit eftre pro- 
portionne à la grandeur du bien 
fait mcfme,en yobferuant quant 
& quant les degrés d égalité ou d'i- 
négalité qui fe trouue entre celuy 
quiare(^eu le bien , & celuy qui la 
fait, Car cette confideration adjou- 
fte beaucoup à l'obligation de la 
gratitude , ou en diminue beau- 
coup demefme. Etcemouuement 
là n'eft rien autre chofe qu'vne 
ailiondenosefprits, entant qu'il y 
aeneuxvne certaine faculté qui ne 
fe contente pas de la nue &fimple 
connoififance de (es objets. Confi- 
derée entant qu'elle conferue l'eftre 
quelle a donné , la Diuinité induit 
à l'adtion encore le ne fcay com- 



31 T)es Droits desj^lariages 
ment plus efficacement. Car outre 
quelle mérite cet honneur qu'on la 
reconnoifle pour eftre celle de la- 
quelle nous dépendons , ce qui en- 
cloft en foy de la reuerence & du 
lefpeâ:, l'amour que nous portons 
à nous mefmes nous fait denrer no- 
ftre conferuation , &: le defir de no- 
ftre conferuation nous porte necef- 
fairementà auoir recours à Tobjct 
que nous fçauons certainement en 
pouuoir eftre la feule caufe. Ainfî 
la nature des chofesnous apprend 
que la connoiflance delà Diuinitc 
nous induit à quelque action, & à 
quelque opération de toutes nos fa- 
cultés raifonnables ^ entant que tel- 
les , & que c'eft en cela que confîfte 
noftrefouueraine fin* 

Quant à ce qui eft des hommes, 
nous les pouuons confîderer ou en- 
tant que (uperieurs^ où entant qu e- 

gaux: 



Confdemtion première. 33 

gaux : fuperieurs di-je , ou égaux^ 
loic en la nature, foit en la police^car 
Uyena qui nous font égaux, ou fu- 
perieurs en l'vn & en lautrede ces 
égards. Or pour ce qui eft des fupe- 
rieurs, la mefmc raifon qui nous a 
cy defl'us fait conclùrre comme 
nous auonsfait,eu égardàlaDiui- 
nité , nous fait icy concIurre de 
mefmes que leur fuperiorité méri- 
te du refpc(fl. VniuerfcUement le 
monde Taduouë en ce qui regarde 
Ja fuperiorité des pères deffus les 
cnfans , & qui voudroit difpenfèr 
les enfans de Thonncur & du refpe£t 
cnucrs ceux qui les ont engendres, 
feroit eftimé pire quafîqueles be- 
ftesfauuagrt. Et de ce que la nature 
cnfeignc en ce qui eft des pères , on 
peut , non raiforinablement feule^ 
ment, mais neceflaircment inférer 
« qui cocerne les autres fuperieurs. 

C 



'^4 T^^^ T>rolts des AdarïdgéS 
Car ledcuoirdes enfansenucrs les 
pcrcsnefl fondé qu'en la fuperiori- 
té,& partant par tout où il y aura fu- 
pcnorité , il y aura dcuoir d'hon- 
neur & de refped de mefme. La dif- 
férence ne confîftera qu en ce que 
Tvn eft peut- eftre plus, grand que 
lautre : ou en ce que l'vn eft abfo- 
lument inuiolable en vn certain 
objet, pource qu'il eft naturel , & 
que ceîuy qui vne fois a cftémon 
père, ne peut , fînon par la mort, 
ne Teftre pas : Tautre peut eftre non 
abfolument immuable , pource 
que les relations de fuperieur & 
d'inférieur m\ la police fepouuans 
changer, chacun peut commander 
&obeïra fon tour , (jomme dans 
les republiques populaires. Ainfî 
de rhonneur qui eft deuàlaDiui* 
nité , nous defcendons raifonna- 
blcment à ceîuy que nous deuons 



Conjtderaûon ^^remîere. 3j 
aux hommes nos fuperieurs j feule- 
ment y aura t'il d'ifference en Tcf- 
pece de rh6neur,àcaiife de la diftan 
ce infinie (^ui eft entre ces deux ob- 
jets, le dis refpece, & non les degrés. 
Car l'honneur qui eft deu aux hom- 
mes, peut bien différer en degrés, 
enerpèce non ; pourceque ce font 
tous des hommes & des créatures^ 
qui qu4ls foyent Mais quant à 
rhonneurqui eft deu à la Dminité^ 
il n a peu différer de celuy qui eft 
deu aux hommes , quant aux de- 
grès feulement ; il faut abfolument 
qu il diffère en Tefpece mefmc.Pour 
ce qui eft de ceux qui font égaux, 
puisqu'ils ne nous font point fupe- 
rieurs ninous à eux, nous ne pou- 
uons pas tiret d argument foit de 
leur eminence foit de la noftre, 
pour monftrerque nous fommes 
obligés d'exercer enucrs eux quel- 



^ Des Vroàs des J^drUges 
ques adions. Mais neantmoins U 
chofecft claire d'ellc-mcfmc , car 
ils ont vn mefme eftre que nous , & 
font conftitués en vne mefme ex- 
cellence de nature. Or.eft il que 
nous aimons naturellement noilrc 
eftrej&parconfequent naturelle- 
ment nous deuons aimer le leur. 
Seulement y doit il auoircettc dif- 
férence entre eux& nous, que là- 
mour que nous nous portons, eft le 
premier, & l'autre vient après. L'a- 
mour que nous nous portons cft la 
mefure deceluy que nous portons 
à leftre de nos prochains ^ &c non 
celuy que nous portons à nos pro-. 
chains la mefure du noftrc. Car au 
refte ce que nous aimons noftre 
eftre, ceneftpas proprement pour 
ce qu'il eft à nous, mais pour ce qu'il 
cft aimable. Et ce qui eft à nous,n'y 
adjouftc rien finonlordrç & la pr«- 



Conjtdcration première. 3 y 

rogatiuc dcpaflerdcuantj&defcr- 
uir de règle à celuy que nous dcuôs 
auoir pour les autres homes. Mais à 
quoy taire tous ces raiionnemens 
pour monftrer que cette connoif- 
lance tire neccfTairemcnt après loy 
ladtion? Certainement nuusauons 
monftré cy deflus _, qu'au moins à 
regard de Tintelleâ: , la connoif- 
fancedcla Diuinité eftlaiouuerai- 
ne fin de l'homme. Ou donc il faut 
que la Diuinité foit aufïi la fouue- 
raine fin de lliomme à Tégard de la 
volonté, dont les fondions &c les 
opérations confident encequeiay 
cydefTus appelle action ^ ou la vo- 
lonté dei nomme n'a point de fou - 
ueraine fin. Or eftil contre toute 
fortt de raifon queThomme ait vne 
fouueraine fin à Tégard de fon intel- 
lect, & qu'il n en ait pointai égard 
de fa volonté. Premièrement pour 

C3 



38 T)€S Droits des Alarlages 

ce que rintelled eft la plusexccl-t 
lente partie de nosames, dont par-^ 
tant 1 autre doit fuiure la condi- 
tion. Puis après pource que la vo- 
lonté dépend de Tintelleâ: en fes 
opérations. Or eft il abfurd &: mal- 
accordant auec foy mefme , que la 
volonté dépende de ruitelle 3 & 
l^ntelleâ: de la Diuinité comn^ede 
fa dernière fin , &que neantmoins 
la volonté ne dépende point de la 
Diuinité en cette qualité. En fin 
comme la perfe6bion de Tintelled: 
cofifte en Tes plus belles opérations, 
& fes plus belles opérations en la 
contemplation du plus excellent 
objet , la perte£tion de la volonté 
doit pareillement confîftet en fes 
plusnoblesa£tions, & fes plus no- 
bles actions en ce qu'elle dé- 
ployé fes affeétions fur la meilleure 
i&la plus aimable de toutes les cho.;^ 



Conjtderation première. 5^ 
fesquiluy peuuent élire prefentécs. 
Par mefme raifoii noftre prochain 
elt vn objet qui doic exciter les 
mouuemens & les opérations de 
noftre volonté , puis qu'eftant pro- 
poféàrintelled , Tintelledty trou- 
ue des qualités qui luy fontiuger& 
prononcer qu'il n'eftpasde la natu- 
re de ceux de la connoiflance fpe- 
culatiue defquels on fe contente pu- 
rement :, mais de ceux quiinduifent 
naturellement à Taâiion pari entre- 
mife de la connoiffance.Relle donc 
que nousvoïonsfi cette mefme na- 
turequinousa amenés iufquesicy, 
nous pourra encore conduire iuf- 
ques à l'intelligence des règles fur 
lefquelles fe doiuent former ces 
adions & cesoperatieiisdenos fa- 
cultés raifonnables. 

Certainement que la nature le 
doiue faire ^ c'eft chofe , trop éui- 

C 4 ^ 



40 T>cs Droits des çJMdriages 
dente par la raifon Car fî elle a eu le 
foin de le fliire pour les facultés des 
chofes qui font beaucoup moins 
excellentes que Thomme , & à l'é- 
gard defquelles il tient lieu de fin, il 
n'y a point d'apparence qu'elle le 
full: fi fort oubliée en ce qui le con- 
cerne. Dans les plantes nous voyons 
qu'il y a certaines règles eftablies 
parla nature à chaque efpece, félon 
iefquelles elles fe doiuent conduire 
en leurs opérations. De forte que fi 
vn poirier produit vne noix , on 
tiendra cela pour monftrueux , & 
s'il produit vne poire d'vne autre 
forte que la fîenne, bien que cela ne 
foit pas tenu pour fi monflrueux, 
pour c€ qu il n'a pas paffé dVne ef- 
pece en l'autre ^ fî dit-on qu'il a 
dégénéré , ou , quoy que ç en foit, 
on trouue la production eftrange, 
pour ce que la nature Tanoit deter- 



Conjideration première. 4 1 

miné à vn autre fruit. Dans lesani- 
inaux deftitués de la railon, vous 
voyez ces règles de la nature encore 
plus cxpreflement detcrmmees , à 
mefure que l'eltre des animaux eft 
plus excellent que celuy des plantes. 
Car il vne vache fait vn poulain^ 
c'eft vn prodige qui eilonhe^ &c 
pour lequel on preparoit autrefois 
des expiations. S'il naift vn veau 
auec des ailles ^ tout le monde en eft 
raui en admiration , comme d'vnc 
nierueiUeufe cxtrauacrance de la na- 
ture. Et quoy que dans le reftt de 
leurs opérations les animaux ne for- 
tentdutout point hors de leuref- 
pece, fîeil: ce qu il y a certaines re- 
lies naturellement eilablicsà leurs 
actions & à leurs facultés , qui font 
qu on les dit bonnes ou mauuaifcs, 
félon qu'elles s y conforment ou 
qu'elles s'en éloignent. Selon ces rc4 



41 Des Droits des t^S^ariages 
glesvn bœuf doit eftre fort & pa- 
tient , autrement il ne vaut rien-, vn 
cheual vifte & vigoureux , autrc-- 
ment on le rejette comme inutile; 
vn chien doit auoir laiambebon- 
ne^ & le fentiment exquis , autre- 
ment il eft rebuté par les chaffeurs, 
& ainfî des autres. Et qui diroit 
qu en ces chofes la conftitution des 
facultés eft indéterminée par la na- 
ture, & qu'il eft indiffèrent quvn 
cheual foit vifte & vigoureux , ou 
non , feroit eftimé n'eftrepas afifés 
en Ion bon fens. En IVfagede ces 
facultés mefmes , quoy que natu- 
rellement bien conftituées, il y a 
certaine façon ^certaines règles ou 
mefuresdes mouuemens, dans la-, 
quelle confifte leur bien ou leur 
mal , leur vertu, di-je ,ou leur vice. 
Car 11 de deux chenaux également 
viftes &: vigoureux, Tvn court dou- 



,i~ 



Confdcratïon première. 43 
cernent & rondement , &rautre a 
]e train rude&: incommodant, on 
dira de l'vn abfolument quil eil 
bon^&derautrconne le dira pas^ 
pourcequ aufTi n'eft-ilbon fîiToa à 
certaine force de gens , que la 
force naturelle de leurs corps ou 
Taccouftumance à rendus moins 
feniîbles à ces incommodirés.T ant 
il eft vray que la natureaefténon 
feulement foigneufè ^ mais mefmes 
fcrupuleufe à determmcr les règles 
defquelles dépend le bien ouïe mal,, 
le vice ou la vertu des facultés ou des 
mouuemens des animaux. L'hom- 
me donc eftant fans comparaifon 
plus excellent qu aucun d'eux, au- 
roit il efté tellement abandonné de 
la nature,que de n'auoir receû d'elle 
aucune détermination des iîenncs? 
Fay dit cy deflus que Thomme eil 
çompofé d'ame & de corps 3 & quo 



44 ^^^ Droits des Mariages 
le corps ell des parties qui le com- 
pofent la moins excellente de beau- 
coup. Cependant il eft certain que 
la nature a déterminé de certaines 
règles fes facultés & les opérations 
qui en dépendent. Premièrement, 
en ce que les organes où elles ren- 
dent ne fe confondent iamais. Car 
iamaishomme ne vid des pieds, ni 
ne marcha des yeux. Et s'il elloit ar- 
riuc à quelquVn d auoir les yeux où 
il a les pieds , & les pieds ou il a les 
yeux, onappclleroit cela enluy vn 
prodigieux renuerlemcnt de la na- 
turc.Puis après, en ce que ces orga- 
nes ont certaine façon d'exercer 
leurs fondions , hors des termes de 
laquelle leur nature eft violée. Car 
il vn homme auoit les iarrets plies 
en auant , & les genoux releucs en 
arriere,bienqu il peuft aucunement 
marcher, fî eft- ce que fon allure fe- 



Confderaùon ^rcYnieri. 45 
l'oit incommodée & non naturelle. 
Que fî cela lobligeoit à marcher 
pluftoft en arrière quenauant^nul 
nenieroitquc l'économie de la na- 
ture ne fuft en cet csard troublée en 
fes mouuemens, & (croit eftimc in- 
fcnfé qui tieadroit cette imperfe- 
ùxon pour naturellement indiffe- 
rente» Si donc la nature a eu foin de 
régler les mouuemes de nos corps^ 
auroitellc oublié de nous prefcrirc 
la f a(jon de laquelle il faut que nous 
réglions &compofions ceux de nos 
cfprits? Maisconiîderons-les vn peu 
de plus près en eux mefmes,& voyos 
premièrement s'il y a quelques rè- 
gles naturelles, félon lefquelles Ten- 
tendement doiue conduire fes ope- 
rations , en recherchant la connoiC 
fance de fes obiets. Certainement 
pour ce qui eft des obiets de la pure 
coanoiifancc defquels Tentendc^ 



46 T>es Droits deStty^aridges 
ment demeure content fans pafTer 
outre à l'adion , iln y a perfonne 
qui puifle nier que la nature mefmei 
a prefcrit certaines loix félon lef- 
qucUesTentendement doit agir fur 
eux, autrement ils ne font rien qui 
vaille* C'eftdecesfôurces-làqu'A- 
riftote a puisé les règles qu'il nous 
dônede bien raifonner^&ilne les a 
pas forgées à fa fantaifie.Et qui vou- 
droit nier que l'euidence dé la Véri- 
té qui paroift dans lesdemontira-^ 
tions, refultaft de la nature des cho- 
fcs mefmes, & affirmer que natu- 
rellement il n'y a nulle différence 
entre vn paralogifme & vne bonne 
ratiocination^il faudroit neceffaire^ 
ment qu'il euftla ceruelle renuer- 
fée. Si cela eftoit il n y auroit mille 
différence naturelle entre les (âgés 
& les fols, & pour croire cette extra- 
uagance , il faudroit certes eftre fol 



Conjtderation première, 4^ 
lèc non pas fage. La vertu donc de 
loperation de fentendement en cet 
égard, eft de Gonfîderer fon objet, 
&dc raisonner defTusdetelleoudc 
telle facjon , & la vertu de la fcience 
&dela connoifTance qui refulte de 
cette opération , eftfa conformité 
auec la nature de lobjet mefme. Et 
au contraire , le vice naturel des 
opérations conlîfte , en ce qu elles 
s'écartent des règles que la nature 
prefcrit y &c le vice qui en refulte , eft 
que Topinion que Tentendement 
coçoit de fon ob jct,ne s'accorde pas 
auec fa nature. De là il eft clair quel 
iugement nous deuons faire des 
opérations de lentédement, quand 
il contemple les objets , qui outre la 
connoifTance de leur eftre, incitent 
â Paâ:ion. Car puis que lobjet eft tel 
de fa nature, que no feulemé t il doit 
cftreconfîderé comme ce qui pre- 



4^ Des Droits des Mariages 
fente vne certaine vérité à connoî- 
ftre à Tentendement , mais auflî 
comme ce qui doit irîciter la volon- 
té à vne certaine forte d adion y la 
vertu de la connoiflance quePen- 
tendemen;cenaura,con{iftcra en fa 
conformité aucc Tobjet en tous ces 
deux égards, & le vice au contraire 
confifteraen ce queTentendement 
n appréhendera pas fon objet fous 
cesdeux relations. Cotrari été entre 
ces deux fortes de connoiflance qui 
cft naturelle clairement, puis qu el- 
le dépend de là conftitution natu- 
rellederobjetmefme. Or comme 
la perfedion de la connoiflance 
quand elle eft conforme àfon objet 
eft déterminée par la nature :, aufïi 
les opérations de Tentendement 
par laquelle il paruient à cette con- 
noiflance, doiuent-cllcs dépendre 
de certaines règles naturellement 
• déterminées. 



Conjideration premicrt. 45 
déterminées. Car ces connoi0an- 
ces & ces conceptions de nos cfprit5 
font des images des chofes mcfmes. 
Pofé donc que deux Peintres aycnt 
entrepris de peindre lebeauNireus, 
& que 1 vn le reprefente au naïf ^ & 
Tautre le peigne fi mal y qu'il le faflc 
reflembler à Thcrfite , la différence 
qui fera entre ces deux tableaux dé- 
pendra, non du iugement de celuy 
qui les regardera, mais de leurpro- 
pre conftitution à eux-mefmes. Et 
pareillement la différence qui aura 
cftc entre les coups de pinceau, & 
entre les traits &c les lignes que les 
deux Peintres auront faites, aura 
efté dans la chofe mefme, & non en 
Timagination feulement de ceux 
qui les auront veus trauailler. Ainfî 
les ratiocinations qui ont produit 
vne fauffe opinion , auront efté fai-- 
tes elles- mefmes contre les règles 

D 



y o Des Droits de zJJ^uriages 
prefcrites par la nature. De cela il 
s'en fuit manifeftcment quil y a auf- 
fi des règles naturelles félon leC- 
quelles il faut conduire les adtions 
de la volonté , qui dépendent de ces 
iugemens de lentendcment. De 
forte que qui ne les fuit pas, parle 
contre les loix de la nature. Et cela 
fe prouuc par*ce que la volonté eft 
vne faculté qui dépend de l'enten- 
dement. Car fi j, pour exemplejob- 
jet de la Diuinité fe prefente à moy 
comme digne dlionneur , ainfî 
qu mdubitablement il eft , & que 
mon entendement par dç bonnes 
& raifonnables opérations paruien- 
ne mfquesà le connoiftre tel qu*il 
eft, & à fe perfuadcr viuement& 
profondement quil eft véritable- 
ment digne d'honneur , ou il faut 
que deflors ma volonté fe porte ef- 
fediuementà l'honorer , oui] elle 



Conjideration prcrmerc. ft 

hes'y porte pas, elle ne dépend pas 
de cette faculté fuperieure quon 
appelle Hntclligence: comme fi en 
deux roues {ubordinécslVne à l'au- 
tre , la fabordination n'eft point 
telle, que Tinfcrieure fuiue necef- 
fairemcnt le mouuement de celle 
quieft audelfus, on ne peut pas di- 
re véritablement que iVne foie de- 
pendate de lautce. Mais cela paroi- 
ftra encore plus nettement parvne 
autre raifon. Quand nous difons 
que l'objet de la Diuinité , pour 
exemple , eft de la nature de ceux 
qui incitent à vne action, nous vou- 
lons dire deux choies. L Vne, qu'il 
incite à vne certaine forte d'aârion 
déterminée, comme eft l'honneur: 
lautre, qu il incite l'homme à agir 
ainfi , & non proprement les facul - 
tésquifôntenThôme. Carl'hom- 
meeft leprincipe qui agitj bien que 

D % 



jL Des T)roits des Mariages 
fcs facultés foyent les choies par 
rcntremife defquelles il agit , (èlon 
que les objets Imcitent. L'homme 
donc agiflant par fa volonté , fi 
lobjet lincitc à vnc certaine forte 
dadion naturellement détermi- 
née^ commeà honorer Dieu , ilya 
certaines règles déterminées par la 
nature pour les actions de la volon- 
té de lliomme; autrement il y au- 
roitdes règles pour les actions de 
rhomme^&fiilnyen auoit point 
pour les aâiions de fa volonté , qui 
fontchofes diredement contradi- 
6toires. Or cequei'ayainfî prouuc 
des actions qui regardent la Diui- 
nité,fe doit pareillement entendre 
de celles qui regardent le prochain, 
puis que le prochain eft aufïî vn ob- 
jet qui de fa nature porte à certaines 
actions réglées & déterminées. Et 
véritablement ie ra'eftonnc corn- 



Confderation première. 53 

ment il y peut auoir des gens qui 
reuoqucnt en douce des chofesqui 
fontd'vnefi euidente vérité. Car il 
n'y a perfonne qui ne puifle aifé- 
ment comprendre qu il faut confî- 
derer en lliomme trois chofe di^ 
ftindlement. Les facultés, qui font 
l'entendemcttt & la volonté j les ha- 
bitudes, qui font la conftitution des 
facultés^elon laquelle elles font en- 
clines à vne certaine forte dadion, 
pluftoft qu a lautre ; & les opéra- 
tions & avions qui procèdent des 
facultés 5 mais qui font conformes 
aux habitudes, defquelles les facul- 
tés mcfmes font reucftucs. Quant 
aux facultés, il n'y a nulle doute que 
leur cftre eft certain & determiné,& 
différent par fa nature mefmc de 
toutes autres fortes d'eftre. Telle- 
ment que quand nous difons , vn 
homme, & vn cheual , nous pretcn- 

Dj 



j4 Des Droits des Mariages 
dons dire deux chofes , non diftin- 
£tcs feulement 5 mais elTennellemét 
(différentes , en ce que 1 vne a la fa- 
culté de la raifon & de Tmcclligen- 
ce 5 & 1 autre ne la pas. Comme 
donc ces deux natures fonteffen- 
tiellement différentes , auffiy at'il 
certaines règles de la conftitution 
de leur eftre , qui fonteffentielle- 
ment differcntespareillement. De 
forte que fi les animaux ic faifoyent 
en les iettant en moule , il faudroit 
neceOliirement que le moule dans 
lequel rhomme fe formeroit , fuft 
yerirablement différent de celuy 
dans lequel jechcual prendront fon 
rîlrc. Ce qui cft proprement auoir 
des loix de fa conftitutio naturelle- 
ment différentes. Pour ce qui cft des 
habitudes il en eft tout de mefme. 
Car non feulement celles qui appar- 
tiennent à diuerfcs facultés font na- 



SJ. -i. .-ui ^-^ . 



Conjîderation première. /j 

turcUement différentes, comme au- 
tres font les habitudes de lentende- 
ment , & autres celles des parties in- 
férieures de noftre amc ; mais celle 
dVne mefme faculté font&diuer- 
fes &mefmcscontraires.Comme en 
l'entendement, non feulement ces 
deux vertus qu on appelle prudence 
& intelligence , font diuerfes en- 
tr'elles&à Tégard de leurs objets & 
de leurs operations^mais la pruden- 
ce ,& l'imprudence font des habi- 
tudes directement oppofées. De 
forte que fî les habitudes fe iettoyét 
en moule pareillement, il feroit ab- 
felument impoflible qu vn mefme 
moule peuft feruir à la formation 
de deux qualités (i contraires.Ce qui 
eft proprement aufïî auoir fesloix 
déterminées par la nature. En fin, 
pour ce qui ell des opérations ^fay 
dcfia, dit qu elles fuiuent la nature éc 

D4 



j^ Des Droits des Mariages 
la condition des habitudes dont 
elles procèdent. Car il n eft pas pof^ 
fîble qu Vne adion dlmprudence 
procède de la prudence, ni que l'im- 
prudence en produife vne d'autre 
nature qu elle mefmc. Corne donc 
c'eft la nature mefme des chofes qui 
détermine ces deux habitudes, ceft 
aufli la nature mefiiie des chofes qui 
en détermine les opérations. Ce- 
pendant comme la perfçdion &; 
rexcellence de Thomme y à compa- 
rer Tes facultés auec les facultés des 
autres animaux :, nçftp^svnauan- 
tageimaginâire^ mais réel &: natu- 
rel , qui a fon fondement en ce qu il 
çfl: doué d mtelledt y Ainfî laperfe- 
étion&Iexcellencede l'homme^ à 
comparer fes habitudes les vnes 
auec les autres y ne fera pas vn auan-» 
tage imaginaire , mais recl & natu-^ 
rcl, qui aura fon fondement en cç 



Conjtderation première. yy 

qu 3 a certaines habitudes de pru- 
dence, defagefTe, de vertu, que les 
autres n^nt pas. Et finalement la 
perfedion &c 1 excellence de Thom- 
me confîftera en ce qui eft de fes 
opérations ^ en vne choie non ima- 
ginaire , mais réelle encore j c'eft 
qu'il agit conformément à ces ha- 
bitudes de vertu, ce que les autres ne 
font pas. Derechef il n y a perfon- 
ne qui ne puifl'e aifément de la com- 
paraifon des parties , defquciles 
l'homme eft compofé, à les confé- 
rer Tvneauec Tautre, reconnoiftre 
que comme il y a certaine perfe- 
dion naturellement déterminée 
pour le corps , ainfi y en a t'il cer- 
taine autre naturellement détermi- 
née pourl'efprit, Etiappelle main- 
tenant perfedion du corps , celle 
qui confiftc non pas feulement à 
auoir cous les membres qui font ne- 



j8 Des Droits des çj^ triages 
ceflaircs pour fa conftrudion ;, Se 
dans chacun de fes membres toutes 
les puifTançes qui font r^eceflfaires 
pour leurs opérations y mais aulïî 
celle qui confîfte en la légitime 
conformation de chacune de fes 
parties j& en leur décent &c raifon- 
nable agencement & compoiîtion 
enfemble , d où refulte ce qu'on ap- 
pelle la bonne mine ,& la beauté. 
Car encore qu'il y ait en la beauté 
certaines petites particub rites ^ del- 
quelles on doute fî elles font du 
droit de la nature ou non, & où les 
iugemensfontlîaifïerensque vous 
diriés que la chofe en elle mefme 
çft indifférente, comme d'auoir les 
yeux bleus , on de les auoir noirs, fî 
cft-ce qu'il n'y a perfonne Jfî cnncmy 
de cette creance,que la nature a cer- 
taines règles déterminées qu'elle 
fuit en la côpofîtion des chofes^ qui 



Conjîderation première. ^^ 
n'acluouë, corne ieTay dit ailleurs en 
quelque lijsu; queNireus& Achilles 
elloyent naturelleméc plus beaux 
queTherfîte,ainfi qu Homère les 
nous décrit tous. Et figurés vous 
qu Vn nain euft la tefte auffi grolFc 
qu il faudroit pour eftre propor- 
jtionnée à la ftature de Hercules, 
& les bras aulïi petits qu vn Pig- 
xnée y Tefcliine du dos tournée en 
arc , le ventre extraordmairement 
eminent , les iambes grelles & 
tortues ^ alTeurément il ne fera pas 
neceiTaire de beaucoup raifon- 
ner pour conclure que naturelle- 
ment ileft laid^ principalement iî 
auec cela il a les traits du vifage ou 
dctrauersou confondus,&la cou- 
leur de la peau diuerremenT émail- 
léc. Au lieu quQ la beauté, principa- 
lement quand ellceft excellente, fe 
fait d[ab^rd cftimer & admirer , ô^ 



6o Des T)roks des ^J^ariages , 
donne, mefme fans autre connoif- 
fance, & fans autre raïfonnement, 
la première naiflance à lamitié &à 
la bicn-vcillance. Que (île corps, 
qui eft de beaucoup la moindre par- 
tie de noftreeftre, a cette forte de 
perfedion fi naturellement deter- 
minée j ce feroitchofeeftrangequc 
lame mefme n en euft point , & 
qu'il luy fu(l indifFcren t d'eftre con • 
ftituée comme elle a efté en Socratc 
ou en Phocion , ou comme elle la 
efté en Néron ou en Sardanapalej 
de forte queTeftimeque nous fai^ 
fonsdelavertu desvns^&ladmira^ 
tion en laquelle nous Tauons ^ & 
riiorreur que le vice des autres cau- 
fe à nos elprits , ne vienne point 
d ailleurs que de la faintaifie ou de 
Taccouftumance. En fin il n'y a per- 
fonne qui ne puifle tirer les mefmcs 
raifonnemens de la comparaifon 



m 
Confderatïon prùmierêy éi 

des facultés de lame iVne auec lau- 
tre. Car 1^ vue, corne i ay dit^coniîftc 
en intelligcnccj&rautreenvolônté 
& en appétit. Or la pcrfediô delln- 
telligence confifte en lacônoiflance 
de la vérité jlaquelleverité a fbn eftre 
déterminé par la nature.Car ce n eft 
pas chofe arbitraire ^ ou qui dépen- 
de de Timagination des homes^fî vn 
triagle doit auoir trois angles égaux 
à deux droits 3 ou non";c*eftvne 
chofe dVnc vérité confiante, im- 
muable & éternelle. Ce n'eft pas 
chofe arbitraire ou qui dépende de 
l'imagination , s'il y a eu vn Iules 
Cefar ou non -, c'eft vne chofe qui 
pource qu'elle eft faite &aduenuë3 
ne peut en façon quelconque ne l'e- 
ftre pas y non pas , comme difoit 
Agathon autresfois , par la puiifan- 
ce delà Diuinité mefme. La vérité 
donc ayant fon eftre déterminé par 



^i Des Droits des Mariages 
la nature 3 la connoifTance qu'on etl 
a eft pareillement déterminée , & 
par confequent la perfection de 
Tentendement , qui coniîile en cet- 
te eonnoiflance, déterminée enco- 
re. De forte qu*entre vn entende- 
ment bien imbu de la connôiflance 
de la vérité 5 &vn autre qui en eft 
entièrement ignorant^ou tout à fait 
préoccupé d'opinions erronées , il 
y a vne différence qui ne dépend pas 
de noftre imagination , mais de la 
nature des chofes mefmes. Com- 
ment feroitil donc pojfïible qu'il y 
euft naturellement quelque chofe 
déterminée à eftre la perfection de 
noftre inteileCt , & qu'il n y en euft 
point pour eftre la perfection de 
hos volontés & de nos affeCtions? 
Que la nature, di-je , nous euft quât 
aux connoiffances de l'intelleCt^in- 
fifîiment efleués au deifus de la con^ 



Cînfideratidn première. è^ 

dition des autres •animaux, & que 
quant à ce qui ell: de nos aitions^elle 
les nous euft laifTées indifférentes, 
comme aux beftes brutes ? 

le n adiouteray plus à tout cela 
que deux confîderations.L'vne^que 
la nature a donné à l'homme vne in- 
clination manifcfte à la Religion, 
lautre, qu'elle nous a tous formés à 
la focieté : de forte que Thomme 
neftpasfi toil animal raifonnable, 
qu'il ne le foit pareillement politi- 
que.Or pour ce qui eil de la premiè- 
re de ces inclinatiôs,elle cft claire en 
ce que nonfeulemtles nations po- 
lies &cultiuées de quelque ciuilité, 
mais les plus barbaresmefincs , en 
ont retenu quelq^ue lentiment. De 
façon qu'il n'y a iamais eu aucune 
focieté d'homme, qui ait vcfcu fous 
quelque forme de gouucrnement, 
pour imparfaite & barbare quelle 



^4 T^^^ Tfroits des A^ariages 
fuft, qui a ait eu quelque rcuercrl^ 
cepourlaDiuinité, & quelques rc^ 
gles pour luy en donner des témoi- 
gnages. Ce qui nepeut eftre venu 
d ailleurs finon de ce que iayre-- 
marqué cy defTus , que lliomme 
pour aueugle & corrompu qu'il 
foit 3 n'a peu qu'il n ait appetçeu 
cette vérité , qu il y a vne intelligen- 
ce infiniment éleuée au deflusdela 
fienne , qui fe fait connoiftre en 
toutes les parties de T vniuers , & qui 
mérite que toutes autres chofes Tho- 
norent. Car encore qu il fe tencotre 
en chacune de ces focietés , quelque 
peu de particuliers qui peut eftrc 
prennent plaifir à aller contre ce 
commun fentiment , cela ne doit 
pasempefcherquenousne croïon^ 
qu'il vient de quelque impreflîon 
de la nature. Comme encore qu'il 
naiffe des monftres, la nature ne 

laiflfe 



Confderation première. Cj 
laiflc pas pour cela d auoir dctcrmi- 
né les efpeccs des chofcs. Et encore 
qu'il y ait certains corps humains 
dVnc température (î particulière Se 
Çi extrauagante, qu'ils ne (e peu- 
uent nourrir fînon de poifons ou 
de leurs propres cxcremens, il ne 
s'enfuit pas non plus que la nature 
ne foit caufe de cette proportion 
qui (è rencontre entre les facultés 
de nos corps , qui font deftinées à 
leur nourriture , & les bons fucs& 
4es qualitez alimentcufes des cho- 
fes. De cela donc iinfere deux con- 
clufîons. LVne, que rendre hon- 
neur à laDiuinité eft tellement du 
droit de la nature,qu il ne peut eftrc 
indiffèrent de ne luy entendre pas. 
Car puis que l'eftre de la Diuinitc 
n eft pas arbitraire, mais d Vne na- 
ture excellente , & qui mérite de 

rhonncur, & que la reuelation que 

E 



^6 Des Droits des tJMdrïages 
la Diuinité donne de foy n'eft pas 
arbitraire aufîi , mais fi claire & fi 
manifefte quil faut que les hom- 
mes la reconnoiflent, llionneur qui 
dépend de cette connoiflance ne 
peut eftre arbitraire ni indifférente 
non plus , c'eft la nature mefine 
qui nous enfeigne à le luy rendre. 
Ainfi qui ne leluy rend pas, pèche 
contre le droit de la nature. L au- 
tre cohclufion cft^ qu'il y a certai- 
nes règles eftablies par lanature/e- 
lon Iclquellcs il nous faut conduit 
re en luy rendant cet honneur^ de 
forte que fi nous ne nous y con- ' 
formons pas, nous péchons contre 
la nature encore. Car tout obje£b 
qui mérite de l'honneur , & qui par 
confequent oblige ceux qui luy 
font inférieurs àluyenrendre,don- 
ne luy mefm e la mefurc de cet hon- 
neur, en partie en la nature de fes 



C onjîderation première. Cy^ 
quâlités^en partie en leurs degrez & 
en leur étendue. Pour exemple , fî 
les vertus militaires font d'elles 
mefmes plus excellentes que les ci- 
uiles & les politiques, Cefar fans 
doute a mérité plus d honneur que 
Ciceron. Et pource qu'entre les 
vertus foit politiques, foit militai- 
res, il y â des degrez :» fî les vertus 
militaires ont efté plus eminentes 
en Cefar qu'en aucun autre Capi- 
taine, Cefar mérite de Mionneur, 
non feulement plus que Ciceron , 
mais encore plus qu'Alexandre. 
Ainfi ce fera Cefar luy'mefme,qui 
en partie en la qualité defes vertus, 
en partie en leur degré fureminent, 
donnera lamefure, & par manière 
de dire, la tablature de l'honneur 
qu'on luy doit rendre, &qui ne le 
luy rendra pas ou conuenable à la 
qualité de fes vertus, ou propor- 

Ê i 



(î8 T>es D roits des Mariages 

tionné à leur grandeur , péchera 
contre ces mefures. Puis donc que 
laDiuinité fe manifefte aux hom- 
mes, & qu'en elle fe reueler&ma- 
nifefter Çts vertus , & fes proprie- 
tez y n eft qu vne mcfme chofe, au- 
tant qu elle nous en donne de re- 
uelation, autant nous donne t'ellc 
de règles, &de la nature de Thon- 
neur,& de la façon de laquelle nous 
le lui deuons rendre j règles qui puis 
qu elles dépendent de la conftitu- 
tion de noft;re obje£t , &c non de 
noftre volonté, font naturellement 
inuiolables. Quant à lautre confî- 
deration , cette inclination que 
nous auons naturellement à la fo- 
cieté, eft encore plus abfolument 
vniuerfelle ; & a efté bien dit par 
Ariftote autrefois , que qui nelai- 
me pas , il faut quil foit plus 
-|u homme ^ puis que non plus que 



Confdemtîon première. C^ 
Dieu il n a point befoin du com- 
merce ni de la communication 
d'autruy, mais fuffit à foy-mefme 
pour fa propre félicité : ou moins 
qu'homme, puis que non plus que 
les biftcs, il n'a point cette inclina- 
tion , foit à goufter le contente- 
ment de la focieté, foit à commu- 
niquer à autruy pour le foulage- 
mcnt de fa neceflité, leschofesque 
quant à luy il poffede. Or fî Im- 
clination à la fociete, eft de la na- 
ture, la focietè fans doute eft de 
la nature encore. Ceft à dire, 
quil eft, non du droit poficif éta- 
bli par lesliommes 3 qu'ils puiffent 
abroger quand il leur plaira, mais 
de Tinftitution de la nature mefme, 
laquelle eft inuiolable , qu'ils 
viuent en quelque focieté. Et (î 
la focieté eft de la nature , il faut 
que les chofes qui font neceflfaires 

E3 



70 T)cs Droits des tj^ldriagcs 
pourfaconferuation, foyent delà 
nature pareillement. Car ce qui 
donne l'eftre aux chofes, eft cela 
.mefme qui les conferué. Cornme 
ce n eft pas de hazard^niaisderart 
& de 1 uiduftrie qu vne maAine 
artificiellement compofée de plu- 
fleurs pièces a eftè conftruitepour 
certaines opérations & certains 
mouuemens, auffi n'eft-ce pas du 
hazard, mais de Tart & de l'indu- 
ftrie encore, qu'elle fc maintient 
en fon eftre , & qu elle continue Tes 
mouuemens. Or peut -il y auoir 
diuerfes chofesneceflaires à la con- 
feruation de cette focieté \ mais il 
n'y en a point qui le foit plus ma- 
nifeftement que cette vertu qu'on 
appelle la luftice , & cette autre 
chofe qui eft necefTaire pour lad- 
miniftration de la luftice , c'eft à 
f^auoir, Tordre conjoint auecau- 



Conf aération première. ji 
torité. Permettez à Tinjuftice & 
à la violence de régner, la Tocieté 
cft ruinée^ & les hommes s*entrc- 
mangeront comme beltes lauaa- 
ges. Laiflcz les hommes en vne 
abfoluë égalité , de' forte qu'il n'y 
ait aucun qui ait autorité* deffus 
l'autre , comme les hommes font 
naturellement compofez , la pluf- 
part fe laiflferont emporter à leurs 
partions, & ainfi Tinjuftice & la vio- 
lence régnera. Partant ou la fo- 
cieté des hommes neft pas du droit 
de la nature , & de fon inftitution, 
ou la Iuftice& l'ordre qui la main- 
tient, &c qui la fait fubfîfter , eft 
du droit dénature. Or eft -ce af- 
fez d auoir prouué qu'il y a vn 
droit de nature. Mon deflein ne 
me portant pas à examiner parti- 
culièrement tous les fujets dans lef- 
quels il fe répand^ mais feulement 

E4 



'J^ Des Droits des fJ^arUges 
à rechercher comment il règle la 
conjonction de Thomme auec la 
femme, ie pafTeray maintenant à 
yne autre Confîderation% 






73 

CONSIDERATION 

seconde: 




Si le mariage eft du Droit de Nature^ 
ft) comment, 

VI confîdcrera lame de 
rhommeattentiuement, il 
y reconnoiftra aifémenc 
trois fortes de puiflances. Car les 
vnes foutabrolumentraifonnables, 
comme lentendement &: la vo- 
lonté ; les autres abfolument irrai- 
fonnablei , & fur lefquclles il ne 
femble pas que lentendement & 
la volonté ayent aucune jurifdi- 
ôion , comme font les facultés vi- 



74 E)r5 Droits des Mariages 
taies, qui paroiflenr au mouuemcnt 
du cœur &c du pouls, & les natu- , 
relies qui feruenc à la nourriture & 
à la réparation* des excrentens ; 6i 
les autres finalement dVne nature 
aucunement entremoyenne, pour- 
ce qu elles n'ont pomt d'intelligen- 
ce &: deraifon en clles-mefmes à la 
vérité j mais neantmoins elles font 
fujettes à Tempire de la raifon , &c 
font naturellement capables de luy 
obeïr. Or quant à celles qui font 
abfolumcnt raifonnables , ce defîr 
qui porte les hommes & les femmes 
à fe eonjoindre n'y peut pas eftre 
rapporté, comme s'il yrefîdoit.Le^ 
intelligences qui font entièrement 
feparées de la matière, n'en font 
point touchées ; & au contraire j 
nous le voyons dans les belles que 
la nature apriuées de la raifon. Par- 
tant ces facultés abfolument raifon- 



Conjtderation féconde, yy 

nables de l'homme, ne doiuenticy 
eftre confîderées finon entant que 
les autres dépendent de leur em- 

f)ire&deleur gouuernement. Pour 
e regard de celles qui font abfo- 
lument irraifonnables , i'ay dit qu'il 
ne femble pas que rentendenicnr 
&c la volonté^ ayent deflus elles au 
cun pouuoir. De faiâ: :, fî l'eilo- 
machdefîredc la nourriture, vous 
aurez beau raifonner alencoacrc, 
vous ne le ferez pas taire pourtant. 
Et la force de la raifon pourra bien 
aller iufques -là, que de vous faire 
porter la faim patiemment, mais 
neantmoins elle ne la vous oftera 
pas, & n'y aura difcoursni médi- 
tation qui accouftumeiamais vo- 
ftreeftomach à fe paflTer d'aliment. 
Et de mefme nul effort de ratioci-- 
nationne peutnihafter ni retarder, 
foit Télaboration du chile dans le 



y6 Des Droits decJ^arUges 
ventricule^ foit lattraftion qui s'en 
fait par les veines melaraïques,foit 
la fanguificàtion qui fe fait dedans 
le foye, foitla diftribution du fang 
par les veines, & fon afTimilation , 
comme on parle, auec toutes les 
diuerfcs parties du corps, foitla fe- 
paration qui fe fait des ferofîtez du 
lang par Tentremife des rongnons, 
foiten fin cemouuementdcs inte- 
ftins qu ils appellent periftaltique, 
quifert àTexpulfion des plus gros 
excremens de laliment. Toutes 
ces cliofes là font abfolument hors 
de noftre puiflance.Etneantmoins 
pourceque l'homme eft vn animal 
raifonnable, & que la raifon a eftc 
mife en luy comme le gouucrnail 
darisvnnauire, ou le cocher furvn 
chariot , il conuicnt fans doute à 
la conftitution de fon eftre , & à 
rcxcellencc de fa nature , d'étendre 



Conjtderanon féconde. 77 

tant qu il peut fur toutes ces chofès, 
le gouucrnement ôclautorité dcfa 
raifon. De forte qu autant qu il fe 

f)eut,il rende en foy raifonnablcs 
es chofes mefmes qui ne le font 
pas. Car c'efl: le propre & le natu- 
rel des chofes fouuerainement ex- 
cellentes & efïîcacieufes , de trans- 
former autant qu il eft polTible en 
leur nature, toutes celles auec lef- 
quelles elles ont communion. Voi- 
la pourquoy ic ne me feruiray que 
de cet exemple. Encore que la na- 
ture ait également aflujetti les hom- 
mes & les belles à la neceflité de 
rendre les excremens de leurs ali- 
mens, fi eft ce qu'en la façon de 
le faire, les hommes ont toufiours 
cftimé quily dcuoit auoir entr'cux 
& les beftes beaucoup de diftm- 
£tion. C*eft pourquoy au lieu que 
tes bcftcs le font indifcrcttcment 



yS . DesD voit s des Mariage s 
en tous temps, &: en tous lieux; les 
hommes ont;» s'ils peuuent, certains 
temps & certams lieux déterminez 
pour cela, afin de ne pécher point 
alencontre de la bien-feance, qui 
conuient naturellement à des ani~ 
maux doiiés de raifon, de laquelle 
les autres animaux ne peuuent auoir 
aucune intelligence. Et qu'en cela 
ils fuiuent les enfeignemens de la 
nature, il en appert afles, en par- 
tie par la confîderation de lachofe 
en elle-mefme, pource que toute 
telle excrétion a quelque chofe de 
deshonnefle, en partie par la façon 
mefme de laquelle elle a compofé 
nos corps. Car comme dans nos 
corps elle a recule le plus loin de nos 
narines, & caché le plus profonde- 
ment qu elle a peu , Tendroit par 
lequel nous nous defehargeons du 
plus fale de nos excremens^ afin que 



Confîderatïon féconde. y^ 

les fonâ:ions de nos fens n'en fuf- 
ferit que le moins qu'il fe pourroit, 
offenfées , aulïi a t'cUe voulu par 
là nous donner à entendre que 
nous ne deuons pas en cet égard 
auoir moins de foin de ceux 
auec lefquels nous entretenons fo- 
cieté j pour compoler en quelque 
façon vn mefme corps, qu^elleen a 
voulu elle mefme auoir de nous, en 
cet agencement des parties qui 
nouscôpofent Et de fait, fî la mala- 
die nous empefche d y obferuer cet- 
te honnefteté,nous en auons du dé- 
plaifir j fî la folie ou la frenefie en 
ofte la connoiffance à quelqu vn^ 
nous en auons compaiïion,comme 
dVne marque qu ayant perdu IV- 
fage de Tentcndement, il n'en fait 
plus les fondrions honneftes& rai- 
fonnables Et fi nous voyons quel- 
quvn qui fans vne abfolué necefli- 



8o Des Droits des Mariages 
te, néglige ces règles de rhôneftcté, 
ou qui volontairement vfe en cet 
égard de la licence de laquelle les 
beftes vfent , nous nous offenfons 
de fon impudence , & auons de 
Thorreur de ce qu il fe priue luy- 
mcfme de rvfage de fa raifon, & 
imite la brutalité des chofe's qui en 
fotit deftituées.Quand donc cet ap- 
pétit de la conjondtion de l'hom- 
me & de la femme enfemble, feroit 
de la nature de ces facultés abfolu- 
ment irraifonnables, encorey au- 
roit il certaines reglesày obferuer. 
Il nous ne voulions nousabbailTer 
audelTous de l'excellence de noftre 
nature, & renoncer à la prerogati- 
ued'cftre animaux douésderaifon% 
Et véritablement il ne fe peut pas 
nier , qu'il n'y ait en luy quelque 
chofe qui a de laffinité auec les fa- 
cultés qui font deftinées à rexpul- 

fion 



Confideratiori féconde. Si 

ïîon des excremens : d'où vient aufli 
qu'il y a cnluy quelque obfcenité, 
fur laquelle , pour la cacher , il con- 
tiient arexcellenccde la nature hu- 
maine , d étendre le manteau de 
Ihonneftecé &: de la bien-feance. 
Mais neantmoms très aflfeurement 
cen'eftpas à cette forte de facultés 
que cet appétit fe rapporte. Dequoy 
on pourroir alléguer diuers argu- 
mens. Car premièrement, com.me 
ainfi foit que ces facultés qui font en . 
nous non raifonnables en elles m ef- 
mes , mais neantmoins capables 
d obéir à la raifon , ayent ce chara- , 
étere certain & indubitable, qui les 
difcernedcs autres, qu'encore qu'il 
ne foit pas abfolument en noftre 
puiflance , & qu'il ne doiue pas 
mefmes eftre en noftrevolonté d'en 
cfteiadre tout à fait les mouue- 
mens ^ pource que les paflions nous 

F 



8i Des T)rohs des Mariages 

font naturelles, &queDieueft au- 
theur de la nature, Il cft- ce que ces 
mouuemens là , s'ils font ou trop 
languides , ou trop vehemens,pcu- 
uent eftre amenés &: réduits à la mé- 
diocrité par l'efFortdela raifon, &c 
mefmes tellement gouuernés, fi cet 
effort de laraifon s'y déployé (ou- 
uent & de bonne forte , qu*ilsen 
viennent par l'accoufcumance à ne 
s'émouuoir que quand il faut & 
comme il faut,& encore auec la 
modération conuenable. fPouuoir 
que nous n'auons du tout point def 
fus ces autres facultés dont nous ve- 
nons de parler ) cet appétit peut 
eftre gouuerné de la melme fac^on^ 
&receuoirles mefmes impreffions 
& les mefmes habitudes. Auffi n'y 
eutiliamais de Philofophe moral, 
qui traittant des vertus de tempé- 
rance & de continence, n ait rangé 



Conjîdcratïon féconde. 83 

cet appétit entre les chofes dans 
lefquelles cette vertu peut auoir 
lieu. Puis après, bien qu'en certain 
égard cet appétit femble auoir quel- 
que affinité auec ces facultés*delli- 
nées à la feparation des relies des 
alimens, fi eft-ce qu'en vn autre 
égard il eneft infiniment diffcrent. 
Car en la feparation desexcremcns, 
la nature n'a autre but que de dé- 
charger l'animal de ce qui luy ell 
nuifible. Cela fait , Texcrement fte 
produit rien qui fi)it d'aucune vti- 
lité. Icy la fin propre à laquelle la 
nature tend, eft la génération dVn 
autre animal femblable, afin de le 
perpétuer erfl'efpece s'il ne le peut 
eftre en (on indiuidu. Ainfi ces au- 
tres defirs de feparer d'auec foy (es . 
excremens, font purement & lim- 
plement naturels, &dépendansdc» 
facultés naturelles, c'eft à dire, nu- 

Fi 



84 T)cs T)roits des Aduriages 
tritiues feulement. Cettuy-cy eft 
proprement vn defîr anmial,&qui 
conuient à 1 animal entant que tel. 
Or eft- il bien vray que dans les 
animaux deftitués de la raifon,ces 
appétits font merueilleufement ef-- 
frênes. En Thomme , ils doiuent 
ertre fujets à la raifon , aufll bien 
que les autres appetits,que d'ailleurs 
nous auons communs auec les be- 
ttes. Finalement, lesmouuemens 
de ces autres facultés ont leurs cau- 
fes purement & Amplement inté- 
rieures, foit en labondancc:, foitcn 
la qualité de l'excrément, qui pic- 
que ou qui charge lesvailTeauxqui 
le contiennent. Au lieu , que les 
caufes des mouuemens de cet appe- 
♦ tit icy, font auflî, voire mefme prin- 
cipalement externes , & confiftent 
enlareprefentationdesob)ets, que 
la nature a rendus capables de ks 



Confidemtion féconde. 8y 
exciter Or eft il bien vray encore 
que danslcsanimauxdellituésc^ela 
raifon, ces mouuemens font mer^ 
ueillculcment puiflans : pource que 
leurpropreeftant d'exciter la facul- 
té par rencremile de Timagination 
qui les reçoit, &n y ayant en eux 
aucune faculté au delfus de celle de 
rimagination qui la règle , & qui la 
gouuerne , elle fe laine tout à fait 
faifîr de l'objet , fi ce n'eft que la 
douleur des coupsy en entendre vn 
autre ^ qui le reprune & qui en dimi- 
nue &c affoibliflfe Tefficace. Mais 
parce qu'en l'homme il y a vne fa- 
culté'Tuperieure à l'imagination, de 
l'opération de laquelle doit dépen- 
dre l'efficace des objets qui s'y reçoi- 
uent comme c'eft à elle à vfer de Ion 
raifonnement, pour ne permettre 
pas à fes objets d agir derfas la fan- 
taifie , finon au lieu^ au temps , & en 

F3 



$6 Des T)roits des CMar^aqes 
la mefure qu'il faut , auili cft-cc 
d*olle que dépend le gouuernemenc 
& la modération de rappetitmef- 
me. Cet appétit donc elt de la natu- 
re de ceux qui font iujets à Tempire 
& au gouuernement de la raifon. 
Orlaifle-je icy à parttousles autres 
égards , félon lefquels la raifon doit 
vf er de ce fîen empire pour gouuer- 
ner cet appétit j pour marrefter au 
prmcipal , qui eil le chois de 1 objet 
qui luy eft deftmé pourfe conten- 
ter. 

Et premièrement, à peine y a t'il 
aucun fi brutal , & en qui tous les 
fentimens de la nature humaine 
foyent tellement éteints, quinere- 
connoiflç bien quil ne luy eft pas 
permis d'en chercher ailleurs que 
dans 1 enceinte de fon efpece. Les 
beftes mefmes n'en cherchent pas 
volontiers ailleurs ^ 6c fi elles s'ac«- 



Confdcration féconde. 87 

couplent de diuerfes efpcces pour la 
génération des hibndes, ce n'eil pas 
la plafpart du temps de leur iiiltia6t 
ni de leur mouuement , c cft par 
ruiduftrie de 1 homme. Or com- 
me iene voudrois pasdu'e que les 
ho mmes pèchent en les accouplant 
ainfî , pource que les beftes meimes, 
quand ellesle font, ne pèchent pas, 
le chois qu elles font de leurs objets 
dépendant d vne nature brute ab- 
folument , &:par confequçnt inca- 
pable de pécher : auffi dirai je pour- 
tant que ces coniondions là font 
contre les loix & la difpofition de 
la nature. Dequoy elle mefme nous 
fournit vn argument, en ce qu'elle 
n*a pas voulu que les animaux hi- 
bridcs, &produitsdecet accouple- 
mentjfu (lent capables d'engendrer, 
afin de ne confondre pas les cfpeces 
des animaux, quelle a voulu dc^ 

F 4 



88 T)es Droits des J^Iariagcs 
meurer perpétuellement diftindes. 
Or il elle n a pas vpulu que les efpe- 
ces des belles le côfondiflent, quoy 
qu elles conuiennenc toutes en ce 
qu elles font deftitaées de la raifon, 
beaucoup moins a t elle permis que • 
Teipece de T^iomme fe meflaftauec 
ceiledelabefte^ c'eft à dire, larai- 
fon auec ce qu i n'en a point.De fait^, 
bien que les animaux hibrides ne 
conftituenc aucune efpece propre- 
ment 3 ainfî dite en la nature, ( car 
toute efpece proprement dite a la 
vertu de fe perpétuer ^ ) fî elVce que 
ni la nature ne les reiette pas hors 
de fon enceinte comme les mon- 
ftres, ni la police des hommes ne les 
eftime pas inutiles à leur focieté On 
en tire du feruice^comme des autres 
animaux que la nature a deftinés à 
rvfagederiiomme.Maisquantàcc 
qui naiftroit de la copulation de 



Conjideration Jccondc. 85) 

rhomme auec les beftes , ni il ne 
fçauroit eftre aucune forre de mon- 
ftre il terrible ni fî prodigieux , ni 
la focieté humaine ne la pourroit 
fouffrir , foit comme partie de fon 
corps 5 oucomme inltrumentde- 
ftinéà iès commodités &àfes vfa- 
ges. Ainfîlefaudroitil exterminer. 
Or quelle peut eftre la conjonction 
dont le fruit eft digne d'horreur &: 
d'abomination , iinon damnable 
& abominable elle mefme? loignés 
à cela qu'en toute conjondion foit 
politique foit naturelle 5 mais par- 
ticulièrement dans les coniondrions 
naturelles^ les chofes conjointes ont 
telle communion enfemble^ qu'el- 
les s'entre-communiquent en quel- 
que façon leur eftre3& dcuiennent 
entr'elles ce que font les parties en 
lacompofition dVn tout. Or bien 
que les parties entant que parties 



5)0 Des Droits des Mariages 
ayent chacune (a nature particuliè- 
re, de iorte qu*oa ne peut pas dire 
quelepicd entant que pied, fbit la 
main en tant que telle , fî eft-ce 
qu entant qu elles fe ioignent fî 
étroitement pour la compofition 
dVne feule choie , elles ont vue cer- 
taine nature commune , félon la- 
quelle elles iont aufli vne mefme 
chofe en quelque façon. D où eit 
venu ce terme de 1 Ecriture en la 
matière du mariage, que Ihomme 
& la femme ne fontquVne mefme 
chair:, & cette loy vniuerfelle en 
toutes les polices de la terre, que 
telle qu eft la condition du mary à 
regard des autres hommes, telle eft 
à peu prés la condition de la fem- 
me à regard des autres femmes, à 
caufe de cette communion fî étroi- 
te , qui les fait en quelque facjon 
vn tous deux. Quand donc nous 



Conjideration féconde. 91 

n aurions point d égard à l'horreur 
de lamonltruofité du fruit, la con- 
jondion d'elle - mefme efl mon- 
ftrueufe , non en ce qu'elle éleue 
les beftes à la condition des hom- 
mes (car cela ne fe peut J mais en 
ce qu elle rabbailTe Thomme à la 
condition des beftes; ce qui ne fe 
peut faire ians crime contre les loix 
de la nature, & la dignité de la rai- 
fon. Et ce crime eft de telle atro- 
cité :, que celuy qui Ta commis s'e- 
ftant tiré hors de la nature des hom- 
mes, s'eft luy melme iugé indigne 
de tenir aucune place en leur fo- 
cieté. Ainfî eft-il du droit de la 
nature, que lliomme fe contienne 
en fon efpece , en ce qui eft du chois 
de fon objet. Paffons outre. 

Comme ainfi foit qu'en l'efpece 
des hommes il y ait deux fcxcs^ c'eft 
chofe indubitable qu'ils ont cfté 



çt Des Droits des Mariages 
faits l'vn pour lautre, & que la con-^ 
jondion de deux mdiuidus de met 
me (exe, cft contre les loix de la 
naturel delà railon. Car premiè- 
rement cet appétit la nous ayant 
elle donné par la nature pour la 
procréation de la lignée, puis qu'il 
eft clair & euident qu^il eit contre 
Tmftitution de la nature , qu il fe 
produife rien de tel par la con- 
jonction dVn mefme îexe , il eft 
clair & éuiden t de mefme que la na- 
ture la défend. Car c'eft détour^ 
ner vn appétit, &diuertir les ope- 
rations qui s'en enfuiuentjde la fin 
à laquelle elle les a deftinèes. Puis 
après ^ veu que Tamourde lafocie- 
té&de faconferuation eft naturel- 
le à l'homme , ces copulations y 
contreuiennent , pource qu eftans 
inutiles à la procréation, il ne tient 
pas à elles que la race des hommes 



Confîdcration féconde. ^^ 

ne fe- taHfle , &c que par confequent 
la focieté ne perifTe tout à fait* Cat 
il eft bien vray certes, que celuy qui 
ne fcnt point cet appétit qui porte 
les hommes à la génération, &qui 
parconfcquent ne defîre point cet- 
te conjondion dont elle dépend, 
n eft point neceflairement oblige 
à la rechercher , pour prouigner 
refpece des hommes &c en conferuer 
la focieté. La nature ne luy en 
ayant point donné le defir, il ne la 
fruftre point de Tes intentions, s'il 
ne recherche point la fin pour la~- 
quelle elle le donne. Mais quant 
à celuy qui le fent , pource que fé- 
lon Tinllitution de la nature, il eft 
donné pour la génération , il pè- 
che contre le droit de Tes loix s'il le 
perd en des objets, defquels il eftaf- 
feuré par la mefme diipofition dfe 
la nature , qu'il le perdra inutile- 



5)4 Des Droits des ^J^ariages 
ment, & qui n'ont point eftré defti* 
nés par elle pour lerédrefru£tueux. 
En fin^quand on n auroit point icy 
d'égard à la generation,& qu'on n'y 
conlîdereroit autre chofe fînon que 
cette conjonction eft vn remède à 
Tmcontinence , préparé pour le 
foulagementde la fragilité humai- 
ne 5 par la iouy flfance de la volupté, 
la feule côftitution des objets mon- 
ftrc affés que ces deux fexes ont eftc 
deftinés iVn pour l'autre feulement- 
Car la nature a mis dans le fexe fé- 
minin non feulement les parties ne- 
ceffaires à la génération, mais des 
attraits à la volupté qui ne font nul- 
lement en l'autre. Ou s'il y en a 
quelques vns en l'autre fexe, ils ne 
font naturellement capables d'ex-- 
citer ce defîr finon dans les femmes 
feulement. Si les hommes en font 
allumés les vns enuers les autres , la 



Conf aération Jeconde. ^j 

nature mefme cric que cela eft con- 
tre Ton inftitution ^ &c contre la re- 
ligion de fes loix. Auffi a ce pé- 
ché quelquefois cfté puni des fiâmes 
celeftes mcfmes,& bien qu'il aitefté 
trop commun parmi les Grecs & 
les autres Payens , & qu'entre quel- 
ques vns de ceux qui portent le nom 
deChreftiens il ny en ait que trop 
d exemples, nuliieclen'e futiamais 
pourtant fi vniucrlellement cor- 
rompu, qu'on ne lait iugé& appel- 
lé contre nature. Mais toute quc- 
ftion n eft pas encore vuidce. Car il 
refte de f(^aiioir iî après s'eftre inuio- 
lablement déterminé ^ & à (on efpe- 
ce , &: au fexe diftci eut du fîen, pour 
le chois de Ton objet , Thommeeft 
obligé par les loix de la nature,de fe 
déterminer encore àccrtains indi- 
uidus, par cette forte de confente- 
met &c d'obligation qu'on appelle 



^6 T^es Droits des z^ariages 
mariage. Car il y en a quelques vm 
qui ont pené à fe perfuader que k 
paillardife foie deféduc par le droit 
de la nature , & Platon mefme vou- 
loir introduire en fa Republique 
toute forte de comunauté. Or pour 
commencer par Platon , bien qu il 
ait creu que Ja communauté des 
femmes pouuoit auoir lieu en la 
République , il n a pourtant pas 
condamné le mariage comme con- 
traire à la loy de nature & à la raisô. 
Et partant il a penfé vne chofe ex- 
trêmement raifonnable,& à laquel- 
le nul ne peut refifter , que quand la 
nature naurôit point exprelfémenc 
prefcritquonfe mariaft, c*çfl: à di- 
re qu on fe determinaft par des pro- 
meflesinuiolablesà de certains ob- 
jets y Cl eft-ce qu elle ne la point dé- 
fendu aulTI , &ainfî , qu'il eft per- 
mis & auxhommes &c aux femmes 

defe 



Con/ideration féconde. ^j 
de fe déterminer de la forte , fî ils 
trouuent des objets qui s y obligent 
réciproquement. Et de là s'enfui- 
uent neceflairement deux chofes. 
LVpe , que le violcment n'eft pas 
pei'misparlesloix delà nature. Car 
la liberté de choifîr fon objet pour 
n en changer points encloft nrt:ef- 
fairement en foyla liberté de rejet- 
ter laconjon6tiondeceluy qui ne 
nous plaift pas. Celuy donc qui par 
la force nous rauit cette liberté, 
nous ofte ce que la nature nous a 
donné , & pèche contre fes règles,' 
Et le péché eft d'autant plus grande 
que la chofe qui nous eft rauie eft 
plus eftunée de nous , & de plus 
grande importance , principale- 
ment en deux façons. L^ne^, qu'en 
toute autre violence par laquelle les 
hommes oftent les vns aux autres 
leur liberté , la tyranaie pourtani 

G 



5?8 DesD roits des Mariages 
me lailTetelqueiefuis^&nemefait 
point dcuenir vnc partie dVn autre, 
que i'ay à contre-cœur &c en hor- 
reur, i^ulieu qu'en cette conjon- 
6t;ion, comme nous auons veu cy- 
deflus^ceux qui font conjointsdc- 
uiennent partie Tvn del'autre. De 
(ovtc qu'il arriue parce moyen en 
quelque façon que celle à qui la vio- 
lence a efté faite fe haïra elle mef- 
me j & au lieu que la nature a vou- 
lu tremper cette conjonction dans 
les affe6lions les plus ardentes & les 
plus véhémentes qui foyent , la vio- 
lence les trempera dans vne haine 
implacable. L'autre eft^que lacon- 
jonûionquife fait par violence ne 
Liiflc pas quelques fois de produire 
la génération. Or de la s'enfuiuent 
des mconueniens tres-confîd éra- 
bles. Car premièrement vne fem- 
me demeure ainlî maigre quelle en 



Conftderation féconde. ^^j 

ait, aftreinte aux incommodités de 
la grolTefTe & de Tedacation, à quoy 
elle n'a point deu eftre obligée j fi- 
non par vn confentenlent volon- 
taire. Puis après , comme ainfifoit 
que ce qui foulage ordinairement 
cesincommodités^foit latendreiTe 
4esaffe6tiôsdes mères enuers leurs 
enfans, il eft extrêmement difficile 
qu elles ayent ces tendrefTes pour 
ceux qu'elles ont concjeu par vio- 
ienceicar nous auons naturellement 
toute forte de contrainte en telle 
horreur , que la haine s en répand 
mcfmesdeffiisleschofes qui en ont . 
efté produites Et ainfilamerenon 
feulemét demeure chargée de beau- 
coup de foins&de trauauxfanscon- 
folation, mais mefme eft aucune- 
ment réduite à cette neceifité , de 
fentir efteindre en elle les affections 
de la nature , &c conuertir les ten- 



i5o Des D roits des zS^ariages 
drefles en haine & en indignation. 
Enfin, pource quileftde ladifpo- 
fîtion de la nature , que les pères & 
les mères laîflentleurs biens à leurs 
cnfahs, fi par la loy de la police ceux 
qui naiflcnt deviplement fiiccedent 
au bien de leur mère, celuy quila 
* violée , luy a donné vn héritier mal- 
gré quelle en euft; ce qui n'eftpas 
de Téquité ni de laraifon. S'ils n'y 
fiiccedent pas , l'ordre de la nature 
demeure troublé par ce moyen \ & 
la mère outre Imiuftice quelle a 
foufFerteen fa perfiDnne, rec^oit en- 
core ce defauantage ^ denelailTer 
pasfi^Ionladifpofitionde lai^ture 
rheritage de fi^n bien à fi^n enfant. 
L autre chofe qui s'enfuit de ce que 
le m:inage,s il n'eft commandé, au 
moins elt il permis parla nature, 
eftqueradulterecft contre fesloix. 
Et cela confie premièrement de ce- 



Confideration féconde. lor 

luy qui fe commet entre vnc per- 
fonne mariée, & vne qui ne Tell pas. 
Car la perfonne mariée viole la foy 
qu elle auoit donnée auparauantjde 
denefe conjoindre pomt à d'autre 
objet. Or la violation de la foy, & 
encore folemnellement donnée en 
chofes efquelles on la peut donner, 
eft contre le droidt de la nature. Et 
la perfonne qui ne Teft pas ofte à ce- 
luy au preiudice duquel l'adultère fc 
commet,cequiluy appartient, non 
feulement fans fon confentement, 
mais, comme il eft neceflaircment 
à prefumer , contre fa volonté bien 
certaine & bien véhémente. Ce 
qui eft contre la iuftice ^ & la iuftice 
eft du droiâ: dénature^ comme 
nousauonsveu. Puisaprcs,ilconftc 
encore & en plus forts termes de ce- 
luy qui fe commet entre perfonnes 
qui font mariées des deux coftés, 

G 3 



ïot T>cs Droits des Ataria^cs 
Car ainfi il y a des deux coftés & vio- 
lationde foy,& iniullice, Etàrvn 
& a lautre vous pouués adiouter 
cette coniîderation , quon fup- 
pofeàceluy aupreiudicede quila- 
dultere fe commet , desenf^ns qui 
ne font pas fîens y pour auoir la pei- 
ne &c le foin de leur n ourritu re & de 
leur éducation :> &les introduire en 
fa fucçeffion , contre toute forte de 
raifon&deiuftice. 

Mais voyons vn peu fur quelles 
raifons Platon a fondé cette com- 
munauté des femmes. Si,difoit il, 
les femmes & les enfans eftoient cô- 
muns , il faudroit que les biens le 
fuflentaufli^&filesbiensreftoyent, 
on auroit^ranché dans la racine la- 
uarice & lambition de ceux qui 
veulent pofleder plus que les autres, 
&rGnuie de ceux quinepoffedent 
pas tant. Or eft-ce ordinairement 



• Confdcration féconde. 103 

de ces deux fources que viennent l.s 
defordres & les feditions dans les 
Républiques. Derechef, dit il, fi 
toutes cliofes eftoyent communes, 
&mefmes les femmes &:lesenians, 
toute la republique n'eftant qu'vne 
famille ^ il y auroit entre tous les ci- 
toyens autant d'affedion & d'ar- 
deur de bonne volonté , qu on en 
void ordinairement entre les frères 
&les foeurs envne mefme maifon. 
Au lieu que les affections eftans reC- 
ferrées dans les familles,ou au moins 
dans les parentés, co m n-^e les maria- 
ge les compofent , le reile des ci- 
toyens font eftrangers les vns aux 
autres, & par conlequent fort peu 
affectionnés entr'eux. Qo^int à la 
première de ces raifons , le ne me 
contenteraypasdedre que la com- 
munauté des h'xc^-ïs ellabfolumcnt 
impolTible à introduire dans lesRe- 

G4 



î04 "Des Tenons des Apanages 
publiques y ni, comme AriftoteTa 
^•emarqué, qu elle rendroit les hom- 
ines negligens^comme on void par 
expérience que les chofes que Ton 
poflçde y ou que Ion doit folliciter 
en commun, font ordmairement 
abandonnées, chacun ferepofant 
defTus fon compagnô : ie diray mef- 
me qu elle eft contre le droit de la' 
nature. Car les biens font pour la 
nourriture & la fubfîftancedesin- 
diuidus particuliers, & la commu- 
nauté ne fe nourrit point autre- 
ment ^fînon que tous les indiuidusj 
chacun en fon endroit, ont de quoy 
viure. Il faut donc neceflairement 
cjue ie bien qui fe recueillera d Vn 
champ commun, fediuife entre les 
particuliers j &c ainfî encore que le 
fonds foit commun, les fruits en 
feront diuifezpoujtant. Lairmef- 
p.? que nous refpirons, qui ell la 



Confdemtion féconde. lOj 

v:hofela plus commune du monde 
après la lumière , fe diuife par la 
rcipiration ; & à mefure que le Tat- 
^ tire dans mon pouhnon ^ il perd ia 
condition de commun, &c me dé- 
nient particulier & piopre. Et fî 
j|uelqu vn m'empeiciioïc de 1 atti- 
rer à moy, ou pour le diaertir, ou 
pour fe le^vendiquer, il feroit en 
cela contre le droit delanature^qui 
me donne cette partie de lair qui 
eft la plus prochaine de moy, pour 
le ratraichiircment de mon poul- 
mon. Il y a plus. Tcftimeque la 
diuifion du fonds mefme, cil du 
droit de nature , eu égard à la con- 
ftitution des chofes humaines. Car 
peut eftre n eft-il pas impofTible 
qu'en vne communauté de vingt 
ou trente perfonnes feulement, vn 
fonds puifle eftre tellement polfedé 
par indiuis,que les fruits puis après 



io(j TDes Droits des oJMarîages 
fe diuifent aux particuliers , fans 
quil arriue du defordre, pource 
quil ne fera peut-eflre pas e^xtre- 
inemenc difficile de proportionner 
en la dilhibutionja nielure du fruit 
à la mefure du labeur que chacun 
aura pris en la culture. Mais efi 
vne Republique toute entière, où 
les ellats& lesconditioijs des hom- 
mes font (î différentes, ou les vns 
font Laboureurs , & les autres 
S.oldats , &c les autres Marchands , 
&: les autres Magiftrats,& les autres 
feruiteurs, foit des Soldats , ou des 
Magiftrats, ou des Marchands en- 
core, quel moyen y a til de telle- 
ment adjufter & proportionner les 
chofes, que ceux qui ne labourent 
point, recueillent & partagent les 
fruits de la terre pofledée par in- 
diuis,auecles Laboureurs, & que les 
Laboureurs participent ou au gain 



Conjîderation féconde. 1Q7 

desMarchandsj ou aux gages des 
Magiftrats,ou à lafolde & au butin 
des SoIdats,auec telle proportiô que 
persone ne le puifle plaindre que 1 e- 
galitc n y ait pas eftè gardée? Et (î ce- 
la eH nnpoflible en vne Republique 
qui a tout sô peuple en Tençeinte de 
fes murailles, & tout Ton territoire 
trois ou quatre lieues à lentour, 
comblé le ferat'il plus encore dans 
les grands empires ? le dis donc qu'il 
eftdu Droit de la nature ^ que cha-^ 
cun poffededela terre ce qu'il en a 
iuftement & légitimement acquis 
parles voyes railbnnables ^ & qui 
donnent vniufte tiltreà lapoflef- 
iîon des chofes. Or fila commu- 
nauté des biens n a point de lieu ^ le 
fondement fur lequel Platonvou- 
loit baftir la communauté 'des fem- 
mes & des enfans n en a point 
rion plus. Et fi la pcfleffion des 



io8 T)es Droits des Aîariazes 
biens delà terre par portions diui- 
fées felô lesiuftes tiltres qu on en a, 
eft du droit de nature, la diuiiîon 
& pofrefTion particulière des fem- 
mes & des enfans, félon le iuftetil- 
trc de mariage par lequel on fêles 
eft acquis, eft du Droit de nature de 
mefme. Ce que ie prouuepar ces 
raifons. Premièrement , lliomme 
& la femme font tellement rendus 
parties iVn de lautre par cette con- 
jon6tion,quiIsnefont envne cer^ 
taine façon quVne mefme chofe 
Et s'ils ne font qu vnc mefme 
chofe , il eft du Droit de nature, 
qu'ils communiquent aux biens 
IVn de lautre, ce qui ne peut eftre 
files femmes font communes,&les 
biens diuifés aux particuliers. Puis 
après , il eft du Droit de la nature 
que les pères nourriflent leurs en- 
fans , & que les enfans fuccedent au 



Conjtderation féconde, lop 
bien de leurs pères. Or comment 
eft-ce que cela fe fera fi lesenfans 
font communs , de forte quil foit, 
comme il fera, impoflible abfolu- 
ment de les afïîgner chacun au père 
qui les a engendres ?En fin^fi la iuft e 
poffeflion d'vne chofe quei'ayac- 
quife , la rend tellement mienne 
qu^ilfoit contre le Droit de la natu- 
re de m'en dépoffeder, ou de la vou- 
loirpolTederauec moy communé- 
ment,certes les chofcs que lacquiers 
ou de mon trauail ou de mon ar- 
gent, ne font pas tant à moy, que la 
femme que ie me fuis acquife par 
cette conjon6tion , ni que les en- 
fans qui en font procédés. De for- 
te quil fera encore beaucoup 
plus contre le Droit de la nature^ 
que quelqu vn me lesofte, ou pour 
les pollcder communément auec 
moy , ou pour me les rauir tout à 



ïio T>ei Droits des tj^iariagcs 
fait. Que (î quelqu vn difoit icy qu il 
n'eft point contre le Droit de la na- 
ture, qu vn autre vienne auec moy 
ioiiir en commun du bien que ie 
poiTede/pourueu que i'y confente, 
&quilen fera ainfî de la commu- 
nauté des femmes & des enfans, 
pourueuque tousy apportent leur 
confentement , il y a deux chofes à 
refpondre. L Vnequeliousprefup- 
pofons icy ce que nousauons prou- 
ue cy delfus , que la diuifîon des 
biens eft du Droit de nature. Or 
n'implique t'il pas contradi6tion à 
la vérité 3 qu'vn homme en admette 
deux ou trois autres à la poiTeffion 
de fon bien par mdiuis,&que neât- 
moins les biens demeurent en quel- 
que façon partagés & diuifés. Car 
s ils font indiuis entre ces trois , au 
moins font ils diuifés à Tégard de 
tous les autres.Mais d'admettre vni- 



Conjlderation féconde. m 

uerfellement tout le monde a la 
comimauté de mes biens, &: neant- 
moins les pofleder en particulier , ce 
font chofes entièrement répugnan- 
tes &contradiâ:oires. Or veut Pla- 
ton 3 non qu'vne , ou deux , ou trois 
femmes, foyent communes à deux 
ou trois hommes feulement^ mais 
qu elles foyent communes indife- 
remment.Comme donc ie ne fçau- 
rois par le droit de la nature , don- 
ner de confentement à rabfoluë 
communauté de mes biens, ainfi 
ie n'en fçaurois donner àlabfolue 
commur^auté des femm es &c des en- 
fans. La féconde eft, que l'homme 
parlaconjonûion auec la femme, 
fe l'acquiert en telle façon, que la 
femme (e l'acquiert auffi au réci- 
proque. De forte que le mariage 
n'acquiert pas feulement au mary 
vn certain droit qui luy oblige fa 



ni Des Droiéîs des Mdrïdges 
femme j la femme y en acquiert 
aufli vn qui luy oblige fon mary. 
Et bien quily ait vne grandiflîmc 
différence entre larelation des en- 
fans au père , & celle de la femme au 
mary, en ce que la relation de la 
femme au mary cft en quelque fa- 
(^on d'égalité ^ au lieu que celle des 
enfansau père eft d'inégalité toute 
entiereja nature pourtant ne laifTe 
pas d'auoir conftitué certains droits 
entr eu x , contre lefquels le père pè- 
che s'il les viole. Car pour exemple, 
Vn père ne peut pas defauoiier & re- 
jetter vn fils fans bonue raifon, 
quand il n a commis aucune defo- 
beilfance ni rébellion , & s'il le fait, 
il pèche contre les droits delà natu- 
re. Ni le mary donc ni le père n a 
pas tel droit defTus fa femme ni def- 
fus fcs enfans ^ pour donner de tels 
conleutemens , qu vn Seigneur a 

deffus 



Confdcration féconde, 113 

deflus fon héritage, fur lequel il a tel 
droit que l'héritage n en a point du 
tout deflusluy 5 mais dépend:, pour 
cequieftd'eftrepofledédeluy y ou 
de neTeftrepaSjde fa volonté tou- 
te pure. Ainfi ne peut on donner 
ce confentement, fans difpofer deà 
chofes qui ne font pas en noftrc 
puiffance abfolue^ fans violer la iu- 
ftice, & par confequent fans pécher 
cotre les droits de la nature.Pourcc 
qui eft de la féconde raifonde Pla- 
ton , autre eft raffedtionque nous 
portons à nos concitoyens^entant 
que ce font nos concitoyens, & au^ 
tre celle que nousportonsàhps pa^ 
rens, à cavife de Taffinité Œi de la 
confanguinité. L' vne eft fondée fur 
cette confideration , queftanttous 
dVn mefme corps poUtique , qui 
tend à vne mefme félicité politique 
de mefme, nous deuons touscha- 
* H 



114 Des Droits des ^JHarïages 
cun en fon endroit contribuer à ce 
but 5 & par confequent eftre bien 
d'accord les vns auec les autres , & 
nous entre-vouloir & procurer du 
bien. L'autre ne dépend pas de là, 
mais de cequ'eftantdefcendusd Vn 
mefmeeftoc,nousfommesen quel- 
que fac^on vn en luy, & ^ comme dit 
TEfcriture, chair de la chair, &os 
des os les vns des autres. Ceftadire, 
que nous auons entre nous vne telle 
communion de fang, qu'aimer nos 
parens,c'eft en quelque façon ai- 
mer noftre propre chair & nous 
mefmes. Or eft il bien vray que plus 
on peut rendre cette affcÂion poli- 
tique muiolable, & plttsenreuient 
il de bien à la focieté; mais il faut 
que ce foit par des raifons & des 
confiderations prifesdubut auquel 
la police tend , qui eft la félicité de 
la republique, dans laquelle celle de 



Conjîderation féconde. lîj 

thaque citoyen eft enclofe. Pour ce 
quieftde l*affe£tionquivientde la 
confanguinitéjelle n'y eft pas ne- 
ceflfaire. Mais quand elle y appor- 
teroit quelque vtilite, tant s'en faut 
que la communauté des femmes y 
contribuaft, qu'elle y eft dire£te- 
nient contraire. Car les affc6tions 
que le mariage engendre font ou 
deconfanguinité , qui fçprouigne 
par lesenfans, ou d'affinité , qui lie 
auec nous les parens des femmes 
aufquelles nous nous conioignons 
par mariage. Pour ce qui eft de la 
confanguinité, ni les pères ne peu- 
uent auoir de vrayes affedlionspout 
leurs enfans, ni les enfanspour leurs 
pères , s'ils ne s'entreconnoiflent 
point. Or comment s'entreconnoi- 
ftroyent'ils en cette naiffance fî 
confufe,& fi indéterminée quivicnc 
deiacomunautédes femmes ? Cela 

H X 



ïi6 DesT> roits des Mariages 
donc eft retrancher les affe6tions 
de confanguinité dans la racine. 
Quant aux freres,ils ne fe reconnoi- 
ftront frères que de mère feule- 
ment , (î au moins Teducation leur 
permet de fçauoir de quelle mère 
ils auront efté enfantés. Et pour ce 
qui eft des oncles &L des couiins ger- 
mains, ils n auront aucune con- 
noiffanceles vns des autres , fînon 
extrêmement tenebreufe , impar- 
faite, &douteufe, ce qui ruine en- 
tièrement laffeélion. Pour ce qui 
eft Taffi nité^comme on dit que ceux 
qui paflent par les hoftelleries en 
voyageant, font beaucoup decon- 
noiffances, & peu damis,pource 
queTamitié ne s acquiert que p^rla 
conuerfation dVn temps aflescpn- 
fîderable , ainfî pourroit on bien 
dire que ceux qui fe ioignent à plu- 
fieurs femmes, font beaucoup d af- 



Conjideratiom féconde. uj 

finîtes y mais qui ne font fuiuies 
d aucunes affections, pourcc que le 
fréquent changement les empefciie 
de s'enraciner. Comment de s'en- 
raciner? La communauté des fem- 
mes les empeiche de germer & de 
naiftreen fac^oû quelconque. Car 
iîla/emmeà laquelle ie me con- 
joins^eft née dans cette communau- 
té :, ne connoiflfant point fon père, 
ie ne connoiftray point fes parens 
paternels, & bien que ieconnoifle 
la mère , ie n auray pas plus de con- 
noiflfance de fes parens maternels 
que des autres. Que fi quelqu'vn di- 
foit icy pour Platon,qu encore qu'ô 
neconnoifle pas fes plus proches, fi 
l(^ait-on en gênerai qu on eft tous 
parens, il fera aifé de ïuy relpondre 
que les pare tés vagues & indctermi- 
nées,& defqueles nomauons peu d^ 
diftin£te connoiffance , n*engen- 

H3 



ii8 Des Droite des Mariages 
drent aucune afFcdion , & que mefi 
mes les parentés certaines , à mefure 
qu'elles s'éloignent, les laifTent ef- 
facer déteindre tout à fait. Defor- 
te qu'en vne republique tant foit 
peupopuleufe^oùla communauté 
des femmes auroit heu, la parente 
n'auroit pas dauantage de vertu 

Î)our créer de laffedion^^que la con- 
ideration de cette commune con- 
fanguinité, qui lie tous les hommes 
entr'eux, en produit maintenant 
entre ceux qui ont cette créance, 
que nouslommes tous formés d Vn 
mefme fang , & defcendus d Vn 
mefmepere.Ce quin'empefchepas 
les querelles entre les eltrangers, ni 
lesfeditions entre les concitoyens, 
entre qui neantmoinsil eft impof- 
fîble que cette ancienne parenté ne 
fe foit renouuelée par diuerfes aK 
Jiances, le dis donc au contraire^^ 



Confderation féconde. n^ 

que la détermination de certains 
objets, auec qui on fe conioigne, 
eftplus capable de contribuer à ce 
qu il y ait aftcclion &: bonne intelli- 
gence entre les concitoyens , que la 
communauté des femmes. Pour ce 
que les parentés ellans diflin£l:es&: 
diilindtement connues , chacune 
redouble les affedions entre ceux 
qui s'entretiennent par le fang , & 
les alliances qui fc font de parenté a 
parenté , leslient-eiiroittement les 
vns auec les autres. Mais confide- 
rons la choie vn peu déplus prés^Sc 
voyons il la conjonction deThom- 
me& de la femme hors le mariage, 
eftabfolu ment illicite par ledroi6t 
de la nature. Cette conjon6tion 
donc, diient les lurilconfultcs, eft 
ordonnée pour deux fins LVneeft 
la procréation des enfans \ l'autre 
cft le foulag;ement de la fragilité 

H A 



no Des TJroits des tJ^drUges 
qui paroift en rincontinence de 
Thomme , par la iouyflance d vne 
légitime volupté. Or quant à ce qui 
çlt de la première , diuerfcsraifons 
nous induifent à croire que le droit 
de la nature rend le mariage necef- 
faire en cet égard. Premièrement, 
l excellence de noftrc eftreau def- 
fus des belles , requiert neceflaire- 
ment quily ait quelque diftind:ioa 
cntfeelles& nous^pour la procréa- 
tion de nos enfans. S i donc nous les 
femons indeterminément en tou- 
tes fortes d objets, qu'elle différence 
yatilencet égard entre nous & les 
belles f Puis après , le pere & la mè- 
re concourent tellement à la géné- 
ration 3 que le pere neantmoins y 
cft confideré comme la principale 
caufe. Si donc il ett du droit de la 
nature , comme aucun ne le peut 
nier, s'il ne veut cft re redargué par 



Conjtderation féconde. m 

les belles m efm es, que l'engcndranc 
aime ce qui eft engendré de tuy^ces 
affedtions naturelles doiuent eftre 
au père &en lamereégalement.Or 
comment fe trouueront elles dans 
les pères, s'ils n'qnt point de certai- 
nes connoilTances que tels & tels 
foyent leurs enfans ? Et comment 
enpeuuent ilsauoir s'ils le meftent 
indifféremment auec toutes fortes 
d'objets ,quiferont auili communs 
à vne mfinité d'autres? Entre les De- 
ttes, à la vérité lesmafles ne paroif- 
fent pas auoir ces affections comme 
les femelles. Maiscellpource que 
n'ayans point de raifon , ils i^'ont, 
point d'objet determiné,ni dccon- 
noiffancede la produclion de leur 
femence. Que li la nature leur auoit 
. donné quelque eftincelle de raifon 
' &c d mtelligence , ils feroienttouc 
ce quils pourroicnc pour auoir 



izz Des Droits des Mariages 
quelque certitude dufruit*quils au- 
loyeiit engêdré. Et pource que cela 
ne fe peut autrement que par la de- 
termination de certains objets, ils 
clTay croient à fe les affeder particu- 
lièrement par quelque efpece de 
mariage. Puis donc que l'homme 
a receu , non vne étmcelle feule- 
ment, mais vne grande abondance 
d'intelligence & de rançon, il de-- 
genere& ferabaifle infiniment au 
deffous de l'excellence de fa natu^ 
re, s'il néglige d'auoir vne certaine 
connoiflance de fon fruit. Entroi- 
fîefme lieu , outre ce que les affe- 
ctions naturelles portent ceux qui 
engendrent à la nourriture de ce 
qu'ils ont engendré, le droit de la 
nature les y oblige , quand ils n'y 
feroient pas iî affectionnés. Et de 
cela elle nous a fourni vn enfeigne- 
ment indubitable 3 en ce quelle a 



Confderation féconde, nj 

donné des mammelles aux fem- 
mes , qu'elle remplit elle mefme 
de leur propre fang , elabouré de 
telle forte , qu il fert à ces créatures 
encore tendres, dvn merueilleufe- 
ment excellent & conuenable ali- 
ment. De manière qu elle a vou- 
lu y non qu'elles nourrilTent leur 
fruit feulement , mais qu elles le 
nourriffent de leur propre fîib^ 
ftance. Or ce qu'elle a pratiqua 
à Tendroit des femelles, eil vn en- 
feignement indubitable aux malles, 
du deuoir auquel ils font obligez, 
car ils ne font pas moins auteurs de 
lettre de leur fruits, qu elles ; & lî 
la nature les a defchargez& de l'in- 
commodité de porter eux-mefmes 
leurs enfans dans le ventre, & de la 
peine de les nourrir de leur propre 
fang , ils n'en font que plus étroi- 
tement obligés d'employer l'indu- 



U4 T^^^ Droits des tJManages j 
ftric de laquelle la nature les a pour^^ 
ueus, à fournir à la merc , qui ne 
peut trauaiUer pendant tout ce 
temps 3 dequoy faire du fang pour 1 
nourrir leurs communs enfans, & 
reparer la fubftancc qu ils empor- 
tent. Deuoirau refte duquel ils ne 
fe peuuent acquitter , s'ils n'ont 
point de certaine connoiflance que 
tels & tels enfans leur appartien- 
nent, &ainfl ils manqueront aux 
affections de la nature, & commet- 
tront vne injuftice quant & quamt, 
en ne fourniflant point aux enfans 
ce qu'ils leur doiuentj&laiiTant à la 
mère cette charge toute entière, au 
lieu que par le droit de la nature 
cllenendeuroit porter que fa part. 
Finalement , comme nous auons 
vcu cy-deflus, l'homme eft né pour 
la police, & pour la religion , & doit 
auoir naturellement des inclina- 



Cvnjtderation féconde, iij 
tions pour la conferuationdelVne 
& de Tautre ; pource que 1 Vne eft ce 
qui luy communique la félicité 
dont il eft capable en la terre , & 
l'autre luy donne lafleurance de 
celle qu il peut defirer au Ciel. Et 
derechef, pource que IVne a pour 
but le bien des autres hommes (es 
femblables, aufquels il eft obligé 
par beaucoup dedeuoirs, &rautrc 
a pour objet laDiuinité,àlaquelle 
il eft tenu de toutes chofes. Or ces 
inclinations ni ces deuoirs ne fe ter- 
minent pas en faperfonne, ilspaf- 
fent aufli iufques defTus fes enffans, 
&s*il eft tenu de les nourrir pen- 
dant leur basaa^e, lî eft encore 
plus obligé de les inftruire quand 
ils font capables d'inftrudion^^ce 
qu ils puiflfent deuenir tels qu'ils doi- 
ucnt eftre pour s'acquitter de leurs 
deuoirs en tous ces deux égards, &: 



ii(> Des Droits des Mariages 
paruenir à la iouiffance de IVne &ù\ 
de lautre félicité , que ces deux for- 
tes de focieté^ politique & religieux | 
fe, promettent. Et comme cette in-^ 
ftitution eft propre à Thommeà 
caufe de Pexcellence de fa nature, au 
lieu que la nourriture par le fang,& 
les autres chofesdeftinéesàcela^luy 
eft commune auec les autres ani- 
maux , la nature qui nous a faits 
hommes , nous a encore beaucoup 
plus eftroittement obligés en cet 
égard , quelle n a fait en lautre , en- 
tant qu'elle nous a faits animaux. 
Or comment s'acquitteralhomme 
de ce deuoir fi fa pofterité luy eft in- 
connue ? Le mariage donc eft abfb* 
lument du droit de la nature, eu 
égard à la première de ces fins Reftc 
la féconde, fur laquelle nous auons 
à faire diuerfes confiderations. La 
première eft que la nature doit eftrc 



Confderation féconde. ny 
confîderée en deux manières ; c'eft 
à fçauoir, entière & vuide de vice & 
de corruption ; & puis après, alté- 
rée par quelque deprauation. Or 
quelle que folt la caufe qui nous a 
produits en eftref& nous auons veu 
cy deflus quil faut que ce foit la Di- 
uinité j il n'y a poimrde-doute qu el- 
le nous a produits en ce premier 
eftat. Elle eft trop bonne, trop fagc, 
trop rainâ:e3& trop puiflante, ayant 
deffeinde créer vne nature , dont 
l'excellence des facultés Téleuc in- 
finiment au deflus de toutes les 
autres vifibles , pour la créer, non 
imparfaite feulement , mais en- 
core corrompue & vicieufe. Or 
en •et eftat de perfedtion ^ à 
proprement parler^ iln'ypouuoit 
auoir d'incontinence , tous les ap- 
pétits corporels eftans entièrement 
aifujettis à la raifon. Ainiî la fin 



ii8 T>es Droits des tJU'Ianagcs 
de la conjondtion de lliomme auec 
la femme, euft efté vnique pour la 
génération des enfans j & partant 
cette féconde n*eft que fubalterne, 
& furuenuë par la^cident de la 
corruption , de laquelle la nature 
humaine eft altérée. Si donc le ma- 
riage eft abfolument du droit delà 
nature, ett égard a cette première 
fin,de façon que hors de luy la con- 
jondion de l'homme & de la fem- 
me foit entièrement illicite, il n'y 
peut auoir aucune raifon que cette 
fin fubalterne , qui n eft venue que 
par Taccident de la corruption^ la 
rende légitime & nonvicieufe. Il 
faut que la chofe demeure telle 
qu elle eftoit en elle mefme, #que 
s'il y furuient quelque chofe de 
nouueau , ce foit la hberté dVfer 
du mariage pour la volupté, au heu 
qu auparauant & félon la première 

inftitution 



Conjtderation Jeconde. 119 
inftitution delà nature, iln en fal- 
loir vfer que pour la procréation dé 
la lignée. La fécondé eft.que quand 
Vnc ciiofe a deux fins , IVne princi- 
pale & plus naturelle , lautre qui 
reft moins , il ne conuieht pas à 
Tinftitution de la nature^lors qu'on 
a la connoi(rancedervne& de l'au- 
tre de ces fins, d'y fuiure la moins 
principale, à l'entière exclufion de 
celle quiTeftdauâtage. Pour exem- 
ple, la nature amis dans les viandes 
deux chôfes -.IVneeft, la qualité 
àlimenteufe qui les rend capables 
de fuilenter nos corps : Tautre eft 
la douceur du gouft ^ qui cha- 
touille de quelque volupté quand 
on en vfe. le dis donc que fi la na- 
ture ne noU4§defend pas en cher- 
chant dans les alimensnoftre nour- 
riture, d y auoir par acceflbirè quel- 
que égard à k volupté , au moinâ 

i 



Ï30 T^cs Droits des M armges 
certes nous défend elle d*y auoîr 
rtUcment égard, que nous n'y faf- 
fîons aucune conuderationde no- 
ftre nourriture , & du befoin que 
nous en auons. Autrement c'cft 
pcruertir la deftination de la natu- 
re., & conuertir en principal ce qui 
n*efto it que Taccefloire (èulement , 
& faire (i peu de cas du principal, 
que mefmcs on n'enfaffe pas vn ac- 
cefloire. Veu donc que la princi- 
pale & plus naturelle fin de la con- 
jonction de Thomme auec la fem- 
me , eft la génération, la nature 
nous défend d en vfer fans y faire 
aucune confideration de la généra- 
tion, & des enfans qui en peuuent 
naiftre. De fait, quiconque fe con- 
jointàvne femme hqpmariage, fe 
met en vneuidcnt péril d'encourir 
tous les mcouenicns que nous auons 
cy-delTus remarqué dépendre d'v- 



Confideration féconde, i^t 

ne génération vague & indétermi- 
née. La troinéme Confideration 
eft, que quand la nature nous au- 
roit permis de ne regarder en cette 
adion finon à la volupté feule- 
ment , fi eft - ce que puis que nous 
fommes hommes, cette volupté de- 
uroit eft re fiijette au gouuernemenc 
delà raifon. Car elle eft de la natu- 
re de ces chofes fiir lefquelles nous 
auonsveucy-deffus que la raifon a 
delà domination. Or bien que la 
raifon doiue déterminer des autres 
circonftances qui doiuent régler 
iVCige de cette volupté , comme eft 
le lieu, le temps, Toccafion, & les 
autres chofes femblables, fi n'y en 
a t'il aucune en qui il luy conuien- 
ne tant de faire paroiftre fon intel- 
ligence dans les règles de ce qui eft 
honnefte &beau, quela détermi- 
nation de lobjCt. Non feulement 

I 2. 



î3 1 Des Droits des Mariages 
parce qu'en toutes les aâ:ions mo- 
rales elle a principalement égard à 
l a nature de Tbbjet, mais encore, 
pource que quand elle n y auroit 
point tant d'égard dans les autres 
actions m orales , elle y en doit auoir 
vn particulier en celle cy. Etlarai- 
fon en eft , que de toutes les circon- 
ftances dont lobferuation ou la 
négligence peut contribuer quel- 
que chofe à rendre cette a6tion ou 
lionnefte ou deshonnefte morale- 
ment , il n'y en a aucune ou qui 
nous approche, ou qui nous recu- 
le tant de la nature des beftes, que 
la détermination ou l'indétermina- 
tion de l'objet. Car il n'y a rien qui 
témoigne tant en cela la brutalité 
&la fenfualité des chenaux , que de 
hennir & de s'emporter vniuerfelle- 
ment à toutes rencontres. La qua- 
triefme finalement eft/ que ceux 



Ç onjîdcration Jeconde, j^j 

quifeconjoignearjefont, ou à in- 
tention d^auoir des eufans ^ ou à in- 
tention ieulement de contenter 
leur conuoitife par la volupté. Si 
cel,t à intention d'auoir des en- 
fant, c'ell: de Iniftindt &du mou- 
uement de la nature qu'il arnue, 
que tous ceux qui font allociés 
en la produ6tion de quelque ou- 
urage,acquierent par cette commu- 
nication certaines affedtions ^ qui 
demeurent, mefmes après l'opéra- 
tion. Les collègues dans les char- 
ges ^ ceux qui trauaillent enfemble 
dans les ouuracjes des Arts, & o-cnc- 
ralement tous ceux qui contribuent 
chacun de leur part à la produdtion 
de quelque effe6tconfîderable , en 
y vniflant leurs foins &c leurs tra- 
uaux^ y vniflent aufli leurs affediôs 
&leurs inclinatiôs enfemble. Or eft 
laeenerarion des enfans . finsdif-^ 









ijf 4 T^cs T>roits des A^ariages 
ficulté^Ie plus bel ouurare du mon- 
de. Et partant , il conuient aux 
mouuemens de la nature, que ceux 
qui fe conjoignent pour y conty- 
buer , y acquièrent des affedions 
réciproques , qui demeurent per- 
manentes , melmes après laûe de 
la génération. Et ce d autant plus, 
que dans tous les autres ouurages les 
ouuriers ne ioignent que leurs ioins 
ik le trauail de leurs mains, au lieu 
qu en cettuy-cy lliomme oc la fem- 
me deuiennent en quelque façon 
vnemefme cliofc entr'eux j & sV- 
nilTent tellement en leurs enfims, 
qu ils n y compofcnt abfolument 
qu vne mefme perfoane , dans la- 
quelle ils fe font prouignés égale- 
ment Et véritablement la nature 
parle icy merueiUeufèment haut. 
Car dans les perfonnes raifonna- 
blçs,auant cette coniondioa , il y 



Conjideration féconde. 135- 

a dcmerueillcufement ardentes af- 
fections 3 6c qui furpaiTcnt les forces 
&iaveheaieace déroutes les incli- 
nations du monde.Et depuis la con- 
jonction y ces affcdions demeurent 
Il fermes , &c iî conffances dans le 
mariage , cju il n*y a point de lî 
eftroit lien dans la (ocieté de tout le 
genre humain. Oïdà ces conjon- 
àions vagues j & qui changent fou- 
uent d*ob)et , ni il n'en eft , m il n'en ' 
peut pas ellrcainfi. Quelque ardeur 
qu'il y ayt dans les atïeCtions auant 
la conjonction, elles demeurent en- 
tièrement éteintes après , & mcfmes 
fe tournent aflés fouuent en haine 
& en mefpris , ce qui eft directe- 
ment contre la difpofîdon de la na- 
ture. Si ce n eft point à intention 
dauoirdesenfans^ mais feulement 
pour aifouuir la conuoitifcjpuis que 
toutaufïi toft quelle eft aflfouuie, 
> I4 



13^ Des Droits des çJMarlages 
ceux qui fe font approcWs (efèpa- 
rencauilivuidesd'affedion que les 
animaux dcftitués de la raifon, 
(quoy que les Naturaliftes difent 
qu entre quelques vns il y a quelque 
clpece de nftriage , comme entre 
les tourterelles , &c les elcphans ) & 
que feparés qu ils font de la force , ils 
viennent aprp pour les mefmes rai- 
fons^àfecouplerauec d'autres ob- 
jets y & puis à d autres^ & puis à d au- 
tres encore fans diftindtion & fans 
arreft , iene voy pas qu elle diffé- 
rence il y ait en cet égard entre les 
hommes & les beftes^qui n ont auflî 
point d'autre but en leurs actions, 
que rafTouuiflement de leur vo- 
lupté, & n'ont point d'autre règle 
pour le chois des objets auec ief- 
quelselld's la veulent: affouuir , que 
celles que leur fournit vne palïîon 
çrratiqueikfansiugement, ou vnc 



Confderation Jccondc. 157 
rencontre fortuite & vagabondé. 
Vcu donc que comme le lay re- 
marqué diueifes fois :, la conjon- 
ction de 1 homme & de la femme 
lie de T vn à lautrc vne il étroite cô - 
munion, qulls deuiennent en quel- 
que forte partie Tvn de l'autre réci- 
proquement, elle ne peut eftre ainiî 
volage, indifcrette, & fans arreil, & 
dépendante de la volupté , comme 
de fonvnique fin , que première- 
ment chacun ne s'abaiiTe bien loin 
au defTous de la dignité de Tellre 
que Dieu luy auoic donné. Puis 
après qu il ne fe deshonore encore, 
cnfe faifant volontairement os des 
os & chair de la chair d vue perfon - 
nequis'eft ainfi auilie bien loin au 
deflbusderexcellence de fa nature. 
Partant foit que fimplement on y 
recherche des enfans , foit qu'on y 
aitaufliégardàla fragilité humai- 



138 Des Droits des Mariages 
ne, félon le droit de la nature cette 
forte de coniondion doit eftre en- 
tre les objets déterminés & choilîs 
auec meureté de iugement , & refo- 
lution de demeurer ferme en l'ele-^ 
£tion quî en a vne fois elle faite. 
Maintenant il nous faut parler du 
nombre de ces objets, & voir s'il eft 
permis d en auoir plufîeursen mef- 
mc temps , ou fi n*en auoir qu vn 
cft de la difpofition du droit de na- 
ture. 

<?Ji.'tt|£ «LAî e^e <»p e.{jf> 

f 



^9 

CONSIDERATION 

T R O I s I E s M E. 




Si le mariage â'^vn auec vnc esl du 
'"nroit de Naitirc. 



L faut examiner auacrc 
qucfticiisen cecteConfî- 
dcration.S'il eft permis d a- 
uoir pluiîeurs femmes fiicceilîue- 
mentlcsynesaux autres, quand les 
premiers mariages ont elle diffous 
par la mort. S il eft permis d en 
auoir plufieurs fucceliiuemenc les 
vnes aux autres fans mort, le maria- 
ge eftant diffous par lediuorce feu- 
lement. S'il eft permis d'en auoir 



• 



140 Des T)roits des tj^anages 
plufîeurs en mcfme temps, mais 
d*inegale condition, les vnes fem- 
mes &c les autres concubines. Et en 
fin , sll eft permis d*enauoir plu- 
fîeurs en melme temps, toutes éga- 
les en condition. Or quant à la pre- 
mière de ces queftions,c|uelques vns 
ont autrefois condamné les fécon- 
des noces en toutes fortes de per- 
fonneSjComme Tertullien,&main~ 
tenantilyena encore qui ne les ap- 
prouuent pasen certaine forte de 
gens, tels que font les Miniftres de 
FEglife. Ce qui fans doute a eité auf- 
filefentimentde plufieurs en fan- 
tiquité. Pour ce qui eft de Tertullie, 
très afleuremcnt il n a pas bien con-« 
fîderéce qui eft du droit delà dif- 

f)o(îtion de la nature. Car puisque 
e mariage eft conftitué pour ces 
deux fins , l'vn la génération des 
enfans , lautre , le remède à Tin- 



Conjideration troiftejme, 141 
continence, fi la mort d Vne pre- 
mière femme oftoit à fon mary qui 
furuit , le defir d'auoir des enfans, 
ou fi elle luy donnoit le don de con- 
tinence, peuteftrel'obligeroit elle 
en quelque manière à ne fe rema- 
rier pas. Mais puis qu'il peut arriuer 
que le mary furuiuant, dem^eure par 
ledecésde fa femme, pour ce qui 
regarde ou le befoin ou le defir d'à- 
uoir des enfans , au mefmeeftat au- 
quel il cftoit lors qu'il s'eft marié 
premièrement , il ell de la difpofi- 
tion du droit de la nature qu4l y 
poutuoyc auiïi de la mefme fa<^on« 
Car t!^it ce qui peut empefcher que 
la conjonârion d vn homme auec 
vne femme foit licite , les circon- 
ftances du temps , du lieu , & s'il 
.-y en a encore quelque autrc,y eftans 
obferuées, confifte au chois de Tob- 
>et. Et n y peut auoir de vice au 



T4t' *^^-^ Droits des tJ^I^Tiages 
cHbis de Tobjet, fînon ou qu'il eft 
vague & indéterminé ^ ou qu'en- 
core qu'il foit déterminé comme le 
mariage le requiert , par les affe- 
ctions &par la promefle, fî eft- ce 
que celuy qui le choifît n'eft pas en 
{a propre puiffance. C'eft à dire , 
qu eftant defîa conjoint à vn autre, 
il n'eft pas le maiftre de Ton corps , 
puisqu'il l'a engagé ailleurs par la 
foy de mariage. Or icy déformais 
nousfuppofons que l'objet eft dé- 
terminé comme il faut. Et quant à 
çftreen fa propre puiffancc, à la vé- 
rité tandis que la femme vitale ma- 
ry n'eft pasle maiftre abfoliiWefon 
propre corps*, mais elle morte, qui 
peut douter qu'en mourant elle ne 
l'ait laiffé en vne liberté toute en- 
tière ? La mort deftruifant l'eftrc 
de laperfonne^ détruit auffi toutes 
fes relations, & annuité toutes ces 



Conf aération troifcfme. 145 
forces de Uaifons & de communions 
quelle pouuoic auoir en la vie. Or 
ce que le dis du mary , doit cft re en- 
tendu de la femme pareillement, la 
raifon en eftant tout à fait fembla- 
ble. Ce n'eft pas qu'il n'y ait icy 
quelques bienfeances à obferuer, 
qui pource que ce font des bien- 
feances , font auflî en quelque fa- 
çon du droit de la nature. Car en- 
cor que la mort difloluc le lien du 
mariage en vn moment , il n eft pas 
de rhonnefteté pourtant , qu elle 
diflfolue en vn moment les affeâiios 
& le fouuenif de 1 alliance précé- 
dente. Naturellement les amitiés,& 
toutes fortes daffe étions bien & lé- 
gitimement contraâiées, nes'abo- 
lifTentque par trait de temps ^ &nc 
fe détachent fînori lentement 
des facultés de nos efprits ou elles 
scûoycnt attachées. C'eft pour- 



Î44 ^^^ Droits des Mariages 
quoyilcftde riionnefteté de la na- 
ture , de laiflfer écouler quelque 
temps raifonnable auant que de fe 
remarier. Et les femmes y font en- 
cor plus obligées que les hommes^ 
pour deux raifbns. L Vne, que la na- 
ture leur doit auoir donné plus dé 
retenue en Taccompliffement de ce 
défît. L'autre quileft neceflairede 
fçauoir s'il ne refte point en elles 
quelque fruit de la conjonction 
précédente. Car fi le mary a laifle 
fa femme enceinte^pource qu'il re- 
uit dedans fon enfant, & que tan- 
dis que Tenfant eft au Centre, il n'efl: 
réputé qu vne mefme chofe aucc la 
mère, elle demeure encore en quel- 
que facjon vne mefme chofe auec 
fon mary, iufques à ce que 1 enfant 
eftant feparé décile parlanaiflance, 
tous ces liens coiugaux qu elle âuoit 
auec fon mary, foient rompus. De 

forte 



Confdemtion troifefm^. 145 
forte que c*eftauec beaucoup defa- 
gefle qu'on a eftabli ces conftitu- 
tions Ecclefîaftiques ^ qui défen- 
dent aux femmes les fécondes no- 
ces j iufques à ce qu'il fe foit pafle 
vn temps affés raifbnnablc pour fai- 
re connoiftre entièrement fî elles 
font enceintes ou non. Mais cette 
bienfeance obferuée , il ne peuc 
refter de doute que par les loix de 
la nature ^ le fécond mariage ne foit 
permis. Car quant auxfpeculations 
queTertullienfaitlà defius^cefont 
pour la plufpart ieux de fon efprit^ 
& s'il y en a quelques autres qui ne 
méritent pas abfolument ce non de 
ieuXjtantyaqu elles n ont aucune 
folidité confîderable. Ors'ileftdu 
droit de la nature indifféremment . 
pOur toutes fortes de gens^ qu'il foit 
permis dauoir plufieurs -femmes^ 
pourueu qu'on les ait fucceflîue» 



14^ DesT> roits des Mariages 
mène , ie ne voy point de raifopi 
pourqaoy on doiue priuer de cette 
liberté ceux qui font employés au 
minifterede TEglife , pour ce que 
le miniftere de TEglife de foy ni 
n'empefche pas en eux le befoin , ni 
néteintpas ledefirdesfecodesnop- 
ces. l'aduouë que comme en toutes 
autreschofes^encellccy encore no- 
çapiment, ils doiuent vfer de plus 
de retenue & de circonfpe6tion que 
les autres 5 à caufe de la granité de 
leur charge.Ic ne nie pas mefm e que 
fiabfolumentilsfe pouuoyentpaf- 
ferde mariage, il ncfuftplus expé- 
dient pour eux, afin de s'acquiter 
des fon£tions de leur miniftere plus 
alaigrement , de renoncer non feu^ 
lementaux fécondes, mais mefmes 
de s'abftenir des premières nopces. 
Mais puis que le dçfîr d auoir des 
enfanseft naturel, iln'eft pas con- 



Conjtderation troïjtcfme. tJ^j 
uenable aux loix de la nature de leur 
en ofter la liberté , fî eux-mefmes 
n'y renoncent volontairement. Ec 
puis que cette forte d mcontinencc 
eft vne efpece de nialadie , à la gue- 
rifon de laquelle le mariage a efté 
deftiné, s'ils n'en font pas guéris , il 
nefemble pas non pIuseltredeTé- 
quitéde la nature ^ delcspriuerda 
remède. Aulîî fçait on bien dans 
quels inconueniens Tordre Eccle-- 
fiaftique eft tombé , pour auoir en 
cela voulu fuiure des loix qui ne 
s'accordent pasauec lesdifpofîtions 
de la -nature. Venons maintenant à 
la féconde queftion. 

Pource que le diuorcc a efté per- 
mis entre les Grecs & les Romains> 
natiôsquifemblent auoir le mieuî^ 
reconnu ce qui eft des droits de la 
nature, comme il paroift par les li- 
uresquilsant écrits delaPhilofg* 



148 T^cs Droits des fji^ariages 
phie morale 5 & parla lurifpruden- 
^ce qui a donné tant de réputation 
principalement aux derniers , il 
pourroit fembler à quelques -vns 
qu'il n'y a rien qui en choque la dif- 
pofîtion en cette couftume qu'ils 
ont pratiquée, de fe remarier après 
s'eftrefeparésd'vne première fem- 
me, pendant quelle eft viuante Et 
pource que Dieu mefme lauoit 
ainfi permis parmi le peuple d'I- 
fraël, il pourroit fembler encor que 
leiugement qu'ils en on fait^auroit 
efté confirmé par l'authorité de 
Dieu mefme.Mais pour ce quclefus 
Chrift par l'eftablilfement de la re- 
ligion don t il eft auteur , a condam- 
né le diuoi:ce :, excepté celuy qui fe 
fait pource que l'vn des conjoints a 
violé fa foy, il faut neceflairement 
que ce qu'ilenaordené foit fondé, 
ou bien fur ce quil a voulu donner 



Conjideration troifiefmc. 149 
à ceux qui fuiuroyenc fa religion, 
desregles de leurs deportemens, qui 
éleualient leur faincteté au délias 
de la mefure & de rellenduë de cel- 
le qui eilprefcrice par la nature, ou 
qu y ayant dans le diuorce quelque 
choie contre le droit de nature , il 
ait voulu réduire les chofes aux ter- 
mes de leur origine, & de la premiè- 
re antiquité. Or trois raifonsnou-s 
font v^oir manifeftement quec'eit 
iur cette féconde confîderation 
quila tonde fa deffenfe de feparer 
le mariage par le diuorce , excepté 
en cas de violation de lafoy. L vne 
eft qu il dit aux luifs que Moyfe 
le leur a ainii accordé à caufe 
de la dureté de leurs cœurs. C ellà 
dire, que s'il n y cuft point eu de 
mauuaile difpofîtion dedans le 
cœur des luifs, & encore mauuaife 
difpoiîtion déterminée &c comme 

K3 



ijo TDes T) roits des Adariages • 
inuincible^le Legiflateur en euft dif- 
pofé autrement. Il faut donc que 
cette conftitution air cfté accom- 
modèe^ non aux droits de la natu- 
re, de laquelle fî les luifs euflfcnt fui- 
ui les mouuemens par la raiion :, ils 
, n'eufTent point eu befoin de cette 
loy^ mais à la prudence politique, 
qui permet quelquesfois vn moin- 
dre mal pour en euitervnplus^râdj 
ou qui ne pouuant retrancher 
le mal tout à fait , le limite & le 
rétreint entre certaines bornes , à 
ce qu'il ne deuienne pas pernicieux 
à la focieté. Et comme ainfî Ibit 
qu'il y ait de deux fortes de permif- 
fions dVne chofe j iVne , qui la 
rend licite, de forte que celuy qui 
la fait ne pèche point s l'autre, qui 
confîfteen vue certaine indulgen- 
ce, qui déclare feulement que s'il 
arriueàquelqu Va de la faire, pour 



Corîfderation tro'Jicjme, iji 

quelques raifons politiques on ne 
le punira pasjcette permillion a deu 
élire de cette féconde maniere.C^ell 
que Dieu en quakté de Legillateur 
&: de Magiftrat particulier de cette 
Repliblique, déclare que tels&: tels 
dmorces demeureront impunis, en 
ce qui regarde les peines établies 
par les loix politiques feulement , 
fans neantmoins prejudicier entant 
que Dieu& luge de toutfVniuers^ 
aux préînieresmftitutions de la na- 
ture. La féconde raifon eft y que 
lefus Chrift dit qu au commence- 
ment il non eftoitpas ainfi. Ceft 
à dire, qu il veut qu on regarde à la 
première inftitution du matiage , 
félon que cemefmc Moy{e nous en 
a fait le récit. Et de fait, cela pofé 
que ce récit eft véritable, comme 
lefus Chrift & ceux à qui il parloic 
lefuppofoient tel, le premier ma- 

K4 



ïjt T)cs Droits des ^lariagcs 
liage a deueftre non feulement Iç 
modèle de tous les autres^ mais en- 
core le tableau dans lequel les droits 
naturels qui le ct)ncernent, nous 
ont elle reprefentés. Car d Vn co- 
llé 1 homme ôc la femme n ayans 
point encore de mauaaife difpofi- 
tion en leurs efprits^iln eftoit point 
befoin que Dieu y vfaft de cette 
condefcendance politique, dont il 
a vfé enuers les luifs. Et de l'autre, 
eftant lauteur de la nature, il con- 
uenoit à fa SagelTe qu il inftituaffc 
le mariage abiblument félon les 
droits qu'il y auoit eftablis. Puis 
donc qu'il conjoint l'homme &c la 
femme , vn auec vne, pour eftre 
chair de la chair :, & os des os Tvn 
de l'autre, & cela lî étroittement 
qu'ils ne conftituent qu Vne mefme 
chair 3 il eft afles clair qu'il nous 
veut donner à entendre, que cette 



Confdcration troijîcfme. • 155 
conjondion elt abiolument infe- 
parable, fî ce n elt pour le cas dont 
lelus Chriil fait mention , mais 
donc il n eftoit m neccllaire ni à 
propos q^ue Dieu donnait alors au- 
cune fignificacion^^pource qu'il ne 
le faloïc pas meime ibup^onner en 
cctce intégrité de la nature. La 
troilieime nnalement eit^que la na- 
ture meime y parle allés claire- 
ment. Car premièrement il y a cet- 
te difterence entre le mariage ^ &c 
toutes les autres alliances cjue les 
hommes contrarient enlemble, 
quelles qu'elles foient, que dans les 
autres il n'y interuient rien autre 
chofe qu'vn confentement de vo- 
lonté. Or toutes communions con- 
tractées par le feul conientement 
de la volonté/ont lans doute poli- 
tiques. Et comme elles fefontcon- 
Ifa^eçs par le confentement mu- 



IJ4 • *Z)f^ Droits des Mariages 
luel de deux d^erfes volontés, la 
voye naturelle de les difToudre^ 
comme difent les Iunfconfultes,eft 
par le confentementdefnefme. En 
celle-cy au contraire il interuient 
vne certaine a6tion qui la rend phy- 
fîque & naturelle. Or les commu- 
nions &c liaifons naturelles ne fe dif- 
foluent pasparleconfentementdes 
volontés ^ il faut neceflairement 
que ce foirpar quelque chofe natu- 
relle de melme. Comme donc en- 
core que le père & le fils s'accordaf- 
fent enfemble de ieparer cette cô- 
munion:,& déteindre ces relations 
qui font entreux, fî demeurent- ils 
çels pourtant ; telle chofe ne dépen- 
dant pas de la difpofition de la vo - 
lonté de Tliomme : Ainfî encore 
qu vn mari & vne femme s accor- 
daflfent à n eftrc plus tels refpedli- 
uementj ils ne laifferoient pas de 



Conjîderation trotjiejnie. ijj 
l'eftre pourtant, lenr communion, 
entant qu elle eft naturelle, ne dé- 
pendant plus déformais de leur con- 
lèntement. Et comme il faut cjue 
ce foit la mort qui rompe le lien 
, de nature qui* elt entre- le père & 
Tenfant, il faut pareillement que 
ce foit la mort , ou quelque autre 
chofe qui ait mefme efficace que 
la mort, qui rompe la communion 
qui eft entre le m.ary &c la femme. 
Et de cela s'enfuit manifeftement, 
fans que f en aduertilfe, que la répu- 
diation qui fe fait par Ivne des par- 
ties leulement,fans le confentcment 
de l'autre, eft encore moins iufte, 
félon la difpofition df la nature, 
que n*eft ie diuorce qui fe fait 
volontairement des deux coftés. 
Car fi le marine peut reprendre le 
droit de fa liberté, bien que fa fem^ 
me le luy rende par (on confen- 



1^6 Des Drohsjes Mariages 
tement, comnîenclereprendroitil 
légitimement lors quelle le retient 
& quelle y refifte. Puis après, nous 
auoîis monllré cy deflus que la 
nourriture &: réducation des en- 
fans 3 regarde le père & la mère 
communément , & eil , ce femble^ 
clair que c'eftnon feulement com- 
munément mais abfolument par 
indiuis encore. Car comme ils fe 
font tellement prouignés en leurs 
enfanS:, qu'il eft impoffible de di- 
ftinguer mefme par la penfée ce qui 
y eft du père , &c ce qui y eft de la 
mercj & derechef^ comme les en- 
fans font à eux de telle fa^on que 
chacun d'e*x les poffede tous en- 
tiers 5 & d Vn droit qui ne peutfouf- 
frir de partage \ ainli les deuoirs par 
lefquels ils font obligés à leur nour- 
riture, & à leur éducation, fontin- 
diuifiblespareillement^&regardent 



. Conjîderation tro.ijtejme. i^j 

. de cofté & d'autre les enfans tous 
entiers , fans diltindion quelcon- 
que. Oreft le diuorcedireilcmcnt 
contraire à cela. Car ou bien il faut 
en fe feparant , parta^r les enfans, 
ou bien il faut qu'ils demeurent en 

pre- 



lachai*gedervnfeiilemenc. Le 



miereft contre les droits de la na- 
ture, puis qu'il partage ce quelle a 
voulu eftre indiuis. Le fécond l'cft 
encore plus, puis qu'il tranfporte 
tout àyn ce que la nature auoit vou- 
lueftre commun à touslesdeuxen- 
femble. Entroifiefmelieu , fi ledi- 
uorce , hors la caufe de ladultere, 
eft permis par le droit de la nature, 
ou il faut qu'il foit abfolument & 
vniuerfcllement permis.pour chan- 
ger de femme tant & fi fouuent que 
l'on voudra, ou il faut que cela foie 
limité à certain nombre de fois, au 
delàdefquelles il ne foit paspermis 



Î58 Des Droits des J^ariages • 
de répudier (a femme. Or quant à | 
ce premier, i'eftime que la nature 
crie hautement à Tencontre. Car s'il 
cft permis à l'iiomme de répudier fa 
femme à toufe occafion^il doit eftre 
pareillement permis à la femme de 
répudier fon mary. Bienqu^'il y ait 
quelqwe inégalité entre le mary & la 
femme en leur conjondion , fî ne 
va t'elle pas iufqu^ tel point, que de 
donner au mary cette liberté, pour 
la dénier abfolument à la femme. 
Or en cette grande légèreté & in- 
*conftaficede Tefprit humain, & en 
'cette grande précipitation de cour-^ 
roux qui fe trouue en iVn & en l'au- 
tre fexe , ne vaudroit il pas autant 
ou que toutes les femmes fuflent 
communes , comme Platon le vou- 
loit , ou que la nature n euft du tout 
point déterminé lobjct de cette 
adion j ce que nous auonS pour- 



Conjtderatlon troiftefme. ij^ 
tant veu claire ment cy defTus qu elle 
a fait , que d'auoir ouuert la porte 
à cette licence fi cereglée ? Et 
quand on ne voudroitpas octroyer 
aux femmes la mefme liberté de 
répudier leurs maris, au moins ne 
leur fçauroit-onofter celle de fe re- 
marier, quand elles auroient efté 
répudiées. Car de quelle iuftice les 
maris auroient- ils le pouuoir de ré- 
pudier leurs femmes malgré qu'el- 
les en eulTent, pour en épolifer d'au- 
tres deuant leurs yeux, pendant que 
celles qu ils auroient répudiées de- 
meureroient obligées à garder per- 
pétuellement leur vcfuage ? Ainfî 
pourroit-il arriuer que tel homme 
auroit eu trente ou quarante fem- 
mes viuantes en mefme temps, §«: 
que d'autre cofté telle femme au- 
roit eu trente ou quarante maris 
viuansen mefme temps de mefmcs- 



i^o Des Droifts des Mariages 
Ce qui approche fi prés den auoir 
point de règle certaine au chois de 
fon objet en cette conjonction, que 
c'eft quafî vne mefine chofe. Pour 
ce qui eft du fécond, fi le diuorce 
eft du droit de nature vne ou deux 
fois, il left vingt ou trente pareil- 
lement, &c ne fçauroit-on ni pré- 
cisément déterminer ou la hberté 
d'en vfer fe deuroit arrefter, ni ren- 
dre de pertinente raifon pourquoy 
ilauroit efté déterminé delà forte. 
Que fi quelqu vn vouloit dire que 
. pour empefcher ces defordres, il fe- 
roit necelfaire que Tautorité du Ma- 
giftrat iateruint , afin de iuger des 
iuftes & légitimes caufes du diuor- 
ce, & É'en régler iVfage, de forte 
qu on n'en abufaft pas, il feroit ai- 
se de luy monftrer que ce remède 
n'eft pas fujfïîfant pour arrefter le 
cours de la maladie. Car il n y peut 

aûoi^ 



Conjîderation troijîejme, iGi 

auoir que deux caufes pourquoy le 
Magiftrat iugcaft le diuorce légiti- 
me. L Vne eit Tadultere de la fem- 
me, & Tautre fa mauuaife humeur 
incompatibleauec celle dejfbnma^ 
ry. Pour ce qui cft de l'adultère , 
nous auons déjà dit, que lefusChrift 
la excepté, & nous verrons cy-apres 
comment c'eft vne iufte& légitime 
caufe de diuorce. Pour l'autre, qui 
dVn cofté aura égard à l'infirmité 
&à la fragilité du fexe femimn, &c 
de Tautre à l'humeur tyrannique& 
violente de beaucoup d'entre les 
hommes , verra clau'ement que qui 
auroit vne fois ouuert la porte à 
cette lurifprudence, de permettre 
le diuorce pour dételles occafîons, 
la Lune, par manière de dire ^ ne 
'•changeroit pas plus fouuent de fa- 
ce, que les femmes changeroient de 
maris, & les maris de femmes. C« 

L- 



i6t Des Droits des A^ariages 
qui eft manifeftcment contre la dit 
poiîcio de la nature. Ouy mais, dira 
icy quelqu vnjcfus Chrift permet le 
diuorce quand on a violé la foy de 
mariage,&par côfequent il n en efti- 
me pas le lienentieremet indiflblu- 
ble.Et s'il peut cftre dilToutpourvne 
telle occafion , pourquoy ne le 
pourroit il pas eftre pour d autres? 
Laraifonen eft aifée à rendre. Nous 
auôs dit cy delTus que le mariage eft 
vne communion naturelle 5 qui fait 
rhomme &la femme vne mefme 
chair. Celuy doc des deux qui com- 
met adultère ^ en fe faifant vne mef- 
me chair auec vn autre , rompt en- 
tant qu en luy eft le lien de commu- 
nion qu'il auoit auec la partie auec 
laquelle le mariage lauoit conjoint. 
Car fi ce lien n'cftoit rompu par 
cettteadion, celuy qui la commet 
feroit en mefme temps vne mefme 



Conjîderation troijtejme. légi 
chair auec la perfonne auec qui il 
cft marié , & auec celle auec qui il 
commet adultère. Oreft-il quilre- 
pugneà la nature qu il foitvn auec 
tous lesdeux, ces deux là eftans tel- 
lement diuifés quant à eux qu'ils 
ne font du tout rien iVn à l'autre. Et 
de plus il re pugne encor à la nature, 
que cette forte de conjonction al- 
liant tellement deux pcrfonnes en- 
femble , que celuy qui fe donne à 
lautre , fe donne fans aucune refer- 
ue & tout entier , il demeure enco- 
re neantmoins fans referue &c tout 
entier à celuy auec lequel il auoic 
contradé mariage. De forte que 
c'eft tout à fait conformément aux 
loix de la nature , que lefus Chrift a 
défendu le diuorce pour quelque 
autre caufe que ce foit,& que néant- 
moins il a permis à qui voudra d'en 
vferpourla caufe d adultère. 

L i 



i6^ Des Droits des (JMarïages 

Quelques vnesde cesraisos com* 
battent non feulemenç le diuorce, 
mais aufTi le concubinage ,qui eft 
la troifieime queftion que nous 
auons à examiner. Mais neant- 
moinsjilnousen faut icy faire vne 
confîderatiô particulière. Ce qu'A- 
braham n'a point fait de difficulté 
dauoir vne concubine , eft vn 
exemple qui pourroit fembler eftre 
de merueilleufement grand poids, 
pour faire iuger la chofe permife 
parle droit delà nature. Carceper- 
îbnnage a remporté de rares témoi- 
gnages d vne finguliere vertu, & la 
choteeneft dautantplus confide- 
rable , que l'accointance d'Abra- 
ham & dAgar, & la naiffance dlf- 
maël qui en eft ilfu , ont ferui de ty- 
pe & dereprefentation àdeschofes 
qui concernoyentla religion, fans 
doute par la difpoiition de la volon- 



Confideration troijîcfme, \6$ 
té de Dieu mefme/ Ce que Dauid, 
perfonnage félon le cœur de Dieu, 
&Salomoii,PnncedouédVnemer- 
ueillcufè lapience, non (eulcment 
ne s'en font point abilenus , mais 
mef nés ont eu des concubines en (î 
grand riombre^eft capable de beau- 
coup aider à confirmer ce foupçon, 
que ce n'eit pas chofe à laquelle la 
nature ait vne fi grande & fi in- 
uincible répugnance Ec véritable- 
ment il ne faut pasnierqu ilny ait 
de la diftin6tion entre les d^uers 
droits de la nature. Carileneftà 
peu près de fes inftitutionsdans les 
chofes morales , comme des loix 
qu'elle a eftablies dans les phyfi- 
ques. Comme Ariftote Ta remar- 
qué , ily a dans la Phyfique certai- 
nes chofes 5 qui font dites naturelles 
abfolument, parce quelles ont vne 
certaine caufe fiabfolumentdcter- 



i66 Des "Droits des Mariazes 
minee , qu il n y arrnue lamais de va- 
riation ni de changement. Pour 
exemple , c'eften tous lieux, & en 
tous temps que les chofes pelantes 
defcendent en bas, & que les légères 
montent en haut. Que s'il arriue 
que les chofes pelantes montent en 
hatit par violence, c'eftdire6teméc 
contre la nature, entre laquelle & la 
violence iln'y a lamais d'accord. Ec 
ï\ derechef il arriue que les chofes 
pefantes montent en haut pour éui- 
ter IS vuide , ce n'eit pas à la vérité 
contre cette loy plus vniuerfelle de 
la nature , qui veut qu'entre toutes 
Icspartiesdu monde,ilyaitvnein- 
uiolable vnion , mais ncantmoins 
c'eft violemment en leur égard,par- 
ceque leur nature particulière eft 
d'aller vers le centre. Mais il y a cer- 
taines autres chofes qui sot dites na- 
turelles, pource qu encore que leur 



Confidemtion troifiepric, i^j 
eaufene (oit pas fî abfolument dé- 
terminée par la nature , qu'il n'arri- 
uc quelques fois ôc melmes afles fou- 
uenc autrement que ne porte leur 
inftitution , &c cela fans auwne vio- 
lence j (i eil-ce que la dilpofîtion 
commune &c ordinaire de la nature 
eftau contraire., & que ce qui s'en 
excepte , tombe en quelque irré- 
gularité. Comme il eft namrel à 
rhomme de fc f^ruir de la main 
dtoite pluftoft que de la gauche, 
quoy quil y en ait quelques- vns 
ambidextres , & encore^beaucoup 
dauantage de gauchers. En quoy il 
ne leur eft fait aucune violence. 
Car les ambidextres le peui^nt eftre 
par labondanccdcla chaleur natu- 
relle , qui peut également fournir 
des efprit^ à Tadion &c au mouue- 
ment des deux coftés. Et les gau- 
chers peuuent deuenir tels par la 

L4 



i68 Des Droits des J^ànages 
couftume, qui attire les efprits & 
la force du collé gauche^ combien 
que la nature les deftine pluftoft 
pour la droite. Or ne fcjauroit-on 
iamais accoullumer vne pierre à 
monter contremont, nia fe tenir 
fufpenduë en l'air , après qu'on Ty 
aiettée Pour donc appliquer cela 
aux chofes morales , il y en a quel- 
ques vnes tellement eilablies par 
Jesloix de la nature, qu'elles font 
abfolument & entièrement inuiok- 
bles. Comme 3 pour exemple, 
qu U faut * honorer & refpeder la 
Diuinité. Et y en a certaines au- 
tres efquelles on ne fc^auroit aller 
contre |^n inftitution^, fanstom* 
ber en irrégularité de mefmes:mais 
Beantmoins la faute n'en eftpasen 
fi haut degré queft la violation de 
ces droits, que la nature aeftablis 
4 yne fa(^on beaucoup plus indif- 



Conjîderat'wn troijtcjme. 1^9 
penfable. Et la raifon de cela n eft 
pas malaifée à rendre.Comme Dieu 
ell la Gaule de toiy|ps leschofes qui 
ont elle , & qui exiftent véritable- 
ment dans la Phyiîque &c dans la 
Morale, aufli en eil-il la mcfurc 
pareillement. De forte que cha- 
cune y poflede autant d'eitre non 
feulement quil luy a pieu de luy 
en donner, mais encore les degrés 
de l'excellence de fon eftre, à pro- 
portion de ce qu'elles s'approchent 
ou s'éloignent de celuy de Dieu. 
Gomme donc les chofes qui font 
fimplement, reprefentent Tellire de 
Dieu en vn degré feulement, Scel- 
les qui viuent,en deux, & celles qui 
fentent en trois, & celles qui enten- 
dent, en vn degré plus eminent que 
toutes les autres : Ainfi yatll cer- 
tains degrés en la reprefentationde 
la fainéteté de Dieu^de laquelle tou- 



lyo Des T)roits des Àdariagcs 
tes les chofes bonnes d^ns la Moit- 
ié font des images j de force que la 
pieté GnuersDieaell bonne en vn 
louuerain degré, & l'emporte de 
bien loin fur la charité enuers le 
prochain^ &dans les deuoirs delà 
charité enuers le prochain, le ref- 
pe6t & robeiifance aux parens^rem- 
porte de bien loin fur les autres. Et 
ainfî confequemment. Or il la 
bonté qui confîile en la conformi- 
té aux loix de la nature, a fes degrés^ 
le vice qui confifte en la répugnan- 
ce aux loix de la nature, a fesdegr4s 
de mefmes. loferay donc bien di- 
re hardiment , que Tadultere com- 
mis auecvne perfonne déjà liée par 
mariage , eft incomparablement 
plus contre les droits de la nature, 
que le concubinage d'Abraham, &: 
ne mettray pas mefme ce concubi- 
nage au rang de la (impie paillar-- 



Confderation troijtejmc. 171 
dife^filemocdepaillardife iîgnifie 
cette vagué & indéterminée con- 
jonction qui ne fe fait que poui la 
volupté feulement :, lans aucune 
obligation de foy , ni aucune re- 
folution de conlèrucr à Taduenir 
des affeâ:ions réciproques. Néant- 
moins cette diuerfité de degrés 
n'cmpefche pas que le mal ne foit 
mal à le confiderer en foy , nique 
cette forte de conjondion^^qui ad- 
joûte vne concubme àvne femme 
legitime,ne foit contre les droits de 
la nature. Car premierement^com- 
meiel'ay dé|a remarqué ^cetteco- 
munion quife c^ntradle au maria- 
ge, fait quelliomme fe donne tout 
entier à la femme, &Ia femme tou- 
te entière a ion mary. Non par la 
promeflfe feulement, mais parlV- 
nion phyfique & naturelle , qui 
yienc en confequcnce de la pro- 



i^t T^es Droits des Mariages 
mefTe. La nature de I adion mef- 
melemonftre Carcen''eH: pas pour 
la phyfîque feulement, mais aufïî 
pour la morale , que la nature a 
voula que ce que l'homme fepare 
de foy mcfme en cette conjoncbion, 
fuft extrait vniuerfellement de tou- 
tes les parties de Ton corps. Oreftil 
tout a fait abfurd que Ihommcle 
donne tout entier à hvne , & puis 
après tout entier à lautre, & que 
toutes ces deux donations puiflent 
eftre valables également.QÛe fi cet- 
te railon condamne le concubina- 
ge d'Abraham , il condamne en 
plus forts termes (ieluy de Dauid^& 
celuy de Salomon encore beau- 
coup dauantage. Pource qu'il con- 
uient moins à la nature que lliom- 
inefe donne tout entier à cent qu'à 
deux femmes feulement. Puis aptes, 
dans le mariage bien & légitime-- 



C onjidcration trotjtejme. • lyj 
ment contradé , bien qu il y ait 
quelque inégalité entre le mary& 
la femme, à caufe de Texcellence du 
Texe^fî eft-ce que la femme appro- 
che de la condition du mary , & par 
confequent de légalité^ toutautant 
quefon fcxele luy peut permettre: 
D où vient qu Anftote dit que dans 
le mariage le gouuernement eft au- 
cunement Anftocratique y & diuifè 
entre le mary & la femme auec éga- 
le authorité, pour eftreadminiftré, 
en ce qui regarde le dehors de la 
maifon, par le mary , & en ce qui 
regarde le dedans^ par la femme. 
Que s*il y a quelque chofe ou il {oit 
befoin de leurs deux aduis conjoin- 
tement, s'ilss y accordent:, la refoJ 
lution, & Texecution qui en dépend 
eft fondée fur lauthorité de leurs 
deux fuffrages, qui y font confide- 
rés, non comme CQnfultatifs feule- 



174 * ^^^ Droits des^JHartages 
ment y ainfî qu on parle, mais com- 
me decifîfs conjointement. S*ilsne 
s y accordent pas , Tauantage du 
maryconfifteencela ^quefonTuf- 
frage l'emporte, comme fî Texcel- 
lence du fexe , & la plus grande me- 
fure de prudence qui Taccompa- 
gne , luy donnoit deux voix^au lieu 
quela femme n'en a qu vne.Côme 
en certains o;ouuernemens Arifto- 
cratiqiies,la voix du premier Con- 
feiller , ou du Prefîdent eft contée 
pour deux. Or dans le concubina- 
ge, où il y a inégalité entre la con- 
cubine & la féme légitime , la con- 
jon£lion auec la concubine n'éleue 
point fa dignité ; & tant s'en faut 
qu'elle l'approche de 1 égalité auec 
le mary , que mefmes elle demeure 
bien loinau deflfous de la condition 
de la femme légitime. Or eft il fans 
doute que cette égalité que produit 



Confideration troifefmc. 175 
le mariage bien & legitimemenc 
contradé , eft du droit de nature. 
Car elle dépend de ce que par^ le 
mariage, l'homme & la femme ne * 
fontqu vn. Partant Tinegalitè qui 
fera entre la vraye femme^, & la con- 
cubine, fera contraire à ce droit, &c 
par confequent illicite & illeghime. 
Finalement, c'eft auec fort bonne 
raifon , que les lurifconfultes ont 
décidé , que le fruit fuiuroit le ven- 
tre. Ceftà dire , que la condition 
desenfans fuiuroit celle de la mère, 
quand il fe trouueroit inégalité à 
fon defauantage entre elle & fon 
mary. Ainfî dVn homme libre, & 
dVne femme cfclaue , naifîent des 
enfans ferfs. Pource quencore 
qu'en la génération Thomme foit 
confidcré côme le principal agent, 
fi eft-ce que le fruit eu toufiours 
plus certainement attribué à telle 



1-76 Des Droits des Adariazes 
xnere qu a tel père. lointque com- 
me en la conjondion de deux pro- 
policions en vn fyllogifme:, il eft 
de la difpofîtion des loix de la vé- 
rité , que la conclufîon qui s'en 
produit , fuiue la moins neceflai- 
XCy ainlîeu laconjondiondedeux 
perfonnes pour la génération, il eft 
de la dirpoiîtion de la nature, que 
la condition du fruit fuiue la qua- 
lité de celle qui eft infeneure.Pour- 
ce que la caufepeut bien eftre meil- 
leure que fon effe£t, maisleffed: 
ne peut pas eftre meilleur que fa 
caule. .Ainfî le père peut bien 
eftre de meilleure condition qu© 
fon enfant ^ mais Tenfant ne peut 
pas eftre de meilleure condition 
que fon père ni que là mère. Que 
s'il arriue que dVn homme efcla- 
ue^, 6c dVne femme libre, naifle 
vn enfant de libre condition , cela 

fe fait. 



Confideratïon troijîejme. 17*^ 

fc fait y non fclon la difpofîtion 
des loix de la nature , mais félon 
celle de la police, enfaueur de la 
liberté. Comme ainfî foit donc 
qu'il eft des inclinations naturelles 
des hommes 5 de laiffer leurs cnfans 
non feulement de mefme condi- 
tion auec eux, maisdei^eurenpro^ 
curer, & dé leur en acquérir vnc 
meilleure s'il eft poifilile , c'eft 
contre* ces droits que k mary fè 
joint à vne concubine ^ dont là 
condition empefche que les enfant 
ne puifTent égaler celle du père qui 
les a engendrés* loint que k na- 
ture voulant, qu'entre les enfans 
dVn mefme père , il y ait de legali- 
té , les enfans de la femme légiti- 
me & de la concubine eftans iné- 
gaux: ^ la natute demeurera cncorci 
violée en cet éeaird. 

Pour Ce qui eft dercixemplc d*A- 

M 



lyS T>cs Droits des tj^lariages 
braham , il ne s'enfuit pas fi cette 
faute a efté tolérée en luy , que ce 
n ait pas efté vne faute pourtant; 
& elle a efté d autant moindre en fa 
pcrfonne, qu'elle ne feroit mainte- 
nant en qui que ce fuft^ que les 
droits de la nature sot à cette heure 
beaucoup plus éclaircis parcesdi- 
uines inftitutions de Icfus Chrift, 
qui ont #amené toutes chofes à 
leur première origine. Et quant à 
ce qui eft du typ<t à quoy il a pieu 
à Dieu que cette conjoncStion ait 
ferui, il ne rend nullement la cho- 
fe légitime en elle mcfme. Non 
plus que le premier péché deTho- 
mené laiffe pas d'eftre péché, quoy 
qu'il ait ferui de type à reprefen- 
ter Tobeiflance de Chrift :, paria- 
quelle il a racheté le monde. La 
matière de la figure, qui eft vicieu- 
fe en elle mefnie, & qui conjfifte en 



Conjtderatïon troijiefmè. 17^ 
vne mauuaifc adion^cftdcrhgm- 
me , qui eri eft l'auteur. Les traits 
& les lineamens dans lefquels il fs 
void quelque crayon & quelque 
ombre des chofes futures, qui de- 
uoient eftre reuelées en vn autre 
temps, font de la conduite de la 
prouidence de Dieu, qui laifle tel- 
lement aller les hommes à leurs 
confeils , qu il fe referue l'autori- 
té de prefîder deflfus toutes leurs 
adions, pour s'en feruir, comme il 
fait toufiours bien& fagement, à 
Hlluftration de fa vérité , de fa fa- 
gefle, & de fa gloire. Pour le re- 
gard de Dauid & de Salomon, ils 
font d autant plus blâmables que 
na elle Abraham, qu'ils viuoient 
en vn temps plus illuminé^ ne fuft- 
ce que des rayons de cette diuine 
Sapience que Dieu leur auoit com- 
muniquée à tous deux , & particu-*^ 

M** 



i8o Des DroiéJs des Mariages 
lierement audcrnier,&quc ncant- 
moins ils fe font encore lanscom- 
paraifon égarés plus loin que luy 
hors des termes de la nature. Car 
il eft fans doute plus clair dans fcs 
cnfeignemens, qu il n*eft pas per- 
mis de fe donner à plufîeurs cen- 
taines de concubineSjOutrela fem- 
me légitime qu*on a déjà, qu il n'eft 
clair qu'il n'eft pas permis de fe 
donner à vne concubine toute 
feule. 

Refte la queilion de la poly- 
gamie , en laquelle on a diuerlcs 
ïemmes toutes de mefme condi- 
tion. Si les raifons qui combat- 
tent le concubinage n'eftoient pri- 
fes que de la confideration de l'iné- 
galité qui fe rencontre entre la 
femme légitime & la concubine, & 
entre leurs enfans, ou il nousfau- 
droit aduoUer que la polygamie 



Confidcrdtïon troijîefme. i8i 
qui n induit point rinégalité, neft 
pas défendue par le droit de la na- 
ture^ ou il nous faudroit chercher 
dans les fources de la nature, quel- 
ques nouuelles raifons pourTatta- 
quer. Mais nous en auons allégué 
quelques-vncs qui en monllrent 
Iç vice également. Car pour exem- 
ple , quand nous auons dit que la 
nature rcfille à ce quvn homme 
fe donne tout entier à deux ou trois 
diuerfes perfonnes, cela exclud la 
polygamie,de quelque façon qu el- 
le foit, auiTi bien celle qui ell auec 
égalité^ que celle qui eit auec iné- 
galité entre les femmes. Toutesfois 
ic feray encore icy quelques confî- 
derations. LVnc cil, que fî vous 
permettez à vn mary d'auoir plu- 
fleurs femmes, il n y a nulle rai- 
fon dempefcher que les femmes 
n ayent plufîçurs maris. Or ou- 

M 3 



ï82. T)es Droits des Mariages 
tre que cela equipolle , ou peu 
s'enfaut, àla communauté laquel- 
le nous auons reiettée comme 
manifeftement côtraire aux droits 
delà nature , il mettra encore en la 
Republique vne eftrange confu- 
lîon. Pource que le mariage don- 
nant à la femme la qualité du ma- 
ry, félon que fon fexé le peut per- 
mettre^ autant que la femme aura 
de maris, autant aura t'elle peut 
eftrede différentes qualités incom- 

f)atibles les vnes auec les autres. Or 
a nature aime Tordre ^ & deteftc 
la confufion. L'autre eft , que le 
mariage eftant inftitué & pour la 
génération des enfans , & pour 
remède à Imcontincnce , posé 
qu'il ne foit pas permis à la fem- 
me d*auoir plufîeurs maris, com- 
me aumary d'auoir plufîeurs fem- 
mes^ni la licence effrénée de Thom^ 



Conjîdcration troijtejmc. 185 
nie ne luy permettra pas de gar- 
der au nombre aucune modéra- 
tion, puis que ce fage Salomon en 
eft venu iufques à prendre feptcens 
femmes & trois cens concubines 
en mefme temps , ni la nature des 
hommes ne permettra pas quelV- 
ne ni l'autre de ces deux fins ob- 
tienne fon effedt en toutes. Or 
outre que cela eft plein dincon- 
ueniens, &tire quafi necefTaire- 
ment après foy les adultères, il eft 
contre le droit de la nature de pri-. 
uer fesinftitutionsde leur fin, & de 
les rendre fruftratoires. La troi- 
iîefmc eft, que quand on netom- 
beroit pas en ces inconueniens :, 
on nen euiteroit pas vn autre. 
C eft que fi le mary da quatre- 
vingts ou cent femmes, a tout au- 
tant d'enfans d'elles qu elles font 
capables d en porter^ il fera quant 

M 4 



184. Des T>roiSls des Mariages 
à luy incapable de fournir à leur 
nourriture, & à leur éducation, 
à laquelle neantmoins nousauons 
veu cy deuant qu*il eft obligé par 
les loix de la nature. Ainfi en fau- 
dra t*il venir à la pratique des 
Turcs, qui permettent à chacun 
d'auoir autant de femmes qu'il en 
pourranournr ,&non d'auantage, 
C'eft à dire ^ qu'il faudra que ce 
foyentlesreuenus de fes terres, qui 
le déterminent au chois defesob- 
jeçs, & non la raifon & Thonnefteté 
naturelle. Ce qui eft vne inftitutio 
vn peu plus que demi barbare. Que 
iîvn homme riche viét après auoir 
époufé quantité de femmes, à tom- 
ber en calamité:, il faudra auoir re- 
cours au diuorce , dont nous auons 
cy deflus marqué les erreurs & les 
vices contre la nature. La quatriè- 
me finalement eft , que comme ry- 



Conftdcration troifefme. 18; 
nion naturelle que le mariage con- 
trade entre le mary &c la temme, 
cft la plus eftroitte qui fe puifle 
imaginer, auffi doit eftre fans dou- 
te 1 vniondaffedions qui raccom- 
pagne, la plus eftroitte && la plus 
niuiolable. Car il ncftpasconue- 
nable que la nature conioigne fî 
eftroittement&: iî inuiolablemcnt 
leurs corps, & que la raifon ne foit 
pas capable d\nir de mefmes leurs 
âmes. Or ie vous prie comment eft - 
ce que les afFedions du mary pour- 
ront eftre il grandes,&: fi véhémen- 
tes enuers cent ou fix vingts fem- 
mes tout à la fois ? LesPhilofophes 
mefmes n*ont ils pas reconnu que 
quant aux amitiés vulgaires, ciuiîcs, 
éc populaires , elles peuuent bien 
cmbraflfer grande quantité d'ob- 
is jets 'y mais que quant à ces intimes 
& véritables , qui méfient & qui 



i8(> Des Droits des Mariages 
confondent , par manière de dire, 
les hommes en vn , il eft impofli- 
bic qu'elles fe diuifenc de la force? 
Or am'ont ils beau parler de lami- 
tié tant qu'ils voudront , fi ne fe- 
ront ils lamais que cette grande 
égalité & conformité d'humeurs & 
d mclmations, qui la concilie entre 
deux hommes, doiue auoir plus de 
puiflance deflus leurs efprits, pour 
amener toutes leurs aftedtions à fe 
fondre enfemble, pour ne faire 
qu'vne amc d'eux deux , que la 
nature &c la foy en doiuent auoir 
pour lier celles du mary & de la 
femme , & les noiier d vn nœud 
non perdurable feulement , mais 
abfolumcnt indiuifîble. De plus, 
comment cft-ceque chacune de 
ces femmes en particuUer pourra 
auoir pour fon mary des affedions 
aufli tendres^ & auflî véhémentes. 



Confderation troijïejmc, 187 
que fî elle le pofTedoit toute feu- 
le, veu quil eft entièrement im- 
poffible quelles euicent l'émula- 
tion, &:que Temulation ne pro- 
duife le débat, & que fur le débat 
le mary ou ne partage inégale- 
ment (es inclinations , ou ne (oit 
foupçonné par les vnes de les auoir 
inégalement partagées à lauanta- 
ge des autres ? le conclus donc 
que le mariage dVn auec vne, &: 
encore indiflbluble, hors la caufè 
de l'adultère , eft du droit de la 
nature, & ne voy plus rien qui ap^ 
partienne à cette matière fînon 
vne qucftion feulement- C'eft. 
qu'on peut demander , lî pour 
rendre la conjondion de Thom- 
me & de la femme légitime, il fuf- 
fit qu'ils fe donnent réciproque- 
ment la foy , ou s'il y eft encore 
bcfoin de quelques autres obfçi;^ 



i88 T>es Droits des Adariagcs 
uations^ comme font ce qu*on ap- 
pelle les fiançailles & les époufail- 
les publiques, Scies autres ceremo^ 
nies lefquelles ont accouftumé de 
fe pratiquer en ce temps. Car il 
fcmbleque ceschofes n*ayat point 
eu de lieu du temps des Patriar- 
c4ies , comme il appert par leurs 
hiftoircs, elles ne font pas du droit 
de la nature, &quc parconfequent 
on s*en peut bien difpenfer. Pour 
bien refoudre cette queftion , ic 
penfe qu'il faut confiderer le ma- 
riage en trois façons : Première- 
ment, entant que Thomme &c la 
femme fe conjoignent purement 
&fîmplement pour {atisfaire à ce 
defir naturel d'auoir desenfans,&: 
de remédier à la fragilité humai- 
ne. Puis après, entant que leur fo- 
cieté , & les enfans qui s'en produi- 
fent , fontnon feulement vncpar- 



Con/tderation troijtejrne. \%9 
lié, mais la première & plus fon- 
damentale partie de la Republi- 
que, &que l'homme y doit rap- 
porter fcs actions entant qu il cft, 
comme on parle, animal né poui^ 
la focieté. Et finalement, entant 
que leur communion 2^ les enfans 
qui s'en produifent:, font partie 
éc font la pépinière de cette autre 
police religieufe , en laquelle on 
iert laDiuinité , & que l'homme 
y doit pareillement rapporter fcs 
allions, eu égard à ce qu il a vn en- 
tendement capable de la connoif- 
fanccdc Dieu, comme de fa fin der- 
nière & principale. Si donc vous 
confiderés le mariage en ce premier 
égard, il faut diftinguer entre les 
perfonnes qui fe donnent la foy Tv- 
ncàlautre. Car il y a certain âge U 
certain cftat auquel les hommes ne 
font point encore en leur propre 



i5?o T>cs Droits des ^SMaridges 
puifsace , ni maiftrcs de leurs aâ:ios, 
mais font en la puiflance d autruy, 
comme des pères, & des mères, des 
tuteurs tk des curateurs , & s'il y. a 
encore quelque autre femblable au- 
torité de laquelle on dépende en 
en cette occurrence. Et y a certain 
âge & certain eftat auquel on ne 
dépend point de lautorité d'au- 
truy , mais de la difpofîtion de fa 
volonté toute feule. De plus ce pre- 
mier âge peut encore eftre confîde- 
réen deux périodes. Car il y a le 
temps qui eft au delTous, & le temps 
qui eft au delTus delà puberté. Pour 
ce qui eft du temps qui eft au def- 
fous de la puberté ^ il eft de la cou- 
ftume de toutes nations, d'ofter à 
ceux qui font en cet âge , la liberté 
de leurs a6tions, & de tenir pour 
nulles les obligations dans lefquei- 
les ils s'engagent, foit de parole/oit 



Conftderation troifefme. i^x 
d'cffcd. Et la raifon de cela fe tire 
delà dilpofîcion de la nature mcf- 
me. Car les opérations de qui que 
cefoit , ne doiuent point cftre te- 
nues pour parfaites^iufques à ce que 
les facultés dont elles procèdent 
ayent acquis leur perfe6tion. Et les 
facultés ne pcuuent eftre prefumées 
auoir acquis leur perfeiîion , iuf- 
quesàce que la chofe merme dans 
laquelle elles refident, y foit parue- 
nue. Or ne peut elle eftre prefumée 
y eftrepatuenuë iufque à ce qu'el- 
le foit capable de produire toutes 
les opérations que la nature luy a af- 
fignées, & particulierementles plus 
confîderables. Puis donc que la gé- 
nération eft la plus belle opération 
deThommc , entant qu'il eft ani- 
mal, &qu il n'eft point capable de 
la génération auant lige de puber- 
té ^fes facultés ne font pas encore 



îpt Des Droits des M arUges 
alors eftiméescdre venues à lapcr*- 
S^Ction conuenable.pour produire 
des adions qui foyent véritable- 
ment obligatoires. Or ce que la lu- 
rifprudence de tout le monde a dé- 
terminé pour toutes fortes dadtios 
qui peuuenteftre produites par les 
enfans:, doit eftre particulièrement 
appliqué icy , puis qu'il eft queftion 
nommément de cette opération de 
laquelle ils ne font point encore ca- 
pables. Car qu'elle apparence que 
celuy qui n a point encore la facul- 
té d'engendrer, ait la puilTance de 
determmer abfolument delobjec 
auec lequel il faut qu'il engendre? 
Quant au temps qui eft au deflus de 
la puberté, la chofe eft plus difficile. 
Car nous prefuppofonsque l'hom- 
me eftant capable d engendrer, à la 
perfediondefon eftre ^ & par con-* 
fequent de fes facultés- Partant les 

opérations 



Confderation troijtejme. 15^3 

opérations &lesconfentemensqui 
en dépendent, doiuent , ce femble, 
eftre tenus pour valides &: obliga- 
toires. 

Neantmoins il faut icy diftin- 
guer deux fortes de perfection. 
LVne s eftend iufques à produire 
telle ou telle opération, mais non 
pas encore auec toute la force &: 
toute la plénitude conuenable à la 
nature. L'autre s'eftend non feu- 
lement iufques à la production de 
l'opération , mais aufli iufques à 
luy donner tous les degrés qui la 
rendent acheuee & accomplie fé- 
lon la nature. Or cft-il bien vray 
qu au deflus de Taage de la puber- 
té :, les facultés raifonnables qui 
font en l'homme, ont aflcs detfer- 
fedionpour produire leurs opéra- 
tions en ce premier degré : mais 
quant aufecoûd, elles n y peuuenc 

^ N 



15(4 I^^^ Droits des Mariages 
pas encore atteindre. Voila pour- 
quoy ça efté cliofe fagement efta- 
blie par les loix ^ qu'on .permette 
aux ieunes gens quelque chofe en 
cet aage là, pourueu qu'elle ne 
foit pas de grande importance. 
Mais que quant à celles qui font 
de confequencc, on ne les remette 
pas abfolument à la conduite de 
leur raifon^ la raifon^en cet âge, 
ayant encore , à caufe de (a foi- 
blefl'e , befoin d'eftre gouuernée & 
affermie par quelque prudence 
plus grande & plus expérimentée. 
Et delà viennent les émancipa- 
tions, &les claufes qu'on y appo- 
fe. Il y a donc deux raifons qui 
-nionftrent qu'il n eft pas conue- 
nable , que le mariage de ceux 
qui font venus en cet âge là^ s'ils 
ne font point encore paruenus au 
temps auquel leurs facultés* peu- 



Conftderatïon troijtcfme, xç^y 
uent produire leurs operatiôs auec 
toute forte de plénitude, dépen- 
de de leur volonté. L^ premiers 
eft, que contracter mariage eftvne 
chofe de fîngulierement grande 
importance, & plus qu aucune au- 
tre de la vie , après le chois de la 
religion. Et partant elle leur doit 
eftre interdite , comme les autre^ 
a£tions qui font iugées confidera- 
bles. Et s'il n'eft pas permis à vn 
ieunc homme émancipé d'aliéner 
la moindre partie de fon domai- 
ne auant Taage de maiorité , fans 
le confentement de fes parens^ 
pource qu'il eft prefumé n'auoir 
pas encore affés de raifon ni de 
conduite pour cela, comment luy 
pourroit-il eftre raifonnablement 
permis de s'aliéner^ s'il faut airifï 
dire, ]uy inefme, &de faire donaJ 
tien dé Êî pérfonfte toute entier^? 



15>^ Des T)roitsdes J^Iariages 
La féconde eft, qu outre que cha- 
que chofe a Ton temps prefix &: dé- 
terminé par la nature , pour ac- 
quérir fa perfedion , ce qui cm- 
pefclie principalement que la rai- 
fon n ait en cette ieunefle toute la 
conduite neceflaire, eft quen cet 
aage là plus qu'en aucun autre, on 
eft fujet à l'émotion de fes paf- 
fions. Et d'entre les pafïîons, cet- 
te conuoitife eft peut eftre dans les 
icunes gen^ la plus turbulente de 
toutes. De forte que quand les 
pallions donneroient en cet âge 
là quelque moyen à la raifon d'a- 
gir fagemcnt en autres occalîons^ 
en celle cy , du chois d'vn objet, 
elles ne le luy peuuentpas permet- 
tre. Apres cela ie ne fais point de 
difficulté de répondre, que pour 
rendre le mariage bon & légitime, 
il n eft 4:)efoin que de la fo)r des 



Conjideration troificfme, i^j 
deux congradtans, pourueu qu on 
y obfeme les bienleances conue- 
nables. Car le mariage eftant vn 
fait qui concerne tellement la per- 
fonne qui le contrade , que neant- 
moins toute fa parenté y eil in^ 
tereflee, il eft raifonnable qu^elle 
y donne fon approbation. Qa<: iî 
elle n y eft abîolument ncceflau'e, 
au moins certes eft-il du deuoir 
de la demander. Sur tout y faut-il 
faire grandiflimeconfîderationdu 
père & de la mère de celuy qui s'al- 
lie de la façon. Car outre les au- 
très comme infinies raifons qui 
nous obliorent à toutes fortes de 
refpe6fcs & de déférences en leur 
endroit, cette confîderation eft 
en cette matière fouucrainement 
importnnte,que le mariage de leurs 
entans leur donne des héritiers 
qu ils n'auoient point auparauant. 



ïpS T>cs Droits des fJMariages 
pr quelle apparence d introduira 
quiconque ce foit en leur famille^ &î^ 
leur doner des héritiers fans leur cô- 
fentemétr'Ileftdonc neceflTairedc 
Fauoir, au moins certes iufques à tel 
point, quelî on ne le peut obtenir, 
rautonté de lapuiflfance politique 
y foit appellée , laquelle après auoir 
pris connoillancedu différent qui 
eft entre le père & le fils en cet 
égard , le règle par vnc raifon fupe- 
rieure, qui ne ioit point fuietteàla 
paflîon ni de iVn ni de lautre. Ce 
quia elle très fagemenntainfi con- 
ftituéparlesloix. Si vousconfide- 
rés le mariage en ce fécond égard, 
il n'y a nulle doute qu'il n'y faille 
quelque folenmité dauantage. Car* 
les enfans naifferit pour fucceder 
au bien de leurs peres^&poureftre 
membres de la rçpubliqué& auoir 
parc en tous fes priuileges &: en tous 



Confderation troijiejme. i^p 
fcs droits. Diuerfes raifons don- 
ques, lef^uellesil neft pas befoin 
d expliquer icy, voulatis que ce foie 
l'aucorité publique & fouueraine 
qui règle lesfucceflions des parti- 
culiers, & les droits dont elles dé- 
pendent y il faut neceflairement 
qu elle ait connoiiTance de ceux 
entre les mains de qui elles tom- 
bent j & par confequent qu elles 
foyent informées & de leurnaif- 
fance &c de leur eftat , fî par raifon 
& nature ils font capables de telles 
& de telles (ucceflions , ou non. 
Qjant à ce qui regarde les priuile- 
ges de la république , pourquoy & 
comment feroyent admis à y parti- 
ciper ceux dont la nailfance occul- 
te &clande(l:mecacheroit la con- 
dition & l'cftat ? Ell-il de Tordre de 
la nature , qu aucun corps tel qa eft 
celuy de la République^ rec^oiueen 

N4 



2.00 T)€s Droits des Mariages 
foy quelque partie 3 fans s'ellrc bien 
informé il elle s y ajuller^bien, & 
fî elle n a point quelques qualités 
quilaluy rendent plultoftnuifîble 
que profitable? Il faut donc que le 
Magiftrat:,à qui ladminiftration 
de la Republique eft cômife , pren- 
ne connoiffance des mariages^pour 
fçauoir s'ils ont efté bien & légiti- 
mement contractés , & pour con- 
noiftre les enfans qui en procèdent. 
Pour ne rien dire maintenant de ce 
qu'outre l'intereft du public, dont 
il Cil depofitaire, il eft encore con- 
feruatcur de ccluy des particuliers, 
èc obligé de pouruoiracc qu'il ne 
fe fafle rien à leur defçeu , qui leur 
apporte du dommage. De là s en- 
fuit qu'il y doit auoir quelque in- 
terualc entre la promefle du maria- 
ge, & fon accompliffemcnt, à ce 
que non les particuliers feulement, 



Conftderation troificfme. loi 
mais encore le magiitrat , ait le loi- 
f îr d en eftre infor m é, par les voyes 
Icfquelles il iugera luy mefme Ape- 
dientes &: railonnables. D'où vien- 
nent les proclamations en lieu pu-^ 
blic,afin que perfonnen'en puilfe 
j)rctcndre ignorance. La première 
promefTedonc eft cequonappel- 
le fe fiancer , & regarde le futur; 
laifTant la chofe en tel eftat^ qu il eft 
encore en la puifTace du Magiftrat, 
'S'ilenadebonnesraifons , del'em- 
pcfcher & de la rompre. La fécon- 
de eft, ce qu'on appelle s'cpourer, 
qui regarde le prelent5& qui rend 
lacîiole alors comme abfolument 
indiffoluble- le dis , comme abio- 
lument. Car elle ne left pas encore;, 
à régal de ce qu'elle eft quand le 
iliariage eft confommc. D ou dé- 
pend la folucionde cette queftion, 
il c'cft le iîmpie confenccmcnt des 



zoi T)es Droits des glanages 
parties qui fait le mariage , ou fî 
pour le paracheuer il elt abfolu- 
nienl necefiaire qu*il interuienne 
conjondtion. Car la promefle du 
prefent^apres tous les préalables ne- 
cefiairesbien & légitimement ob- 
férues , allie tellement les partie» 
contra£tantes enfemble , qu*elles 
font naturellement en droit IVne 
&:rautre,de fe conioindre leeiti- 
mement.Etcncela fait elle le ma- 
riage, ce que la promefTe de futur ' 
ne fait pas. Car pour s'ellre donne 
parole de futur, on n*eft pas encore 
abfolument dans le droit de venir 
àlaconjondion, l^aucorité publi- 
^ que n'yellant point interuenuë. 
Et la promeffe deprefenteftindif- 
foiuble pour quelque caule que ce 
foit , fi ce n ell ou qu abfolument 
rvne des parties foit incapable de 
mariage^ou qu auantla côfomma- 



Conjtderation troifiejme. 103 
tion elle fe donne à vn autre. Car 
cette Herniere caule , comme nous 
lauonsveucy deflus, rompt le ma- 
riage mefmèsconfommé. Et cette 
première monftre quelespromef- 
(es ont cfté nulles. Pour ce que 
les promefTes font de fe conioin- 
dre pour auoirdesenfans^, &pour 
remédiera la commune fragilité, 
&parconfequent font fondées fur 
la fuppofîtion qu on peut auoir 
des enfans, ou au moins. que cette 
alliance remédiera à la fragilité de 
la nature. Cette prefuppoficion 
donc fe trouuant faufl'e, le fonde- 
ment de la promefle eft ruiné , 8c 
par confequentla promefle mefme 
tombe à terre. Mais la conion- 
6tion fait le mariage, non com- 
me ce qui donne le droit de s ap- 
procher j mais comme la chofe 
mefme à laquelle on a droit par la 



104 ^^^ Droits des MarUzes 
promené. Finalement , (i Vous 
confîJerés le mariage en ce troi- 
lïéme égard, diuerfes raifons obli- 
gent à quelques cérémonies autres 
que les lîmples promefles^&pour 
ce qui regarde les pères , & pour ce 
qui regarde les entans. Pour ce qui 
regarde les pcres premièrement. 
Car eftant du deuoir de cette fo- 
cieté religieufe, de pouruoir au- 
tant qu'en elle eft , à ce que les 
loix de la. politique foient bien &c 
légitimement obleruées, c*eftàel^ 
îcs à prendre connoifl'ance s'il y a 
efté fatisfait , afin de retrancher de 
fa communion ceux qui rie s y af- 
fujettilTent pas , & d'élongner au- 
tant quelle pourra^ dcfoy, leblaf- 
me delà defobeïfl'ance. Joignes 
à cela que la conjondtion & habi- 
tation de rhommeauec la femme, 
eftant fcanialeufe , fi elle n cft le- 



Con/tderation troijîejmc. zoj 
gitimc, c*€ll à la focieté religieufc 
à prendre connoiflance de (a le-- 
gitimité, afin qu'il n arriue point 
de péché contre laDiuinicè^nide 
fcandale qui offenfe ceux quiTho- 
norent. Pour les enfansauflî. Car 
pource que cette focieté religieule 
aufli bien que la politique a fcspri- 
uileges & fcs auantages^ qui ne doi- 
uent pas eftre dillnbués témérai- 
rement, il eft de fa connoiflance 
de difcerner qui font ceux à qui 
la diftribution en doit eftre faite. 
Ce qui ne fe peut fî les mariages 
n eftoient fondés finon deflus <àcs 
promefics clandeftines, & defquel- 
les on n'euft point donné de con- 
noiflance ni^de certitude au pu- 
blic. En fin , puis que le mariage 
eft de Tinftitution de la nature, & 
que le fruit des inftitutions de la 
nature dépend de la benedidion 



xo6 Des Droits des çj/ldariagis 
de fon auteur, les peres.& les mè- 
res eftans membres de la focieté 
religieufe,&lesenfans qui en pro- 
céderont le dcuant eihe , il n^ a 
rien de plus raifonnable , ni de plus 
conforme aux loix de la nature 
meliTLe, fînon que par la commu- 
ne voix de cette focieté, foit obte- 
nue labenedidio deDieu^ tant fur 
les perfonnes qui côtradlent maria- 
ge, que fur celles qui en doiuét eftre 
procréées par la génération. Que 
Il toutes ces chofes n'ont point 
efté obferuées aux mariages des Pa- 
triarches, c'eft que ni la police ciui- 
le , ni la police religieufe^n'auoyent 
point encore cette belle forme 
dans laquelle nous l^voyons eh ces 
derniers temps; 



CONSIDERATION 

QJ^ATRIESME. 



Si pour rendre le mariage légitime ^ le 
droit de nature veut c^ueb oh jet foit 
choifihorsde la confanguimtè(^ de 
bajjinitê. 

^^^^^^ Ien que toutes îcsqueftios 
ï précédentes méritée qu'on 
lescôfîdere attentiuement^ 
& qu'on les examine foigneufe- 
ment, fi ne les ay-jequafi entrepri- 
fesque pourferuir de fondement 
& d'éclarciflement à celle-cy^la plus 
difficile de toutes fans doute, & fiir 
laquelle il mefemble que les Tiieo- 




loS Des Droits des Mariages 
logiens , les lurifconfulces , & les 
Philofophes ont le moins trauaillé, 
quoy que Ton importance & fon 
obfcuritc reqiiiflent afles qu'ils y 
employaflent leur méditation & 
leur pêne. Trois chofes principale- 
ment ont fait dire à quelques vns, 
qu'il eft douteux fî la nature en a 
rien déterminé , &quil y a beau- 
coup d'apparence que ce qu'on 
eftime les mariages que Ton appel- 
le inceftueux , c'eft à dire contra- 
d:és âuec fes parens en vn trop pro- 
che degré , illicites & vicieux, eft 
dudroirpofîtif feulement 5 &: non 
de Tinilitution de la nature. Le pre- 
mier eft ^ que les loix que Dieu mef- 
me en a données , font couchées au 
liure du Leuitique^dans lequel eft le 
corps des conftitutios ceremoniel- 
les qui eftoyent pour le peuple d'If- 
raël feulement, &quinedeuoicnt 

durer 



Conf aération quatriejmé. z09 
durer que quelque efpace de temps* 
La féconde eft , qu il y a eu des Na- 
tions qui nont point fait de diffi- 
culté de contracter des mariages 
dans les degrés de parenté qu'on 
appelle defendus3& mcfmes qui fôt 
cftimés les plus facrés& les plus in- 
uiolables, comme du pereàlafillc^ 
&c du fils à la mère , ainfi qu'il s'cft 
pratiqué entre les Perfes Car iî cela 
eftoit du droit de la nature, il y a 
apparence que toutes nationsTeuf- 
fent également reconnu Latroifié- 
me finalement, que les raifons que 
Ton a iufques icy alléguées pour 
monftrcr que cela eft du droit de 
nature, font fi foibles 8c fi peu con- 
iiaincantes , que tout ce qu on en 
conclud , doit eftre merueiUeufe- 
mentfufpe6t,pource qu'en toutes 
autres cliofes , quoy qu il y en ait 
de beaucoup moins importantes 

O 



uo Des Droits des Mariages 
qu'on ne s'imagine celle- cy , le 
droit de la nature eft fi clair , qu'il 
ne peut eftre reuoqué en doute. 
Ainfi ne veulent ils pasabfolumcnt 
cjue ces mariages foyent permis in- 
différemment 5 ils aduoûent qu il 
y peut auoir quelques raifons pour- 
quoy la puifTance Politique ou Ec~ 
clefiaftique les deféde.Mais pour ce 
que le droit de nature y eft à le ur ad- 
uis ou nul^ou extrêmement obfcur, 
ils veulent que la mefme puifTance 
qui delfent ces mariages puiflent 
difpcnfer de Tobleruation de fa 
defenfe , & rendre ces mariages 
légitimes ou indiAerens. 

Or quant à la première de ces rai- 
ibns,onla peut aiiément réfuter en 
diucrfes manières. Car première- 
ment 5 fi tout ce qui eft défendu ou 
commandé dans le Leuitique , eft 
de droit pofitif feulement, & efta- 



XII 



Confideration matriefme^ 
bli pour quelques perfonnes, & 
pour quelque temps, Tidolattie fe- 
ra de mefine condition , car elle y 
eft aufli défendue. Or comme la 
nature nous apprend à adorer la 
vraye Diuinité , aufïi nous ap- 
prend elle à n en adorer qu vne: 
& par confequent elle défend pa- 
reillement de rendre Thonneur 
qui luy eft deu , aux cliofes qui 
ne pofledent pas véritablement la 
nature diuine. Puis après , fi cela 
cftoit de droit pofîtif feulement, 
d'où eft - ce que les lunfcon- 
fultes Tauroient appris ^ vcu qui 
Rome , & en Grèce , on n auoic 
aucune connoiffance de cette loy 
particulière que Dieu auoit établie 
parmi fon peuple ? Certainement 
il faut que ç ait efté la nature mef- 
xne qui le leur ait cnfeigné ; & de 
fait U n y a aucune nation d*entre 

b i 



112, Des Droiêîs des Mariazes 
celles qui mettent diftinâion en • 
treles objets du mariage parla pa- 
renté, qui encore Qu'elle n ait au- 
cune connoifl'ance de la parole de 
Dieu, ne rapporte Tes loix en cet 
égard aux inftrudions de la nature. 
En troifîéme lieu, Dieu mefme 
monftre affés à quoy il regarde dans 
les loix qu'il en établit , puisque 
dans la préface, & dans la clofture 
du lieu où elles font contenues, il 
dit ex^refiément que ces conjon- 
ctions font abominations, qui ont 
efté commifes par les habitans de 
Canaan, &r à caufedefquelles il les 
veut exterminer de cette terre. Car 
pourquoy n'ayant point de con- 
noiflance de fes loix , & la nature 
n en ayant point établi en cette 
matière , telles conjonctions en^ 
tr'eux auroient elles efté abomi- 
nables? Et de dire que la defenfc 



Conjideration (^uatriepne. 115 
en auoic efté faite à leurs prede- 
cefTeurs^ &c que Dieu les veut pu- 
nir de ce qu elle a elle ou oubliée, 
ou négligée j outre que c'eft deui- 
ner vue chofè dont on n'a lumiè- 
re quelconque, il n'y a pas gran- 
de apparence ni que Dieu leur euit 
défendu ces mariages lî leuere- 
mcnt,fansquela nature de la clio- 
fe luy en fourniil aucune railbn, 
ni qu'il cuft imputé aux deicen- 
dans Toublianced'vne inftitution, 
qui ne fe pouuoit conieruer vn 
bien long temps , puis que la loy 
n'en auoit point elté donnée par 
écrit, & qu'elle n'auoit point de 
racines en l'efprit humam par les 
fentimens de la nature. £n vn 
mot , l'air &: la façon de laquelle 
Dieu prononce ces loix , & la qua- 
lité de celles auec lefquelles il les 
mefle , monftre a(sés qu il n eft pas 

' 03 



ai4 T^^^ Droits des Maridgc? 
queftion là de cérémonies feule- 
jnent^ mais de chofe qui eft telle- 
ment mauuaife de foy, que Dieu 
l'a en vne horreur & envne dete^ 
dation extrême. Et ce que ces loix 
font écrites au Leuitique , mon- 
ftreroit pluftoftlatrocitédecequi 
y eft détendu. Car comme ainfi 
foit que la loy fuft composée de 
trois parties : C'eft à fçauoir y des 
commandemens moraux , conte- 
nus dedans les deux tables \ de ceux 
qui cocernoient le feruice de Dieu j 
& finalement de ceux qui regar- 
doient la police ciuile, les deux ta- 
bles eftoient comme la racine &lc 
tronc de toute la loy \ la loy Leui- 
tique & la Politique eftoient com- 
me les deux maiftrefles branches 
qui en fortoient , & qui fe répan- 
doient puis après en vne infinité 
d'ordonnances particulières. Et 



Confiâcratton qtuitrtcfme. iiy 
cela de telle forte, que comme la 
première table regarde Thonneur 
que la nature nous oblige de ren- 
dre à Dieu, la loy Leuitique s'en 
produit, pour expliquer particu- 
lièrement la fac^on de laquelle il s'y 
faut prendre. Et comme la fécon- 
de table regarde les deuoirs qui 
nous obligent à noftre prochain, 
la loy politique en naift^pour don- 
ner vne dcfcription plus particu- 
lière des chofes efquelles ils confi-- 
ftent. Puis donc que cescomman- 
demensqui concernent les maria- 
ges, ne poLiuoient entrer ni cnrvT 
ne ni en Tautrc de ces deux tables, 
àcaufe de leur multitude & de leur 
longueur, (car Dieu n a pas iugé 
à propos de mettre plus de quatre 
commandemens en iVne, & plus 
de fîx en Tautre ) il faloit necelfai- 
rement qulls entralTenten T vne de 

04 



1^6 Des TDroits des Mariages 
ces deux mailtrefles branches qui 
s en produilent. Partant le maria^ 
ge ayant égard à la locieté politi- 
que & à la iocieté religieufe pareil- 
lement, il femble que Uieu ait vou- 
lu que ces loix qui le règlent en ce 
qui eft de la détermination de l'ob- 
jet, fulTent pluftoft écrites dans le 
corps de celles qui concernent la 
religion particulièrement , que 
dans le corps de celles qu'il a éta- 
blies pour la focieté , afin que tout 
le monde lugeaft , qu'encore qu'en 
cette forte de péché le prochain 
foit interefsé, ii veut- il, tant Ta- 
trocité en eft grande, qu'on le re- 
pute en quelque façon auoir efté 
fait contre luy mefme. Mais au 
refte , & politiques &ceremoniel- 
les, &naturelles & non naturelles ^ 
toutes fortes de loix font rappor- 
tées çn ce liure là , comme il ap. 



Confideration quatriefme, ny 
pcrt notamment par les chapitres 
dix-neufiéme&vmgtiéme5&: par- 
tant cette première raifon n a pas 
mefme la moindre apparence d e- 
fl^e lolide&conuainquante. 

Pour ce quiell de la féconde, fi 
cette queftion icy fe decidoità la 
pluralité des voix , il n*y à point de 
doute que ladefence des mariages 
inceftueux ne pafTaft pour naturel- 
le. Car pour vne ou deux nations, 
peut ertre, qui nont point mis de 
cliItinâ:ion entre les mariao-esince- 
ftueux & non inceftueux, combien 
eil grand le nombre de celles qui y 
en ont mis en tous les fiecles ? Et 
s'il faut pefer les voix^ & non pas 
Içs conter, de combien doitpreua- 
loir le luçement des Grecs &des 
Romains par delTus celuy des Per- 
(cs} ledisdonc que comme encore 
qu'il fe foitpeut eftre trouué queU 



iiS Des T>roits dc$ Manager 
ques republiques parmi lefquelleî 
les femmes auoyent entre mains 
l adminiftration de la fouueraine 
autorité ^ ilne laifle pas d'eftçç du 
droit de la nature que ce foyent les 
hommes qui commandent : Ainiî 
encore qu'il fe foit trouué quelques 
nations qui n'^ont point mis de dif- 
férence entreJes parens,& ceux qui 
ne le font pas^ il ne lai (Te pasd'eftre 
du droit de la nature qu on en falle 
diftindtion dans les mariages Deux 
chofes donc ont eftccaufe de Ter- 
reur des Perfes , & des autres natios, 
s'ily enàencore quelque autre qui 
fe foit é^^rce des droits de la nature 
en cette matière. LVneeft que dans 
les Eftats Monarchiques on a touf- 
jours fait ^merueilleux eftatdela 
perfonne & du (ang des Rois : com- 
me aufli de leur coftè les Roys ont 
tQujîourseu vne merueilleufe paf- 



Confderatîon quatriejrnc. 215) 
fîondelaiflerleurseftatsà leurs de- 
fcendans qui feroyent iiTusderace 
royale. Ainfî ont-ils prétendu, & 
les peuples ont volontiers confen- 
tij quil leur fuft permis quelque 
cliofe de plus qu aux autres dans 
les mariages. Si donc le dérè- 
glement de leurs afFedions les a 
portés à des objets que la nature 
leur euft défendus, ou fi toute leur 
confanguinité eftoit réduite à fi 
peu, que s*ils fe fuflent abftenus 
des degrés défendus, ils eufTentefté 
contraints de fe mefallier, comme 
on parle, & de prendre femme hors 
de la Mailon Royale 3 on a creu 
que la raifon d'Eftat^ ou laffeétion 
du Prince le pouuoit bien enipor- 
ter furies droits de la nature. L'au- 
tre eft, que tels exemples paifent 
aisément parmi le peuple j dequoy 
les Princes mefmes font afsés con- 



210 Des Droits des Mariages 
tens , afin qu il ne paroilîe rien 
d'extraordinaire enlanailFancede 
leurs enl:ans5& la coullumepeu à 
peu efface tellement lesenfeigne- 
mensdela nature , cjuil n'en relie 
plus a la fia aucun lentimcnt. Com- 
me il a paru dans la paillardife ^ & 
dans lapolygamie^danslediuorce, 
& généralement dans toutes les 
choies que nous auons cy delTus 
veueftrecondamnéesparlesdroits 
de la nature3& qui neantmoins ont 
eu fi grande vogue entre plufieurs 
nations. 

Pour ce quieft de latroifiefme 
raifon , i'aduouë que quelques vnes 
des chofes que Ion a iufques icy 
alléguées pour cauf es de la prohibi- 
tion des mariages inceftueux ^ ne 
font pas telles qu'on en puifle clai- 
rement & nettement inférer qne ce 
foitla nature mefme qui lait taite. 



2.11 



Confidcmtîon quatriejmc. 
Quelques vns ont dit que fi on 
n'imprimoit dans les efprits des 
homme^riiorreur de ces conjon- 
d'ions, la conuerfation continuelle 
des frères auec lesrœurs,&: de tous 
ceux généralement quihabitent en 
vnemefmemaifon^produiroitin-» 
dubitableméc beaucoup de fcanda- 
les. Cela eft bien dit^&la prudence 
n empcfche pas qu on nVfe de telles 
precautios. Mais puisqu'on ne fait 
point de difficulté de permettre aux 
pères & mères , qui fe font ioints en 
îecôdes nopces^de marier enfembJc 
les enfans qu ils ont eusrefpedtiue- 
ment de leurs premiers lits , quoy 
qu'ils les ayent eleués en vne mefme 
niaisô on nepeutpasprefumerque 
cette précaution fafle vn droit in- 
uiolable de la nature. Et de fait,qui 
s'imagineroit qu vne chofe indif- 
ferente& licited'elle mefme, deuft 



tiL Des Droits des t^^rïages 
cftre tenue & défendue comme 
exécrable, pource queiî onlaper- 
mettoit, Tmtemperance^u Tim- 
prudence des hommes en feroic 
peut eftre naiftre quelques incon- 
ueniens? Quelques autres, com- 
me S. Auguilin 5 ont eftimé , que 
Dieu a voulu parce moyen proui- 
gner la charité & la dile<^ion par- 
mi le genre humain, au lieu qu elle 
denieureroit renfermée en quel- 
ques familles , fi les proches parens 
auoient la permiiïion de fe marier 
cntr eux. Car pourquoy vn père 
iroit-il chercher parti pour fes en- 
fans hors de fa miaifon^ s'il en trou- 
uoitdefortablesenfa maifon mef- 
me? Celaeft bon encore : & nous 
auons veu cy-deflus que ces allian- 
ces feruent à la paix de la republi- 
que, & à la conferuation de lafo- 
cieté. Mais fî à prouigner ainfî les 



C onfidcration quatire/me. 115 
amitiés par ces alliances, il fe trou- 
uevn plus grand bien, il ne s'en- 
fuie pas de là que la conjoncbion 
entre proches parens fuft vn mal, 
Se encore vn mal digne d*eftre efti- 
me abominable. loint que les na- 
tions qui n'ont point eu de vraye 
connoiflfance de Dieu , ne femblent 
pas auoir eu ce foin d*cpandre Se 
de faire pulluler les amitiés, quand 
elles ont fait les loix touchant les 
mariages. Ariftote en allègue vnc 
raifon qui femble contraire. C*efi: 
qu*il faut qu'il y ait de la médio- 
crité en laffcv^ion, aufTi bien que 
dans les autres habitudes de nos 
amcs. Veu donc que laconlan- 
guinité en engendre dcja, fi on y 
adjoûte encore celle que cette 
conjonction produit, elledeuien- 
dra cxcelliue. Mais il a eu tort 
d auoir peur de te cofté-là. Delqy 



114 '^^ri' Droits des Mariages 
le mariage deuroit engendrer de 
fore grandes & fort véhémentes 
affedions: mais le vice & la cor- 
ruption du monde eft fi grande :, 
quil feroic fouuent bien befoin 
quelaconfanguinitéjfi elle y peut 
quelque chofe^introduifift & aflFer- 
mift la bonne mtelligence dans les 
mefiiages. Ad joutes à cela que s'il 
n'y a point d autre raifon,ie veux 
qu'il y peuft auoir quelque excès 
en Taftedion , fi eft-ceque cela ne 
pourroit rendre la conjonétion di- 
gne de detefl:ation & de haine. Car 
feroit-ce vn crime que la nature 
deuft auoir en exécration , fi le 
mary aimoit vn peu trop ardem- 
ment fa femme? Plutarque dit en 
quelque lieu, queles.loix ontainfi 
pourueu au fupport des femmes 
qui font mal traittées parleurs ma- 
ris. Pource que fi cUes n auoieni; 

point 



Confderatten quatrkjri^e. it] 
jpoint d autres parcnsquclesparcns 
de leurs maris, elles ne fcauroient 
à qui fe plaindre. Certes pour eftrc 
parens de leurs maris, ils ne laifle- 
roient pas d e(he leurs parens auffi^^ 
ni par confequcnt d'aiioir de bon- 
nes inclinations pour leur defen- 
fe. Et au fonds , celle qui feroic 
arfeurée dauoir vn bon mary^ 
pourroit - elle do^lp époufer fon 
propre frerc ? Que di-je , frère? 
Puis qu'il eft naturel aux pères d ai- 
mer ardemment leurs cnfans :, le 
pcre pourroit ainfi époufer celle 
qu'il a engendrée* Car elle ne 
pourroit iamais auoir meilleur ni 
plus aifcdtionné mary que fon 
propre père. Et neantmoins c'eft 
vnc conjondion que la nature ab- 
horre. Aqiioy voiis {^uués adjoû- 
ter que quand la nature a conjoint 
le mary & la ùmitxt pour la gen*- 

P 



iz6 Des Droits des çj^ariages 
ration des cnfans, elle n'a pas fans 
doute voulu prefumer qu'ils s'cn- 
trçbattroient , ni prendre fes mefu- 
res fur cette prefuppofîtion , pour 
déterminer les loix qui rendent 
leur coniondion licite ou illicite 
félon elle. En fin, dans les màu- 
uais ménages il femble quil foit 
plufioil de la prudence,que la fem- 
me fe plaign^aux parens de fon 
mary, qu'aux fiens, pource qu'ils 
luy doiuent eftre moins fufpe6ts 
de paillon & de partialité pour elle. 
Mais qûoy ? ie veux que ces raifons 
là ne concluent pas bien forte- 
ment j s'enfuit-il delà pourtant que 
la nature n en ait point eu d'autres? 
La mefure de noftre connoiffance 
eft-elle doncncceffairementla me- 
fure deschofes mefmes ? Combien 
y eu a t'ildontnousn'apperceuons 
les raifons que fort confusément , 



Conftderation q^atriejm^:. 117 
qui ne laifTent pas d'engendrer de 
fore ardentes &: véhémentes émo« 
tions en nos âmes ^ Vn excellent 
tableau nous rauit en admiration ^ 
& neantmoins bien fouuent nous 
ne fçaurions dire nettement ce que 
nous y trouuons de beau, ni quel- 
les perfedtions nous y touchent. 
Tous les peuples de la terre ont efté 
viuement & profondement per- 
fuadés de TimmortaHcé de leurs 
efprits , & neantmoins à pêne les 
raifons en peuuent- elles eftre bien 
nettement expHquces par les Phi- 
lofophes mefmcs. Si donc nous 
n'entendons pas icy la voix de la 
nature hautement ni diIHnde- 
ment , il faut croire que c'eft la 
furdité de nos efprits, & non le dé- 
faut de fa voix qui en eftcaufe. Et 
quand fa voix y feroit d'elle mef- 
me obfcure 6y:douteufe,il vaudroit 

P 2, 



2L i8 Des Droits des J^drïàges 
pourtant beaucoup mieux s'abftc- 
iiir de ces conjonàions ^ de pcui* 
de violer fcs loix, que de s y por-^ 
ter/ous ombre que nousne voyons 
pas afles clairement les raifons qui 
les nous défendent. Car comme 
en vne accufation dont les preuues 
font ambiguifs , les inclinations de 
rhumanité nous doiuent pluftoft 
porter à abfoudre qu à condam- 
ner , pource qu il vaudroit mieux 
abfoudre le coupable,que condam- 
ner iniuftement l'innocent ; Ainfi 
en Tobfcurité Acs raifons fî la na- 
ture défend Tincefte ou ne le de-' 
fend pas; nous luydeuonsce re- 
fped de nous abftenir pluftoft des 
chofes qu elle nous permet, que de 
nous licencier à celles qu elle nous 
peut auoir défendues. Mais écou- 
tons icy vn peu attentiuement la 
voix de la nature,& voyons fî nous 



Confidcration quatriejme. ii^ 
la pourrons difcerncr. Ccft elle, 
& non pas feulement Aritloce, qui 
nous appréd qu en toutes les choies 
qui ont de l'analogie &c de la corre- 
ipondancc lesvnesauec les autres, 
ce qui eft le plus eminent, &c qui 
tient le fouuerain degré , doit eitre 
confideré , non comme la règle & 
la mefure feulement , mais mefmes 
ordinairement comme la caufe & 
l'origine de toutes les autres. Et 
pour nefortir point hors des cho- 
ies morales, ni des cnleigncmês que 
la nature nous y donne ^ lî ie veux 
connoiftrele vice, de toutes les in- 
tempérances qui fe commettent 
dans la vie , ie n ay point de meil- 
leur m de plus afleuré moyen d y 
procéder , qu*en confiderani ly- 
urefle au plus haut point de fon ex- 
trémité. Là donc ie remart^ucray 
notamment deux chofcs. L vne cit, 



23® T^es TDroits des Àdariages 
la câufe delyurefle, quieltTcxcés 
en vne certaine voluprcdu gouft: 
L autre efl: fon efFe£t, qui confille 
en ce qu'elle ofte tout à fait àl hom- 
me rvfage de laraifbn. Le premier 
rend ce Vice d'autant plus chalba- 
ble, qu encore que tous autres ex- 
cès dans les voluptés corporelles, 
foyentà blafmer, dautant qu'elles 
doiuent eftre toutes gpuuernées 
par laraifon ^ & retenues entre les 
termes de la modération^ cellecy 
eftant des plus grofîîeres , &c qui 
nous approchent le plus de la con- 
dition des beftes, doit eftre fujette 
à fon empire dVnefacjon particu- 
lière , & pluftoft ramenée audec^à 
de la médiocrité , que portée au de 
là de Tes limites. L autre le rend dau- 
tantplushorrible, que tous les au- 
tres extés des voluptés nouslaiflent 
quelque vfage de la raifon : &C s'ils 



Confidemtion (jtiatriefmc. 131 
la nous oftcnt , ce n eft que pour vn 
moment , en ceccuy-cy i'cclipfc qui 
s'en fait eil fouueat de longue du- 
rée. De forte que comme s'il talloic 
^ilre conuerti en pourceau , il y au- 
roit moins dliorreuràTellre pour 
vn moment feulement, quàTeilire 
Tefpace de quinze ou vnigt ans^ 
ainlî s'il faut perdre l'vfage de la rai^ 
fon par quelque volupté , il y a 
moins de mal aux voluptés qui la 
rauiffent &c la rendent en vn in-^ 
ftant/s'il n y a rien dauantage dans 
le peciiéquis y cômet) qu en celles 
qui la retiennent long temps après 
lauoir dérobée. De là il cil défor- 
mais aifé de reconnoiilre quel iu- 
gementon doit faire de tous les ex- 
cès & de toutes les débauches , qui 
fecommettentdanslevin. Car fé- 
lon qu elles s'approchent plus ou 
moins de ces deux maux qui pâ- 
li 4 



131 Des Droits des Mariages 
roiflent & en la caufe & en 1 effet, 
plus ou moins aufli font elles con- 
damnables, & dignes qu on lésait 
en haine & en auerfîô. Et cela a lieu 
en toutes autres chofes pareille- 
ment. Il faut donc voir d^entre les 
inceftes cjui eft celuy lequel a Iç 
plus d'horreur & d atrocité , & en 
examiner les raifons , afin de re- 
cueilhr delà quel iugement il fau- 
dra faire des degrés de latrocité des 
autres. 

Celuy que tous les hommes ont 
toufîourseuleplus en horreur, eft 
fans doute celuy qui fe commet en- 
tre le père & la fille , ou ce qui eft 
quafimefmechofc , entre la mère 
& fon fils. Auflî èft-ce celuy dont la 
defence eft au liure du Leuitique, 
efcrite à la teftc de tous les autres. 
Car après cette prohibition vniuer- 
felle 3 & dont la fandtion s'cftend 



Confîderationquatriejme. 133 
deffus tous les inceilcs en gênerai. 
Nul ne s'approchera de celle qui efija 
proche parente j le fuis h Eternel yT>'ic\x 
voulant defcendrc au particulier, 
dit, Th ne dêcouuriraspomt la ijer^on- 
gnc de ton père ^ m la vcrgongne de ta 
mere^&c. Comme fî ç eiloit là^non 
le plus horrible de tous les in celtes 
feulement, maisaulli la iource d 011 
leur vice & leur atrocité découle. 
Ornyat'ilpas vn de ceux qui diC- ^ 
courent raifonnablement de cette 
matière -, qui n allègue à ce propos 
quelesenfansdoiuent durelpeît à 
leurs pères & à leurs mères , & qu'il 
cft violé par cette conion6tion. 
Puis quand il cft queftion de dire 
en quoy confîfte la violation de ce 
^ re(pe6k, ils çn tirent l'explication 
deces mots,û/fCô««yir la njergon^ne^ 
àcaufedellndecence de la nudité, 
indécence laquelle cft dautant plus 



134 ^^ Droiéîs des Mariages 
glande & plus vicicufe , que laper- 
ibnne deuant laquelle on fe décou- 
ure mer-te de l'honneur & du ref- 
pedt- A quoy on ne manque pas 
d alléguer cecte obferuation qui fe 
trouue dans Valere Maxime^qu'en- 
tre les Romains il n'eftoitpas pcr- 
misaux enfansde fc baigner auec 
leurs pères j fans doute à caufe de 
Vindecence de leur nudité. Afin 
donc de voir iufques ou va la force 
de ccttz raifon ^ il faut examiner 
comment la nudité eft naturelle- 
ment indecentc.Car lî la nature dé- 
fend l'incefteà caufe de ce qu ily a 
de deshonnefteenla nudité il faut 
que la nudité elle mefme foit natu- 
lellementdeshonnefte. La nudité 
donc doit eftre confiderée ou en 
Feftat de la nature laquelle cil: en 
fon entier , ou en leftat de la nature 
, depuis qu elle foit corrompue > & 



Conjîdçration cjtiatriejmc, 235 
qu'il eft arriué du dcfordrc en les 
affecLions.Or eft-ilbien vray qu'en 
Teltacdela corruption , li cit des- 
honnefte à l'homme de dkouurir 
les parties que la nature a deftinées 
à la génération. Pource que du 
defordre qui eft dans les autres paf^ 
fions, il n'en paroift, quand elles 
s'emeuuent, aucune marque dans 
le corps j fî ce n'eft quelque peu, 
quand elles font extraordinaire- 
ment excitées. Comme il arri- 
ué en la colère, alors qu'elle nous 
tranfporte iufques à des mouue- 
mens &c à des adxions qui font 
bien loin au delà des termes de 
l'excellence de la nature de l'hom- 
me, & de la modération quiluy 
conuicnt. Au lieu que comme ces 
parties font le fiege de la plus tur- 
bulente de toutes les conuoitifes, 
auflî monftrent-elles incontinent 



2.$6 "Vés Droits des J^Uariages 
les émotions qui s'engendrent en 
la concupifcence alencontrc de la 
raifon. Mais figurons-nous la na- 
ture en vne telle integrité^quiln y 
ait aucun trouble dans les afteétiôs, 
&C que les moindres émotions qui 
s y forment , foient abfolument 
foumifesà la domination de la rai- 
fon , comme il n y auroit point en 
CCS parties de marques de ce def- 
ordre^aufïinyauroit-il point fans 
doute de honte ni d'indécence en 
leur nudité. Et c eft ce que Thi- 
ftoirc de la création de lliomme 
nous enfeigne, Si donc la raifon 
de la prohibition de Tincefte eft 
en rirtdecence de la pudité , les in- 
ccftes ne font défendus que depuis 
la corruption du pcché.&c ils n'euf- 
fent point eu de lieu en leftat de 
Imtegrité delà nature. Or com- 
me rinftitution du mariage precc-; 



Confideration quatrUJrne. zyj 
de la corruption du péché, aufli 
fans doute les loix de la détermi- 
nation de fon objet , precedent- 
clles la deprauation de noftre na- 
ture. Et certes fi découurir la ver- 
gongne cft vne chofe honteufe & 
deshonneftc d elle-mefmc^elle left 
aufïî bien dans les conjonctions lé- 
gitimes que dans les inceftueufes; 
Et neantmoins pcrfonne ne le croit 
ainfi. Si découurir la vergongnc 
dans les coniondions légitimes 
n'eft pas dcshonnefte, il faut que 
ce qu il Teft dans les conion£tions 
incellueufes , cela ne vienne pas 
d'elle mefme, mais de la nature do» 
la conjondion. La conionârion 
donc eftant deshonnefte , la dé- 
couuerture de la vergongne qui 
raccompagne le dénient auflî ; de 
forte que c'eft Imcefte qui rend en 
ce cas la nudité indécente , tant 



i58 T> es Droits des tj^ariages 
s'en faut que Tincefte foit incefte 
& vicieux par Tindecence de la 
nudité. Ceux - là ont approché 
beaucoup plusprèsde la vérité, qui 
ont dit qu il n'eft pas à propos de 
mefler diuerfes relations les vnes 
auec les autres , &quienontad- 
jouté cette raifon , qu'il s'en enfui-- 
uroit neceflairement du defordre; 
pourcc que fi vous mariés la tante 
aucc le neueu, le neueufelaffujet- 
tira par le mariage, & ainfi celle qui 
doit tenir lieu de mère , & auoir 
parconfequent vn rangconuena- 
bleà fon degré 5 deuiédra inférieu- 
re àceluy qui fe 1 aflTujettit. Oreft 
il que la fuperiorité,&: l'mferiorité, 
en ces relations de la tante aune- 
ueu, (ontdudroirinuiolable delà 
nature , & par confequent on pè- 
che àfencontre d'elle , fi on les def 
truit. Ceft là, à mon aduis^Ten- 



Conjtdcration quatriejnie, 159 
crée à Texpli cation de cette diffici- 
le queftion , pourueu que fur cette 
obferuation nous faifions deux 
considérations importantes. LVnc 
eft , que commç ainfi foit qu'il y ait 
de deux fortes de relations entre 
parens , les vnes qui portent égalité, 
1^ les autres inégalité auec elles, 
ceux qui mettent cette raifon en 
auant , ne condderent icy que celles 
qui conftituent les perfonnes iné- 
gales , de force que les relations qui 
{ont entr elles ne fepcuuentmefler, 
fans fe deftruire Tvne l'autre : ce 
que les loix de la nature ne permet- 
tent pas. Pour ce qui eft de celles 
qui rendent les perfonnes égales, 
ouauniginsqui n'y niettent point 
de notable inégalité ;ilsne rendent 
point la raifon pourquoy elles ne 
fe peuuent meller enfembîe en ceux 
àquilanatureadefendula conjon- 



7.40 Des Droits des AÎariagei 
(Stion j comme entre le frère & la 
foeur. Car fi vous les mariés enfem- 
ble, ils tiendront chacun fon rang 
naturel ^ pource que légalité qui 
ii*efl: de la qualité de niary & de 
femme, s'accordera fort bien auec 
celle qui eft fondée en la fraterni- 
té. Etquantàlmegalitédufexe, là 
fuperiorité fe trouuera tduûoiffi 
au mary comme elle eftoit au fire: j^ 
&rinferiorité en la femme, com- 
me elle eftoit en lafœur auparauat. 
La féconde confiderationcft, que 
quand ceux qui parlent ainfi^pro- 
pofent lexemple de la tante & du 
ncueUj ils rendent bien par la fu- 
jettion à laquelle on foumet celle 
qui doit eftre fuperieure, la raifon 
du. defordre qui eft en cette con- 
iondion. Mais veu que fi vous 
mariés le père auec la fille, en ce 
mariage chacun ce femblc^ tien- 
drais 



C onfideration quatriejme. 141 
dra le rang que la nature luy afli^ 
gne félon ces deux relations ^dau- 
tant que le père qui eft naturelle- 
ment fuperieur, dcuenant mari , 
aflujettira, & que la fille qui eft 
naturellement inferieure^deuenant 
femme , fera aflujettie, ou il faloic 
aduoiier que la conjonûion du pè- 
re & de la fille, de Toncle & delà 
nièce , eft légitime , ce que la natu- 
re a en horreur 5 ou il faloit rendre 
la raifon du defordre qui fait que 
cette conjondion eft illégitime. 

Afin donc de refoondre à ces 
difficultés, il nous faut icyfoigneu- 
fement examiner quatre chofes. 
Premièrement, quelle relation le 
mary & la femme ont entreux, Se 
quelles en font les dépendances. 
Secondement, quelle relation il y a 
entre le père &: l'enfant, & quelles 
les fuites qui en dépendent. En. 



ij^i Des Droits des AtarJages 
troifîéme lieu, s'il peut conuenir 
ou non aux loix de la nature, que 
ces deux diuerfes relations de mari 
& de père, ou de femme & d'en- 
fant, auec leurs confequencesjtom- 
bent en vn mefme fujet. Et en fin, 
fî par les loix de la nature elles n y 
peuuent tomber, que c'eft qui s'en 
peut recueillir au regard des autres 
relations, ou qui y ont de 1 analo- 
gie, ou qui en dépendent. Or pour 
ce qui eft du premier,bien qu'entre 
l homme & la femme qui font con- 
joints enfemble par mariage, il y 
ait de Tinégalité , tant en la noblet 
fe du fexe,qui donne au mary beau- 
coup d'auantage, en ce qui eft de 
la prudence & de la force du raifon- 
iiement, qu'en la génération mef- 
me,oii il eft confideré comme prin- 
cipal agiflant, fieft-il clair que la 
nature nous apprend que les cnfans 



Conjtderation quatriefme. 14$ 
qui fe produifcnt de leur conjon- 
âion, font leurs cnfans également. 
Et pour ce qui eft de leur éduca- 
tion ,^& de ladminiftration de la 
famille , ou il leur appartient con- 
jointement , ou s'il Ce partage, il 
fe partage Ariftocratiquement, eu 
attribuant à la femme ce qui re-- 
garde le melhage, à Thomme ce 
qui concerne les affaires du dehors. 
De forte que comme les fujets en 
vn gouuernement Ariftocratlque, 
regardent l'autorité fouueraine de 
laquelle ils dépendent,comme refî- 
dente dans leSenat tout entier; ainfî 
en ladminiftration de la famille, 
les enfans & les feruiteurs regar- 
dent lautorité à laquelle ils font 
aflfujettis, comme rendente dans le 
mary &dans la femme conjointe- 
ment. Aiiflî les appellent- ils père 
& merc^ ôc maiftrc ôc maiftreffc 



Z44 ^ '^ 'Droits des Mariages 
cgaicment. Mais comme fî dedans , 
le Sénat meime il arnue qu'il y ait 
entre ceux qui le compofent, quel- 
que diflentiment, la partie oi\ il y a 
le plus de voix l'emporte , pource 
qu'on ne peut pas autrement iu- 
gerde quel cofté il y a plus de pru- 
dence & de raifon , finon par le 
nombre des voix ; ainfî quand il 
arriue de la diuerfité d'opinions 
entre le mary & la femme, pour ce 
qui cil: du gouuernement de la mai- 
fon^ l'aduis du mary le doit empor- 
ter. Pource que ne pouuant pasiu- 
gerde la prudence par le nombre 
des fuffrages, il en fautiuger par 
l'auantage du iexe , qui naturelle- 
ment donne celuy de la raifon. Et 
cetauantage équipoUe à la plurali- 
té des voix. Or n'ell - il pas mal- 
aisé de monftrer que cela eft de 
i'inllitutiou delà nature. Car pour 



Confîdemtion qMtrefne. 14J 
ce qui cft de 1 inégalité du fexe ,ia 
feule conformation du corps, la 
force des membres, la majctlé de 
la prefence, & les autres auantages 
le monftrent fi euidemment^ qu'il 
n'ell fujet à aucune conteftation. Ec 
qu en vn corps beaucoup plusaua- 
tageufement compose, la nature 
ait logé vne raifon plus forte, plus 
accomplie, & plus exaclc,c'e{l cho- 
fe raifonnable en elle mefiTie, & fi 
la nature euft fait autrement , elle 
n euft pas obferué la fagefie & les 
proportions qu'elle garde en tou- 
tes autres fortes de lujets. Que s'il 
iè rencontre des femmes qui ayent 
l'entendement meilleur que quel- 
ques vns d'entre les hommes, com- 
me il ne le peut pasjiicr qu'il ne 
s'en trouue quantité, c'eft à peu prés 
comme nous auonsditcy - delT-js, 
qu'il fe U'ouue des gens qui ont la 



14* -Df j 'Droits des Mariages 
main gauche plus vigoureufe que 
la droite3& plus habile en f es mou- 
uemens ; quoy qu'il foit de rmfti- 
tution de la nature au contraire. 
Mais quant à cette égalité qui naift 
de leur mariage & de leur conion- 
6tion, puis que la nature leur don- 
ne à peu prés pareille autorité def- 
fus leurs enfans,ilfaut que leur con- 
dition fbit à peu prés pareille de 
mefmes. Car fi deux lignes qui fe 
terminent fur vn mefmc poind: , 
s'éleuent au deflfus de luy peu s'en 
faut également, il ne peut pas y 
auoir grande différence en leur 
étendue. Partant , pour me feruir 
encore de la coparaifon des mains^ 
comme quand nous les ioignons 
cnfemble pour leuer vn mefmc 
fardeaujou pour compofervn mef. 
meouurage,nous leur attribuons 
Teffeâ: quelles produifent à peu 



Conjtdcration audtrtefmc. 147 
prés également , pourcc qu encore 
que la droite y contribue quelque 
chofe de plus^fî eft-ceque la gau- 
che n eft pas vn inftrument qui luy 
foit fous-ordonné , mais vnecaulè 
de mefme ordre & de mefme rang 
auec ellej ainlî en la conionâ:ion àc 
riiomme & de la femme pour la 
génération j &1 éducation des en- 
tans, bien qu il y ait raifon pour- 
quoy le mary y foit plus confide-- 
ré. Il eft-ce que la femme eft vnc 
aide qui luy eft coniointe , pour 
cftrc tenue 'comme vne caufe de 
nature toute (emblablc. 

Venons à cette heure au fécond 
point. La mefme nature qui a cnfei- 
gné cette vérité à Ariftote , que le 
mariage conftituë vn gouuernc- 
ment Ariftocratiqucparle moyen 
de l'égalité , luy a encore appris 
qu entre le père & l'enfant il y a vne 

<^4 



148 Des Droits des Mariages 
relation tout à fait différente. Car 
au lieu que la femme eilvne caufe 
conjointe auec le mary, pour la 
génération &c le gouuernement, 
Tenfant eft l'effeâ: qui fc produit 
deleursconcours^&quine peut en 
facjon quelconque auoir raifon ni 
nature de caufe. C'eft pourquoy le 
mefme Philofophe dit que l'autori- 
té du père delfusTenfant, eftRoya- 
. le. De fait, pour ce qui eft de la naif- 
fance & de la génération , Tenfant 
dépend abfolument du père , le pè- 
re ne dépend en auciînefac^on de 
Tenfant :1e père donne Teftre à ce 
qui eft engendré deluy^le fils au 
contraire ne peut rien contribuer a 
la conftitution de Teftredeceluy 
qui Tengendre. Comme donc les 
Cieuxfontdits régner furies cho- 
fcs inférieures &c elementaires^pour 
ce ciue tout ce que les choies ele-^ 



Conjîderatien quatYtcfme, 149 
mentaires font, elles le font parla 
force des caufes celeftes, au lieu que 
les Cieux ne recoiuent neu du tout 
des créatures d icy bas : ainti peut 
on bien dire que le perc règne dc(- 
fus fon enfant, pource que tout ce 
que l'enfant eft, il letient deluy,&: 
qu'il ne luy confère du tout xita 
pour la fubfiftance de ion eitrc. 
Quanta Teduc^-tion, l'expérience 
nous monilre allés que lors que les 
enfans viennent au monde 3 lis (ont 
long-temps qu'ils n'oîu du tout 
pomt iVlagc de laraifon \ &pen' 
dant ce temps- là ils dépendent ab- 
folument du foin de leurs pères. 
Quand la raifon commence à poin- 
dre en eux , elle eil long-temps fi 
imparfaite , & fi languillante , & 
fi fujette à la conuoitife qui Talliege 
de tous coftés, que fans la conduite 
delaraifondupere,qui leur corn- 



Afo Des Droits des Manager 
mande auecvnc abfoluë& entière 
autorité , ni pour lors ils ne pour- 
roycnt agir raifonnablement , ni 
pourladuenir il ncfcroitpas pof- 
iîble que la raifon fe formaft telle- 
ment en eux, quelle ne demcuraft 
nés -imparfaite & très- mutilée. 
Comme donc nous difons quelen- 
tcndcment a l'empire deflus les ap- 
pétits, & qu'il les gouuerne abfolu- 
ment, comme s'il en eftoit le mo- 
narque , ainfî pouuons nous bien 
dire que la raifon du perc règne deC- 
fus celle de l'enfant , &: qu elle a def- 
fus elle vne autorité monarchique. 
Vne chofc pourroit auoir icy quel- 
que difficulté ; fçauoir, fi le gouuer- 
nementRoyal du père deflus l'en- 
fant , dure encore après le temps 
deftiné à fon éducation , & lors que 
la raifon eft deucnuë fi forte en luy, 
que fes adions peuucnt eftre abfo- 



Conjtderation auatrïefme. r^r 
lument rcmifes l (1 propre condui-. 
te. Car pource que cet empire ell 
fondé delTus la necefïicé du gou- 
uernement j il femble que Icgou- 
uernement ceiTe lors qu en cclfe la 
necefïicé , & que le gouuernemcnt 
cefTant , Tempire celTe de niefmc. 
Icy donc il faut apporter vne di~ 
ftindion. Car ou bienTcnfant qui 
eft venu à cefte maturité de raifon, 
demeure encore en la maifon de 
fon père, & ne fait point de famille 
à part y ou bien il s'eft feparé, & par 
le mariage il fait vne famille nou~ 
uelle. S*il eft en ce premier eftat , il 
nya nulle doute que quelque ma- 
turité que fa raifon ait acquife par 
le temps , neantmoins l'autorité du 
gouuernement du pcrc & de la mè- 
re dure encore en fon égard. Car il 
eft encore réputé comme membre 
delà famille dans laquelle il eft ^ & 



1^1 Des Droits des ^lariagcs 
par confequent fu|et aux loix par 
îefquelleseîle eft gouuernée. Oreft 
il que le gouuernement de la famil- 
le àTégard du chef cft vn gouuer- 
nement louuerain , &qui ou bien 
cjft formé fur le type de rautorité 
Royale , ou qui , comme il eit plus 
vrayfembiable^àdonnéparlemo- 
delle qu'il en preiente ^ fa première 
formeàlaRoyauœ. Ainlî donc que 
dedans les monarchies il y peut 
auoir des fujets qui ont les vertus 
propres au gouuernement , peut 
cftreenaufTi haut degré que ceux 
mefmesqui fontaffis delfus le trô- 
ne 5 qui neantmoins dépendent ab- 
folumentdcs loix delEftat, parce 
que leur condition ne les efleuepas 
au delTus du nom de fujets: De mef- 
mes dedans les familles il y peut 
auoir desenfansqui ont autant de 
prudence & de raifon que le perd 



Confderation quatriejmc. 255 
& la mère en ont , & neantmoins 
ilsn*ont nulle parc au gouuernc- 
menC:, pour ce que leur condition 
ne les cfleue point au deflus de la 
qualité denfans. Pour ce quieft 
de ceux qui fe font feparés, les loix 
des Romains ont voulu quenon- 
obftant le mariage ^ ils fulFent en- 
cor en la puifl'ance paternelle. Tant 
cette fage république a creu qu'il 
falloit attribuer à lautorité des pè- 
res deflus leurs cnfans. Maisquand 
nous n irions pas fî auant , il ne laif- 
feroitpasdyauoir icydeux chofes 
indubitables. LVne^que ce queles 
cnfans font, ils le font de par leurs 
pères. Eufl'ent ils velcu cinq cens 
ans 5 tantyaque Torigine de leur 
eftre a dépendu de leur génération. 
Et bien quil y aittantoll: iîx mille 
ans que le monde cft créé , lî n'a t'il 
du tout rien perdu de cette relation 



2|4 ^^^ Vroits des fJUariages 
par laquelle il fe rapporte à Dicu^ 
comme reffet à facaufc. L'autre^ 
qu*encore qu vnc autorité & vnc 
puiflfancc ccfTeàrégard de fes fon- 
dions , la dignité pourtant & 
rhonneur de la puifTancc ne cef- 
fc pas , principalement iî ce que 
les fondions en ont cefle, cela vient 
de ce quelles ont amené au point 
dcleurperfedio les chofes fur lef- 
quelles cette puiiTance auoit eftc 
cftablie. Car il y a notamment de 
trois fortes de chofes dont les fon- 
dions deftinéesà vn certain effed 
ceâTent, lors que Teffeda efté pro- 
duit. Les vnes font celles qui tien- 
nent feulement lieu de moyens en 
la main de la caufe efficiente^ au lieu 
que Teffed tient lieu de fin en fon 
intention. En telles natures de cho- 
fes, lors que la fondion cefle , il ne 
demeure aucune dignité àrinftru- 



Conjîderatîon quatriejmc. ijj 
ment , pour ce que la fin cft plus ex- 
cellente que luy en toutes façon?. 
Ainfi après quVn palais eftachcuc, 
on en ruine leschaffauds , & quand 
la voûte eftconftruite , on en met 
le cintre bas. Et fi le palais ou la 
voûte auoyent du fentiment dô 
leur eftre ^ ils les ruincroyent eux 
mefmes, fans pécher contre les loix 
delà nature. Pour ce que la dignité 
delà fin engloutit tout cequcdaiU 
leurs il y en pourroit auoir dans les 
chofes qui font fimplementmoyes. 
Les autres font celles qui tiennent 
lieu de caufe efficiente, & dont Tef- 
fed: ne peut eftre proprement la 
fin. Car on ne dira iamaisquc Icf- 
feâ: foit la fin de fa caufe. On dira 
bien que reffed eft la fin de quel- 
que faculté & de quelque propriété 
laquelle eft en la caufe: mais la fin 
de la caufe , bob, |s[cantmoin0 



2 j^ TDes Droits des Mariages 
pourcequelacaufe ni Teffcân'cft 
point doiié de raifon, &qued'vn 
collé la raifoneft la feule chofe qui 
cft digne de I honneur , & de lautre 
laraifon eft la feule chofe capable 
de le rendre, au ffi toft que les fon- 
dions de ces caufes là ccffentjtous 
les lentimens de la relation qui eft 
entre la caufe & l'effed ceffent auffî 
pareillement. Cequife void mani- 
fertement ainfi ordonné par la na- 
ture dans les beftes. Car pource que 
Tinftinit que la nature a donné à 
vne poule , pour auoir foindefes 
poulets , & que Tinflinâ: que la na- 
ture a donné aux poulets pour 
obéir à la voix de la poule & poui: 
rainier.eft feulement pour le temps 
qu'ils ne peuuent n i fe nourrir, ni fe 
conduire ,nifc défendre eux meC- 
mes; tandis que ce befoin dure, ces 
inftmds durent auffi, Vient-ii à 

ceifer? 



Confidcratîon cjuatriejrnc. z^y 
çefTer ? Ces inftinLts cefTent de met 
mes, & tous les reflentimens s'en 
cftcignent abfolument. En quoy 
nul ne dira que ni la poule ni les 
pouflins commettent quelque cho- 
fe contre les droits delà nature. Car 
ce quicft de fon inftitution;, ncft 
point contre Tes droits :& ce qui 
eft vniuerfel & perpétuel en fes ou- 
urages, eft de Ton inftitution fans 
doute. Les autres font celles qui 
non feulement tiennent lieu de 
caufe efficiente , mais qui auiïî , 
pource qu elles font douées derai- 
fon, font coniointes auec dignité* 
Et de celles là, bien que les opéra- 
tions &c les fonctions viennent à 
ceffer, pource qu'elles ont parfait 
les chofes aufquelles elles eftoient 
deftinées.fîeft-ce que les relations 
en demeurentjConiointement auec 
les relTentimens que cçs relations 



2.j8 T>e$ Droits des AdarUgcs 
produifcnt. La raifon donc eftant 
d'vncofté lobjet derhonneur,& 
de Tautre , ce qui feul eft capable 
de le rendre, il eft de rinftitution 
de la nature , qu'entre ces chofes 
qui ont de telles relations qu il y 
en a entre le perc & le fils, la digni- 
té demeure dVne part, & le refpe£t 
& lobeiflance de l'autre. Que s'il 
fe rencontre entre les beftes quel- 
que trace & quelque image de ce- 
la , ce n'eft pas à dire qu'il y ait 
proprement ni de telles relations^ 
ni de tels refTentimens. 'Ce font 
Iculement autant de ieuxde lana- 
turv%& comme des emblèmes dans 
lefquels elle veut donner aux hom- 
mes des enfeignemens des chofès 
qui conuienncntà leur raifon. 

Pour ce qui eft delà troifiefmc 
queftion ,il femble que déformais 
elle n eft pas mal- aifée à refoudre. 



Conjideraûon quattiepHc. 155) 
Car les relations qui , comme i'ay 
dit cy deflfus, portent égalité auec 
elles j tirent fans doute des confc- 
quences qui fe peuuent accorder 
enfemble , & qui ne fe choquent 
nullement. De forte que pluneurs 
fe peuuent rencontrer en vn mef- 
me fujet , fans que les fuites qui en 
naiflfent foyent détruites ^ fînoii 
qu il y ait quelque autre chofe qui 
cmpefche leur conjonction. Ainfî 
dans la police vn mefme homme 
peut eftre fans difficulté Roy & pè- 
re de fes enfans , & vn mefme hom- 
me enfant & fujet de fon père tout 
enfemble. Pource que les fondtios 
qui dépendent de la quahté & de 
père & de Roy , ne le trauerfenc 
point Tvne lautre , mais s'entrait 
dent pluftoft mutuellement; & que 
les mouuemen^^d honneur, de ref- 
ped &: d obeillance , qui depen- 



i6o Des Droiêîs des Addriages 
dent de la qualité des enfans & ces 
fujets, fontdc nature fîfemblables, 
qu ils fe conjoignenc admirable- 
ment bien, pour fe rapportera vn 
mefme objet. Et pour tirer quelque 
illuftration descliofes d'efpcce dif- 
férente 5 s'il y pouuoitauoir quel- 
que relation véritable entre vn 
homme &vnclieual , toutes celles 
cy s'accorderoyent fort bien en- 
femble en vn mcfme fujet^ d'eftre 
maiftre du cheual , & efcuyer , & 
gendarme tout enfemble. Entant 
que maiftre^il vferoit de fon cheual 
comme (len ; entant qu'efcuyer ,il 
en vferoit bien & félon les regîes 
du maneige ; & entant que gendar- 
me 5 il rapporteroit ce bon vfage à 
vne plus noble fin , qui eft de feruir 
dansles occafionsdela guerre. Et 
en cela tant s'en faut qu'il y ait quel- 
que chofe qui choque la difpo il-- 



Confideratîon quatriejhc. z6i 
tiondela nature,c[ue comme il ap- 
pert , tout cela s'accorde mer- 
ueiileufemenc bien. Mais les rela - 
tions qui portent megalité ou con- 
trariété enrr'elles ^ ne peuuent pas 
raifonnablement tomber en vn 
mefme fujet. Ainfi dans la police 
vn mefme homme ne fçauroit eftre 
tout enfemble fujet &c fouueram 
magiftrat. Car en qualité de fouue- 
rain magiftrat il faut qu'il com- 
mande & qu il go uuerne; & en qua- 
lité de fujet il faut quil obeiire& 
qu'il foit gouuerné. Cela donc 
eftantabfoluinentincompatible& 
contradiâioire , il faut nccellaire- 
ment que l'vne de ces qualités ccde 
à l'autre, & que la relation de magi- 
ftrat lemporce pour gouuerner & 
pour commander, ou que la rela- 
tion de fujet preualc pour eftre fu- 
jet au gouuernemet. Et dànslafub- 

Ri 



l6t Des Droits des Martdzes 
ordination des cliofes d^efpcce 
différente, ilenefî: de mefnies. Car 
pour me feruir du mefme exemple 
que iay cy defTus apporté , enîa 
conjonction de lliomme & du 
cheual , il faut que Thcmme de-- 
ineure homme pour manier ^ & le 
cheual, cheual, pour cftre manié, 
Etfî vousvouliés ioindreces deux 
cfpeces enfemblejlanaruresyop- 
poferoit^ & ne pourroit fouffrir que 
vous forma0iés vn monllre tel 
qu'on s'imagine les Centaures. Puis 
donc que nous auons fuppofé cy 
defTus, que la relation de mary & 
de femme eft d'égalité^ &Ia rela- 
tion de père & d'enfant d'inégalité 
très grande, & que ces deux rela- 
tions tirent après elles des coiife- 
quences, non fi diuerfes feulement, 
inaisencore fi contraires, vous ne 
îçs pouués conjoindre par le mai:ia- 



e 



Conjîderation quatriejme, 16^ 
ge, fans ruiner ablolument ou Pvne 
ou l'autre/ contre rexprerte difpo^ 
fîtion de la nature. Car iî en ma- 
riant le père aucc la fille, vous vou- 
lés qu il garde lautorité paternelle 
qu ilauoit auparauant , ia fille de- 
uenant fa fême n'acquerra pas cette 
égalité que le mariage donne à la 
femme auec fon mary. Ce qui eft 
contre la difpofition du droit natu- 
rel. Et (î vous voulés que la fille de- 
uenant femme acquière cette éga- 
lité que le mariage doit donner, il 
faudra que le père deuenant mary, 
perde fon authorité paternelle. Ce 
qui eft contre le droit de nature en- 
core. Inconueniensquifctrouuent 
àpeu près femblables fi vousmariés 
le fils auec la mère. Car ou bien il 
faudra que la mère conferuant Tau- 
torité que la nature luy donne, le 
mary ne trouue pas dans le mariage 

R 4 



1 ^4 ^^^ T)f'ohs des Mariages 
le rang qu'il y doit aupir. Ou bien 
il faudra , s'il y veut prendre fon 
rang, que la mère perde celuy que 
la nature luy donnoit en cette qua- 
lité de mère. Or qui confiderera 
bien attentiuement Timportance 
de la chofc:, remarquera aisément 
que non feulement cette conjon- 
Âion eft illicite ; mais que d'entre 
les coniondions illicites, c'eft celle 
où il paroift plus d^iorreur &d a- 
trocité» Caria puiflfancc paternelle 
eftfouuerainement refpeétable^ & 
ne peut eftrele moins du monde 
violée fans vn grand péché. Auffi 
DieuTat'il tellement recomman- 
dée , qu'il a voulu que ce fuft le prc- 
mier cômandement de laTable où 
îlacompristousles deuoirs des bo- 
rnes les vns cnuersles autres,& qu'il 
full feul honoré d Vne promeffe 
particulière, pour monftier quek 



Confîieratlon quatriefme. ±6$ 
le confideration il en faifoir. luf- 
queslà que ne donnant point d*au- 
tre commandement en cette loy 
touchant le deuoir des fujets enuers 
leurs fuperieurs , quoy que ce foit 
vnechofefî facrée^ iî inuiolablc:, 
il a voulu que l'honneur qu'il actri- 
buoit à lautorité paternelle, fuft le 
type de celuy qu'on rendroità tou- 
te autre fuperiorité. Or file refpeâ: 
qu on doit à lautorité paternelle 
efttel quon ne lepeutnegUgerni 
Violer , mefmes par vne feule ac- 
tion, fans vn grand péché, que doit 
on penferdescontradsparlefquels 
on fait vœu & promeflTefolennelle 
d y renoncer abfolument pour tout 
lereftedefavie? 

Refle le quatrième poin6t. Ou- 
tre cette maxime générale, laquel- 
le i ay déjà remarquée , qu'en tou- 
tes chofes qui ont de l'analogie en- 



z66 Des Droits des Mariages 
tr'elles, celle qui tient le premier 
& le plus haut degré , eft la caufe 
de toutes les autres, diuerfes rai- 
fons doiuent faire pcnfer, que s*il 
y a quelque chofe de deshonnefte 
èc de naturellement vicieux dans 
les autres eonjondions défendues, 
cela découle de niefmefource,c'eft 
à i^auoir, de la violation de cette 
authorité. Et premièrement , la 
raifon commune delà prohibition 
de ces mariages , telle que Dieu 
mefme & les hommes Talleguent 
en leurs loix ^ eft qu'il y a entre 
les perfonnes qui les contractent , 
vne trop proche parenté. Or la pa- 
renté , foit proche, foit éloignée, 
ne confîfte finon en cette vnion, 
par laquelle plufieurs perfonnes 
font vnies en vn commun principe 
de lorigine de leur eftre^ duquel ik 
font defcendus par la génération* 



Conjîderatîon quatriejme. iC-j 
Car les hommes ne font point pa- 
rens entr'eux , finon en ce qu'ils 
font faits dVn mefme fang j &L ce 
fang là-; n clt point vn , finon en- 
tant quil eft defcenau dVnfeul, 
& qu il vient dVne melme veine. 
Or eft-ce vne vérité commune & 
ordinaire en la bouche de tout le 
monde, que ce qui eft la caufe de 
la caufe, eft auflî la caufe dcreffeâ:. 
De forte que fi la caufe du vice de 
Tmcefte eft en la feule parenté, &c 
la caufe delà parenté, en ce feule- 
ment qu'on eft defccndu d'vn mef- 
me père , le vice de Fincefte dé- 
pend de là mefme neceffairement. 
Ainfi faut-il qu'il y ait dans le vice 
de ces conjonctions , quelque cho- 
fe qui correfponde à celuy que 
nous auons remarqué entre le père 
;'& l'enfant. Cependant, celuy qui 
fe commet entre le père & l'enfant^ 



2. (? 8 Des Droits des t^ bridge s 
confifte en la violation de cette 
autorité. Et partant dans les au- 
tres confanguinitésTincelk a quel- 
que relation à cette violation. De 
plus^tous ceux qui ont iamais bien 
attentiuement conlideré ces ma- 
tières, ont touiîours mis vne très- 
grande diflFerence entre la confan^ 
guinite qui le continue en ligne 
droite, du père au fils, du fils au 
petit fils, & à larriere fils encore, 
&C ainfi conlequemment : & celle 
qui fe prouigne en ligne collaté- 
rale :, des deux frères à leurs enfans, 
qui par ce moyen deuiennent cou- 
fins germains,& de ces confins ger^ 
mains à leurs enfans, qui deuien- 
nent ifTus de germains. Car quant 
à celle-cy,elle s'arrefte fi toft pour 
ce qui regarde la légitimité ou illé- 
gitimité des mariages, que iamais 
aucun n'a fait difficulté de marier 



Confderation qHamcfme. 1^9 
enfemble les ifl'us de germains. Ec 
pour ce qui eft des germains,!! quel- 
ques vnsenont fait fcrupule, c'eft 
à tort, puis que la Loy de Dieu ne 
le défend pas 5 & que l'ancienne lu- 
rifprudence le permet , laquelle a 
eftc puisée des fourcesde la nature 
mefme. Mais quant à l'autre , ou 
bien elle fe continue iufques à per- 
pétuité , comme cVft lopinion de 
Li plufpart des lurifconfultes , ou 
au moins s'auance t'elle fî auant, 
quelle pafle de bien loin les degrés 
de la confanguinité collatérale. De 
forte que fî Abraham a engendré 
Ifaac, &Iiaac lacob, &Iacob lo- 
feph, &:Iofeph Manafsé*; & Ma^ 
iiafsé EliaKim, & qu'EliaKim en*. 
gendre Anne j puis après, qu'A- 
Braham viuc encore lors qu'Anne 
eft bonne à marier ; bien qu ils 
foient éloignés Tvn de Tautre de 



lyo T>es Droits des tj^ariages 
Jfix générations, fieft-ceque tout 
le monde cftimeroit leur conjon- 
(Stion inceftueufe. Or ce qu ellefe- 
roit telle vient fans doute de ce que 
Tautorité paternelle fe prouigne& 
feconferue, ou toufîours , ou au 
moins vn fort long temps par cet- 
te ligne là. Et partant ce que les 
mariages ne font point défendus 
entre les confanguins en ligne col- 
latérale beaucoup plus prés de leur 
commun eftoc^cela vient de ce que 
laconfanguinité s'éloignantdecet 
cftoc paternel dont elledefcend, 
l'image de 1 autorité paternelle fe 
va diminuant , & les charadteres 
s en effafcent. En troifiéme lieu, 
ie n'examine pas à cette heure le- 
quel de ces deux inctUes, du frère 
auec la fœur, oudeponcleauec la 
nièce, & de la tante auec le neueu, 
a le plus de degrés d'horreur & d a- 



Conjtderation matriepne. xyx 
trocitérmais tan t y a que corne nous 
auos veu cy-deflus^le defordre cotre 
nature qui eft en la conion6tion de 
la tante auec le neueu, vient de ce 
que la tante eftant , entant que tan- 
te , naturellement fuperieure , le 
mariage Tafluietit à fon ncueu , & 
ainfîluyfait perdre le rang que la 
nature luy a ordonné. Où cette fu- 
periorité de tante n eft confidera- 
ble, finon en ce quelle a quelque 
reflemblance à lautorité maternel- 
le, &quelleen tire quelque chofc 
par communication. Et partant 
c eft encore le mefpris de Tautoritc 
paternelle & du relped qu on luy 
doit, qui rend ce mariage condam- 
nable &inceftueux. Etparmcfmc 
raifon ce fera la mefme chofe qui 
rendra illicite la conjondionde la 
tante auec le fils de fon neueu jpour^ 
ce qu'encore que le fils de fon neucu 



171 Des Droits des Mariages 
s'éloigne dauantage d'elle, fieft-ce 
que cette participation & commu- 
nication de Tautorité paternelle , fe 
prouigne iufques-'la & encore beau- 
coup plus auant , à Timitation de ce 
qui fe fait en la ligne qui eft abfolu- 
mentdirede. Et dans les mariages 
qui font inceftueux , non plus à 
caufe de la confanguinité , mais de 
lalïinité , il en eft de mefmes. La 
belle fille ne peut époufer fon beau 
père, ni la belle mère Ton beau fils, 
pource que lalliance ou affinité 
imitant la confanguinité , elle les 
oblige à des deuoirs differens & in- 
compatibles, félon la différence des 
relations qui font entre le père & 
Tenfant. Or fi c'eft-là la nature de la 
caufe de la plufpart desinceftes, il 
faut que ce foit la nature de la caufe 
de tous. Car pourquoy & comment 
eft -ce que des conjonctions efti- 



mees 



Cvnjtderation quatriejnie. 2.73 
méesvideufes demefrne façon ^ & 
qui n ont qu Vn nom comun pour 
defigner la nature de leur vice , au- 
royencdes caufestoutà fait diffé- 
rentes de leur defordre & de leur 
iniq^mté ? Certes bien qu*il y euft 
diuerfe^ fortes de diuorce , ce fe- 
ïoyep^ pourtant toufîours mefmes 
ourlemblables caufes qui les ren- 
droyent illégitimes & mauuais, 
comme les duierfes fortes de poly- 
gamie ont des caufes communes de 
leur illégitimité. Eteneftainfi de 
toutes les autres différentes cfpeces 
de péchés quife peuuent commet- 
tre dans la matière des mariages. Il 
y a feulement vne cliofe qui peut 
donner de la peine. Cefl: qu'il y a 
certains mariages entièrement in- 
ceftueux, qui font entre des per- 
fonnes dont les relations font en 
parfaite égalité , & ou par confs^ 

S 



Z74 '^^•^ Droits des Adaridges 
Guentne paroiftpas cette autorité 
paternelle , comme du frère auec la 
îœur , du beau frère auec la belle 
fœuryc'eftàdire , du mary auec la 
fxur de fa femme, & tous ceux qui 
peuuent eftre femblables.Ceux qui 
parlent le plus raifonnablementdc 
c ^s matières , difent que le maria- 
creeft défendu entre telles perfon- 
nes, pource qu'elles s'entredoiuent 
de 1 honneur & du refpe6t ^ lequel 
eft violé par la conjonction matri- 
moniale. Cela eft bien dit : mais il 
faloit expliquer en quoy confîfte 
cet honneur , & quelle en eft la cau- 
fe. Car il y a d^autres gens qui s'en- 
tredoiuent c'e l'honneur , à qui 
pourtant il n'cft pas défendu de fe 
marier enfemble. Et partant il faut 
qu il y ait quelque chofe de particu- 
lier en cet honneur, que le frère & 
la fœur s'entredoiuent , qui leur 



Confdemtîon quatriefme. lyy 
défende cette Goniondion. Ils fe 
doiuentdonc de Thonneur entant 
qu'ils font frère & fœur, & ne font 
frère & fœur fînon entant qu'ils 
font defcendusd'vn inefme père. 
Et partant céthonneur qui leur dé- 
fend de fe marier enfemble , dé- 
pend de là mefme , & s'y doit rap- 
porter. Or quel honneur peuuent- 
ilss entreporter en cet égard, fînoil 
qu'ils voycnt iVn dans lautre Tima- 

frc & la reprefentation de ceux qui 
es ont engendrés , &c qu*ils n'y en 
peuuent voir l'image & la reprefen- 
tation , qu'ils n y apperçoiuent auf- 
fî quelques rayonsde cette authori- 
té paternelle qui leur doiteftrefî 
augufte &fî vénérable ? Comme 
donc la principale raifon qui nous 
oblige de nousabftenir de tremper 
nos mains dans le fang des hom- 
mes, eft qu ils font limage de Dieu, 

S z 



i7<^ T^cs Droits des Adaridzes 
& qu'en eux nous nous Tentons 
obligés de rcfpedter le modèle & la 
caule qui les a produits auec quel- 
ques traits de fa reprefèntation; ain- 
fî la principale & peut eftre Ivnique 
raifonqui nous empefchede nous 
conioindre en ce decrré de confan- 
guinité, eft que nos frères & nos 
fœurs portent Timage de noftre pè- 
re commun y &c quen eux nous 
nous eftimons obligés de refpeder 
encore Tau tonte de ceux qui les 
ont engendrés auec tant de traits 
de leur reflemblance» Et cela me 
femble encore fort clair par deux 
raifons* La première eft , qu'on 
n'eftime nullement licite dépoufer 
fon oncle. Et bien qu'il foit licite 
d'époufer fon coufin germain , fi 
cft-ce que quelquesvnsy liefîtent 
ôc penfent que la chofe n'eft pas 
fansfcrupule. Mais quant aux cou* 



Conjidcration matrîejme, 177 
finsifTiis de germains, nul n'en fait 
fait aucune difficulcé. Sans doute 
pource que cette image du père 
eftant plusviue &c plus récente en 
celuy qui eft immédiatement en- 
gendré de luy 3 elle s'efface & perd 
beaucoup de fa couleur dans la fé- 
conde génération ; & encore plus 
dans la troifîefme. Pofé donc 
qu'Efaii engendre Eliphaz , & Eli- 
phaz Marie ^ & que lacob engen- 
dre lofeph , lofeph regardant Elaù, 
y void encore l'image de fon ayeul 
ïfaac 5 fi viuante & lî récente, que 
s'ilauoit vne tante en^jendrée dl- 
faac également, ileftimeroitladc: 
uoir honorer & refpe6ter comme 
voyant en elle vn rayon de l'autori- 
té de fon grand père , & croiroit 
pécher contre la nature s'il fe ma- 
rioitauec elle, pour ce queleii^a- 
riage la reduifànt à Tegalité , cette 

S3 



tjS Des Droits des Mariages 
lumière deTimage & derautoritc 
paternelle y feroit violée. Maissll 
vient à regarder Eliphaz , pource 
qu entre Ilaac :, qui ell la fouche de 
Ton eilre^& Eliphaz , Efaii eft en- 
tre-moyen 3 il n'y reconnoift plus 
cette image fî diftindbement.Il y en 
void bien encore afles pour le re- 
connoiftre pour parent , mais non 
pour Teftimer fî refpedable qu à 
cette occafîoniltiénepourabfolu- 
mentillicite & mceftueufela con- 
jondion qui la terniroit aucune- 
ment. Ainfî s'il faitfcrupule de 
contra6ter mariage en ce degré, 
c'eft fcrupule feulement , ce n eft 
pas horreur & deteftation de cetrc 
coniondion ^ comme fî la reueren- 
ce à l'autorité paternelle y eftoit 
entièrement renuerféc. Vient-il à 
regarder Marie, laquelle a efté en- 
gçn^réc par Eliphaz^ alors il y void 



Conjîderation quatricfme. 179 
fi peu de refte de cette image de foa 
ayeul, qu'il ne fera difficulté quel- 
conque de répouler j beaucoup 
mouis delà faire époufer à ManaG 
fé fon fils 5 qui ne luy fera point au- 
trement parent, que comme les if- 
fus de germain le (ont h vn à Tautre. 
Ainfi eit-ce du refpeâ: à l'autorité 
paternelle que cela dépend , ref^ 
pedquieft ou n*eft pas inuiolable 
en cet égards félon que les marques 
& les rayons de cette autorité font 
prés ou loin de leur fource. La fé- 
conde eft 3 que dans les générations 
politiques , s'il faut ainfi parler , s'il 
y auoit dmers degrés , il en arriue* 
roitcoutdemcfmes. Car fi vn Roy 
crée deux AmbaHadeurs feparé- 
ment , il faut qu'ils fc refpedent 
lynTautre^àcaufe de l'autorité du 
Prince qui les a créés , & laciuelle re* 
luit en la perfonne qu il en uoyc. De 

S4 



i8o D es Droits des Aîariages ' 
façon qu'il ne faut pas qu'ils agit-- 
fencrvn enuerslautredelamelmc 
façon qu'ils feroyent cnuers ceux 
qui n'ont du tout point de relation 
ni de caradere femblable. Ainfi fe 
doiuent ils honneur & reuerence 
refpeâmement , & s'ils ne fe leren- 
<ientau point que requiert Timage 
de l'autorité dumailtre, laquelle 
eft fraifche & viuante en eux , ils 
pèchent contre lesloix de la police. 
Pofé donclecas, (carie fuis obligé 
de faire de tellcsjuppofitions , & ie 
.prie le lecteur de le trouuer bon, 
pourçe que ie n'ay point en main 
d'autres exemples ) que ces deux 
Ambafladeurs vinflentà créer des 
fubftituts ou des agens , pour les 
employer aux mefmes affaires qui 
leur ont efté commifçs , bien que 
le Prince leur en ait donné l'auto- 
çitç^ bien que ce foyent les mefmes 



Confideratïon c^udtriefme. ' 281 
affaires qui ontcfté commifesà ces 
Ambafladeurs , que ces fubdele- 
gués traictent, bien que peut cftrc 
ils foyent auffi capables que les 
Ambafladeurs mefmes de les bien 
gérer, fi elt-ce qu il s'en faut beau- 
coup que le charadere du Prince 
foit fi viuement empraint en leurs 
perlonnes. Voila pourquoy ni les 
Ambafladeurs n'honoreront pas 
chacun de cesfubftituts à 1 égal de 
ce qu'ils s'honorent réciproque- 
ment, ni les fubdelegués ne fe ren^ 
dront pas entr'eux l'honneur que 
les Ambafladeurs fe doiuent ren- 
dre IVn à l'autre. Que fi ces fubde- 
legués 5 félon le poujLioir que les 
Ambafladeurs leur en auroyent 
donné , venoyent encore à en 
fubdcleguer del.eur part, alors lau- 
torité du Prince en s'éloignant fi 
loin de fon principe, fembleper^ 



iSl ' Des Droits des Mariant 
dre tant de fa vigueur, qu a peine 
feroit elle reconnoiirable. Et dans 
la ligne diredtedeces générations 
politiques le Prince conferueroit 
bien Ton autorité non fur les Am- 
bafladeurs feulement , mais auili 
fur ceux qui auroyent efté fubdele- 
gués par eux. Mais dans Tautre ^ à la 
troifiefme génération à peine les 
collatéraux fe refpeéteroyent ils 
plus les vnsles autres. En fin cette 
confîderation tirera à mon aduis 
tout à fait la queilion hors de dou- 
te. S'il y a naturellement du mal en 
la coniondtiô du frère auec la fœur, 
il ne confîfte pas en ce que c'eft vne 
coniondtioi^ dVn homme auec 
vne femme ; car elle cft toute telle 
en cet égard que celles efquelles on 
ne trouue du tout rien de vicieux,^ . 
Il ne confîfte pas aujGfi en ce que Içs 
circonftanccs qui doiuent eftre oK 



Conf aération quatriejme. 283 
feruées pour rendre le mariage 
honnefte & légitime y ayent elté 
oubliées: car on les y peut obfer- 
uer , & nous pouuons icy prefuppo* 
fer qu'elles y ontefté gardées, il 
faut donc quil confîlle en quelque 
erreur de iugement, &c en quelque 
deprauation d affedions , qui luy 
a fait porter ce defîr d auoir des en- 
fans Jequel eft honnefte & légiti- 
me de foy 3 deflusvh autre objet 
que celuy qui luy eftoit raifonna- 
blemcnt déterminé par la nature. 
Que manque t'ildonc à cet objet, 
pour faire dire que celuy qui le 
choifit pour cela , fe foit trompé en 
fon iugement,& qu ij^ait eu Tes af- 
fe6tionsdeprauées ? Ou qu'y a t'il 
en cet objet qui empefche que Tele- 
â:ion n'en foit légitime ? Ce n'eft 
pas la nature de l'objet ; car c'eftvn 
indiuidu du genre humain ^& par-. 



t84 T^f^^ Droits des zJ^ariages 
tant celuy qui le choifît ne fort 
point hors de fon erpecc. Ce n'eft 
pas le fexe; car nouspreruppofons 
queceftlafœurqiuelt deiiice par 
le frère ^ & partant il n y a rien con- 
tre les droits de la nature en cet 
égard. C'eft qu'elle eil fa fœur ^ ccl\ 
à dire en vn mot , ifîue immédiate- 
ment d Vn meîme père. Or ne peut 
on confiderer cette relation qu'en 
deuxfcK^ons. Ou bien entant qu'el- 
le conftituë égalité entre le frère & 
la fœur , en ce qu'ils ont vne meimc 
nature laquelle ils tiennent dVn 
mefmeeftoc, de forte que iî vous 
les comparés entfcux^iln'y arien 
en r vn qui ne foit en l'autre , excep- 
té la diuerfîté du fexe. Ou bien en- 
tant que ces relations de frer,e& de 
fœur fe rapportent chacune de ion 
cofté à vne tkrce qui leur eft égale- 
ment fuperieure , c'efl à fcauoir çeU 



Cmjîderation quatriefme. 185 
le du père. Si vous la confîderez 
en ce premier égard , elle ne peut 
d'elle -mefme empcfcher que cette 
conjondion ne foit légitime. Car 
y ayant cgaliré entre le mary & la 
femme , & de mcfmes égalité en- 
tre le frère & la fœur, iln Va rien 
dans les fuites de (es relations qui 
empefchent qu'elles ne fe puiflfent 
fore bien accorder en vn mefme 
fujct. Mais fî vous la confîderez en 
la féconde , pour ce qu'alors le frère 
ne confidere plus en fa fœur ce qui 
les confticue en égalité , mais les 
cliaradteres &les rayons de la rela- 
tion du père, auec lequel il eft en- 
tièrement ineo-al , il ne peut penfer 
a 1 epouicr lans raire tort a la reue- 
rence qu'il doit à l'autorité pater- 
: nelle. Car il doit refpe6ler/on père 
& fa mère iufques à tel poin£t ^ qu'il 
porte les tefmoignages de fon ref- 



lie T>es Droits des (tyl<tariag€S 
peâ: non deflus leurs pcrfonnes 
feulement, mais encore defTusles 
perfonnesquien font immédiate- 
ment defcenduës. Ainfilevicequi 
eft au mariage de Tonde auec la 
nièce :, & de la tante auec le neueu, 
confifte en la violation de Tauto- 
rité paternelle , dont Toncle & la 
tante ont vne notable participa- 
tion : & le vice qui eft au mariage 
du frère auec lafœur, confifte en 
la violation de la mefme autorité, 
dont chacun d'eux porte fur fbn 
front la reflexion & Timage» 



287 

CONSIDERATION 

C I N QJ/ I E S M E. 




lujaucs OH la namre a ejlendu la con^ 
Jan^uinite^ lajjinité :, pour cm- 
pejcherles mariages. 

'A efté ingenieufement & 

iudicieufemenc tout cn- 

femble , qu'on a appelle les 

fuites des confanguinités & des af- 

finirés , des lignes, pour ce que 

comme vne ligne n'a qu'vn trait, 

''-la continuation de laconfanguini- 

''té,qui va dVnfeul ellocà fesdelT- 

; ccndans, n a qu vn trait de mefmes. 

•Et bien que peut cftre cette façon 



i88 Des D roits des çS^arlages 
déparier foit née de ce que vou~ 
lanr difpofer en ordre ceux qui 
s'entretiennent enfemble par la 
confanguinitéjOna tiré vne ligne 
deflusfonpapier, fur laquelle on a 
appofc les perfonhes qui dépen- 
dent les vnes des autres , cet artifice 
pourtant ne laiffe pas de s'accorder 
auecla nature de la cliore& auec fa 
vérité. C a efté ingenieufement 
encore qu'on à diuifë ces lignes en 
directe , collatérale y &C meflee. Car 
la dire ite , eft la fuite du père à Ten- 
fantj&delenfantàfonenfant, & 
ainfi confecutiiiement.chacun fuc- 
cedant directement à fon père , & 
engendrant aufïî celuy qui dij:è6te- 
mentluy doitfucceder. Quant à la 
collatérale, on la peut regarder en 
deux façons. Si vous la confiderez 
precifément enelle-mefrofe, elleeft 
auffi direde , & s cftend âà mefmes 

1 cjue 



Conjîderation clnqtikjme. %%^ 
que l'autre par le moyen de la géné- 
ration. Mais fî vous en comparés 
cîeuxenfcmble:, elles feront collaté- 
rales Tvne à l'autre , pource qu'elles 
n'entrent pas iVne dans Taurre, mais 
courent &s'e{lendent à cofté. Car 
ayant leur principe en vn mefme 
ertoCj elles fe diuilent dans les frères, 
&; ievont continuant en leurs enfans- 
Ainiî la reditude de la ligne fe dit 
à regard de 1 eftoc ^ félon que chacun 
remontant, va droit à la fouclie de 
laquelle il eft defcendu. Mais la col- 
lateralitéeft entre ceux qui font def- 
cendus dVn mefme eftoc,non entant 
qu'ils y remontent tout droit, mais 
entant qu'ils fe regardent les vns les 
autres. La meflée tient des deux,com- 
me eft celle de la confanguinité qui 
eftentrelesoncles&les neueux. Car 
'eneueu ^ en ligne direde à leur 
communicftoc ,c'eft à dire à foa 



X€)o Des Droits des fj^ariages 
grand père , qui eft également le père 
de fon oncie, &le père de celuy qui |^ 
engendré. L ontle eftoit au père de 
fon neueu en ligne collatérale. Mais 
pource que l'oncle eft demeuré en fa 
place j & qCi^ quant au ncueuil eft 
defcenduau deffous de celuy qui la- 
uoit engendré ^ fon oncle ne le peut 
regarder ni venir à lùy que par vne li- 
gne oblique, meflée de la dire£te & 
de la collatérale tout enfemble. La 
raifon en eft qu'ils ne font pas Ivn 
deffous l'autre, comme le père & l'en- 
fant : ne l'vn directement à cofté de 
l'autre , comme les deux frères : mais 
en partie deffous &: en partie à cofté^ 
ce q ui fait que la ligne n eft nicollate- 
rale ni direéte proprement , mais 
qu'elle tient en fon obliquité quelque 
chofe de IVri & de l'autre. Neant- 
moins i'eftime qu'il euft efté plus à 
propos de ne faire que deux lignes^ 



Çonjîderation cinquiefme, 25)1 
i Vne direde , & 1 autre collatérale^ 
qui elle mefnle eft dircde àufïi , fî 
vous la confîderés à part , & collaté- 
rale, fî vouslacomparésàcelleàco- , 
fté de laquelle çile s*ell:end. Puis après 
on euft diuife la collatérale en égale 
& inégale , félon les diuerfes fîtua- 
tions des perfbnnes & des generatiôs. 
Car proprement l'oncle ne va point 
au neueu par d'autre ligne que par 
celle qui remonte à foapere, & puis 
redefcend à fon frère, &: de fon frère 
à celui qui enaeftè engendré,,. Efaii^ 
di- je, ne va point à lofeph fînon en 
paflant par Ifaac fon père , &en def- 
cendant d'Ilaacàlacob , & de lacob 
à lofeph lequel en eft iflfuo Ainfi eft 
il en ligne collatérale auec luy , mais 
inégale pourtant , en ce que celle qui 
vient dlfaac à ECiii n'a qu vn degrés 
au lieu que celle qui vient dlfaac à lo^-. 
fe]i)h en â deux. En fin c'eft auec trei-^ 

f i 



2p2- Des Droits des çJMariages 
boneraironqironle^a'diuiféesenccr-' 
tains degrés.pource que par les dcgrcs 
on monte & on defcend, &qued^ail- 
leurs lesdegrés ont accouftumé d'eftrc 
également diftansles vnsdes autres. 
Car en la ligne direde , qui eft la mai- 
flreflede toutes.vous pouuès confîde- 
rer vn mefme home ou entant que pe-. 
re^ou entant que fils.Si vous le côfîde- 
rez entant que fils , comme en mon- 
tant par vn efcalier vous allés du pre- 
mier de^ré fur lequel vous aués mar- 
ché, à celuy qui eft au defTus immé- 
diatement 5 & de cettuy-làa vnautre, 
& de cettuy-là à vn autre encore , iuf- 
ques à ce que vous foyès venu tout au 
haut où il n y a plus à monter: de mef- 
mes de celuy que vous confîderez 
comme fils y vous remôtés à fon père, 
&:defonpereaupere de fonpere, & 
decettuy-làavn autre , iufques à ce 
^ que la ligne fe termine, foit en la ve- 



Conjideratîon cinmieprie, 195 
rite de la choie, corne en la généa- 
logie de ChriltjOÙ fainct Lucre- 
monte lurqucs à Adam ^ toit en vo- 
lire connoilfance ^ qui après vn 
certain degré ne trouueplus les tra- 
ces de ceux par lelquels il faudroit 
aller lufques au commun principe 
de tous. Car il ny a homme en la 
terre qui puiffe iliiure les degrés de 
ia généalogie lufques là. Si vous le 
conlidcrés entant que pcre; ne plus 
ne moins qu'en delcendant par vn 
efcalier vous ne vous précipités pas, 
mais vous allés de melmes de degré 
en degré , ainli allés vous en (muant 
les delcendans , de génération en 
crcneration , & à diitances ér^ales. 
Car CCS diftances ne fe mehirenc 
pas par le temps , mais par le nom- 
bre des perfonnes qui ont e lié en- 
Q;endrées fuccelliueméc les vnes des 
autres. Quant à ces autres lignes 
/• T 3 



X5>4 D^s Droits des Mariage 
collateralçSjConiîderees entant que 
telles, & obliques bu méfiées des 
deux , s'il y en pouuoit auoir aucu' 
ne, ce mot dr degré ne leurcon- 
uient pas h bien j.& s'y pourroit 
tiouuerde i irrégularité d'auatage. 
Neantmoiris poui: quelques reflem 
blances qui fe trouuent entré les di- 
ilances des confanguinités & des 
atfinirés entr'elles, on a aufli appel- 
le ces diilances du nom de degrés. 
Orn'eft-ce pas mon intention de- 
xaminer cette matière fi particu- 
lièrement que quelques autres ont 
fait ^ ni de comparer l^ordrc des de- 
grés que les lurifconfultes ont fui- 
ui , auec celuy qui a efté eftabli par 
les Papes, &fuiui par les Canoni- 
ses. Mondeflein eft feulement en 
continuant fur les erres fur lefquel- 
les i'ay marché iufques icy , d'exa- 
miner en cette cpnfîdcration troi<| 



Confîderation cinquieftne. 2^5 
qaeftions importantes. La premiè- 
re, iufques oùfclon ledroit de na- 
ture , fe peut eftendre dans la ligne 
dire6te,ie refpedde Tautorite pa- 
ternelle , pour empefcher le maria- 
ge entre les afcendans &c les defcen- 
dans. La féconde 5 Lufques ou natu- 
rellement cela le doit ellendre dans 
la ligne collatérale ^ foit qu'on la 
confidere comme égale & inégale, 
ou qu'on y en adjoute vne autre 
meflee j car cela n'a aucune impor- 
tance pour noftre queftion. La 
troifiefme, file droit de nature ell 
auffi bien pourJaffinité, que pour 
la conranguinité,& s'il faut faire pa- 
î^eil iugement de l'vn que de Tautre. 
Or quant à la première de ces 
queftions, on la peut encore pro- 
pofer en deux manières, félon que 
ie voy qu'il y a deux opinions (ur 
ce fujet. Car il y en a plufieurs qui 

T 4 



1^6 T)es Droits des A^ariages 
eilimcnt cjue dans la ligne direde, 
la confancruinité d*entre les afcen- 
dans & les delcendans , dcfend la 
conjonction à perpétuité. De forte 
que 11 Adam viuoit encore main- 
tenant , & qu'Eue fuft morte, il ne 
trouueroit pas auec qui fe marier 
leo-ltimement en toute la terre. Les 
autres eftiment que naturellement 
cela ne va pas fi auant, &qu'aulh 
bien en la ligne dire6le qu'en la col- 
latérale la confano-uinité le termi- 
ne a certains degrcz, mais qua ta 
vcrité elle s'cftend plus loin en la, 
directe. Puis quand il eft queidion 
de définir iufques ou elle peut aller 
pour rendre le ma.nage légitime on 
non^ ils eftiment que cela dépend 
de la mefure de la vie des hommes; 
de force qu'autresfois 5 lors que les 
Patriarches viuoient plufieurs fic- 
elés^ les degrcz défendus alloient 



Conjtdcration cinquiejme, i^j 
plusauant, &c cette étroitte cqû- 
languinité comprcnoit beaucoup 
plusdegeneratiôs. Mais que mam- 
tenant elle en comprend moins, 
pource que ia nature ajufte cela à 
la longueur de la vie des hommes, 
& à la durée de la vertu generatîue^ 
laquelle eil en eux. On peut donc 
auilî propoferla queltion en deux 
fâchons. S'il elt du droit de nature, 
que tandis qu vn homme vit, il luy 
loit défendu de fe marier auec fes 
delcendans. Ou bien , s'il eil du 
droit de nature, pofé que la more 
ne futl point venue au monde, 
que la confanguinité qui défend les 
mariages, dure à perpétuité dans la 
ligne directe. Si nous la conlide- 
rons en cette première manière^ & 
' que nous ayons égard feulement à 
^la durée de la vie telle qu elle eil 
d'ordinaire maintenant, on pour- 



iS^S T)es Droits des Mariages 
roit dire que le droit de la nature 
en cela dépend de ce que la vie de 
riiomme ne peut eftre iî longue, 
qu'elle pafle au delà des gcneratiôs 
dans les degré?; defquelles fe con- 
férue rautliprité paternelle en telle 
forte, qu^elle ne peut eftre violée 
fans péché. Car le ter.me ordinai- 
re des longues vies, eft de foixante 
& dix ou quatre-vingts ans.Or pen- 
dant ce temps-làquy peut-ilauoir 
iînon deux ou trois générations 
tout au plus? Et qui Ceroit fî en- 
nemi du refpedt&del'authorité de 
ceux qui nous ont engendrés, que 
depenrer,lîDieu.nous a conferué 
noftre bifayeul 5 qu'il foit, pource 
que c'eft noftre bifayeul, fi reculé 
de nous, que nous ne le deuion.^ 
plus reconnoiftre pour eftre lori- 
gine de noftre eftre, ni plus le re- 
Ipeder en cçt égard? Mais s'il n y 



Conjîderation cinqmcfme. i5?5> 
auoit que cela,ce feroit pluftoft vne 
rencontre qu vn deflein de la natu- 
re. Pource que la nature ayant dé- 
terminé la durée de cette confan- 
guinité iufques à trois générations, 
il feroit depuis arriué par quelque 
accident que la viederhommene 
feroit pas de plus longue durée. Po- 
fé donc qu vn homme vefcuft cent 
dnquantç ans^ comme il s'en trou- 
lie des exemples dans les hiftoires, 
de forte qu il vift mfques à la cin- 
quielme ou fixiefme génération, 
cette con)on6tion en ce degré ne 
luy feroit pas défendue par le droit 
de la nature. Il eft vray qu'on peut 
dire qu'encore qu'on viue fi long 
temps; il ne s^enluit pas que laver- 
^ m generatiue fe maintienne auec 
rUvie, ni qu'après auoir veula cin- 
^'^"quiefme ou fixiefme génération de 
fcs enfans, on ait befoin de fe re- 



300 Des DroiSis des Mariages 
marier encore. Maisaufïî peut-on 
refpondre que iî vn homme a de la 
vigueur affés pour viure cent cin- 
quante ans 5 il y a beaucoup d'ap- 
parence que la faculté d'engendrer 
lé conferue long temps en luy : & 
qui plus eft, iln'eft pas dit que la 
vertu de la génération, & l'appeck 
de la conjonction foient entière- 
ment infeparables, de forte que la 
dernière ne puiffe fubfîfter fans Tau- 
tre. Enfin, bien que la nature fem- 
bleauoir déterminé aux femmes vn 
certain temps pour engendrer , lî 
n'en a t'elle point déterminé aux 
hommes de telle façon , qu on leur 
puiffe défendre le mariage fous 
prétexte de tel ou de tel âge.Ec quad 
ily auroit quelque temps clairemêt 
défini pour cela, ce que le maria- 
ge leur fèroit défendu alors , ce ne 
feroit pas pourcequetelou^elob- 



Confderation cinquiejmc] 301 
jet fuft illégitime , à caufe de la 
confanguinité ou de lafïinitéj mais 
pourcequ'abfolument le mariage 
auec qui que ce foit 5 ne leur feroit 
pasconuenable. Que fi le nombre 
des degrés dans lefquels la confan- 
guinité fe prouigne , fe multiplie & 
s augmente à proportion de ce que 
leshommesviuét plus long- temps, 
de forte qu'a ceux qui ont autrefois 
vefcu fix oufeptcensans , ilaitefté 
défendu de fe marier auec leurs 
defcendans, iufques après la ving- 
tiefme génération , il y a certes fu jet 
des'eilonnerde cette difpeniatioii 
de la nature. Car puis que comme 
nous auons veu cydellus , ce qui 
empefche la conionâion du père 
auec fon enfant ^ ti\ lerefpeâ: de 
^autorité paternelle , comment 
. !cft-ce que pour ceux qui ne viuenc 
que quatre-vingts ans , la nature a 



3oi , Des 'Droits des ty^^rUges \ 
limité le refped de Tautorité pater- - 
nelle a trois ou quatre générations, 
& que pour ceux quiviuét huit cens 
ans, elle le prouigne iufques a vingt 
ou trente générations toutes en- 
tières ? Mais quelle que foit cette 
difpenfation , elle nous ameine à 
confîderer la queïlion en cette 
fecondemaniere,&à refoudreque 
la confanguinité qui empefclie la 
légitimité de la conjonction , eft 
perpétuelle en la ligne direde. Ce 
que ie prouue par deux raifons in- 
dubitables. La première eft tirée dç 
l'hypothefe de ceux là mefmes qui 
font dans cet autre fentiment. Car 
fi la nature a déterminé le nombre 
des degrés de confanguinité qui 
rendent la conionftion illégitimes 
aueclesdefcendans, à lamefuredc 
la vie de chacun, elle la fait , fans 
doute , pource qu elle ne vouloit 



Conftdcrratîon cinc^uiefme, 30} 
pas qu'homme viuant fe conioi- 
gnift par mariage aucc fes dcfcen- 
dans en ligne dire6te. Pofé donc 
que riiomme eu 11: vefcu deux mille 
ans , il ne luy euft pas efté permis de 
fe remarier ainiî après deux mille 
ans ; & quil en euft vefcu dix mille, 
après dix n^ille noîi plus ; & s'il 
euft vefcu à perpétuité , à perpétui- 
té il en euft efté de mefmes. Or 
pourqucyTauroit elle ainfî voulu, 
îinon pource qu à perpétuité cette 
forte de conjondion eft illégitime? 
La féconde eft , que fi vous permet- 
tez à vn trifay eul , ou à tel autre que 
vous voudrez, depoufer fa petite 
fîllc en la fixiefme génération , le 
mariage la fait en quelque façon 
egaleauec celuy qui 1 epoufe. Oi' 
outre que cette grade inégalité d'â- 
ge répugne aufli en quelque fa^on 
à cette égalité de condition, il s'en 



jo^ Des Droits des Mariages 
cnfuiura vn inconuenient irreme-^' 
diable. C'eft qu'elle deuiendra fu~ 
perieure à fon père & à fon plus 
prochain ayeul, iufques au degré le 
plus proche de celuy auec qui elle 
eft mariée ^quoy que Tordre de la 
naiflancej&le droit de lagenera- 
ti6,la leur rendift félon les loix de la 
nature , abfolument inférieure. 

Venons à la féconde queftion. 
Il y a entre la ligne direde&laU-- 
o;ne collatérale, desrefTemblances 
&c des différences dignes deconfî- 
deration. Et pour ce qui eft des ref- 
femblances , il y en a vne notable 
entre la ligne directe & la ligne col- 
latérale inégale, ou metoyenne & 
meflee^fi vouslavoulésainfînom- 
mer. C^eft que quelle que foit la 
propagation de confanguinité qui 
s y fait, elle imite la diredeençela, 
qu clic eft perpétuelle , &c, qû-ïlle ne 

£e termine 



Conjtderatïon ctnquîej>ne, 301 
fe termine pas à certain nombre de 
générations. Et les raifons de cet- 
te perpétuité font à peu près fem- 
blables aiix précédentes. Car fi là 
nature s'accommode à la durée de 
la vie des hommes, pour prouigner 
la confanguinitc prohibitiue de la 
conjondioniî loin, que pour lon- 
gue que foitla vie, l'autre la (urpaC 
fera tôu(îours,il eft plus que raifon- 
liable qu'il en foit de mefmes à l'é- 
gard de§ oncles &des tantes. De 
forte que il vn oncle Venoit ^iure 
dix mille ans, & iufqucs à perpé- 
tuité, la nature continiieroit touC- 
jours cette propagation, pour cm- 
pefchelr à perpétuité cette conjdh- 
ftiôn, comme dirpropôttionhéc St 
deshonnefte. Puis apres^ quand cet- 
^tC propagation de la confanguini- 
tc nç fe feroitpas de la façon, tou- 
jours If Hefordre s'enfuiuroit-il dé 



^o6 Des Droits des Mariages 
cette forte de conjondion , que 
loncle eftant fupcrieur au neueu, 
il Teft aufïi à rarriere-neueu , & à 
celuy qui vient de Tarriere-neueu 
encore, & en fin , à la fille qui naift 
de cet autre arriere-neueu.Et quant^ 
à la fille, elle eft naturellement in- 
férieure & à celuy qui la engendrée 
immédiatement, &: à ceux qui ont 
engendré fon père. Si donc elle 
vient àefpouferfongrandoncle,le 
mariage lareduifant aux termes de 
Tega^^é auecluy, la rend fuperieu- 
re à tous ceux à qui elle eftoitau- 
parauant inférieure par le droit de 
la nature. Ce qui eft vn defordre 
manifefte, commis alencontre Je 
fes loix. Mais cela paroiftra encore 
mieux, fî nous venons àobferuer 
les différences qui font entre ces 
deux lignes. Or y en a t'il deux 
tres-confiderables. LVne eft celle 



Confderation cïncjuiefme. y^y 
du refped; que fe doiuent les per- 
fonnes lefquelles y font confti- 
tuces. Car en la ligne direde , le 
refped: que l'enfant doit au père , 
cft abfolu 5 Ik. a pour vray &c abfolu 
objet, la perfonne du père , & la 
perfonne deTayeul^ & la perfon- 
ne du bifayeul , & celle du tnfayeul 
encore ; pource qu'en elles refide 
véritablement la fuperiorite & Tau- 
thorité paternelle. Comme en cet- 
te fubordirutiond'Ambafladeursi 
dont i*ay cy-deflTus propofé Texem- 
ple , le dernier fûbdelegué honore 
celuy qui la ellably, pource qu'il 
void en luy de la fuperiorite à fon 
égard, & honore de mefmesla per- 
fonne du Roy qui la crée ^ pource 
qu il y en void auffi. Mais en la li- 
gne collatérale, le refped que les 
collatéraux fe doiuent 1 vn à Tau tre, 
ieft relatif^ &napasproprementli 

Yt 



5o8 T)es Droits des Manager 
perfonnc à laquelle il fe rend pour 
objet , dautant que ce n*eft pas en 
elle que la fuperiorité a fon propre 
fîege. Il fe rapporte à leur com- 
mun principe, comme à fon vray, 
naturel^ & dernier objet, qui a en 
foy la fuperiorité , & qui la com- 
munique aux autres. S'il y a quel- 
que autre forte de refpeâ; pour 
quelques qualités qui leur font per- 
fonnelles, & qui refident en eux 
proprement, il n'empe/che nulle- 
ment le mariage , s'il n'y a de la 
confanguinité. Ceftle refped deu 
à la feule confanguinité qui rend la 
conjondion illégitime. Puis donc 
que ce qu on appelle refpeâ: & hon- 
neur , regarde fon objet comme 
quelque chofe de fuperieur,chacun 
des collatéraux ferefpedtaijt com- 
me parent , il faut qu'ils confide- 
rent cette fuperiorité , non en la 



Conjîderatîon cinquicjrne. ' 30^ 
perfonne collatérale proprement^ 
mais en celle en qui elle a fbn fie- 
gc, qui elt leur commun principe. 
L autre différence cil en ce qu en la 
ligne dircLte, les relations qui font 
entre lepere&leniant, (ont iîm-- 
pies: de iuperiorité, de la part du 
pere,auec le droit ^l'authorité de 
gouuerner : d'inferiorité^dela part 
de Tenfant, auec obligation d'hon- 
neur & d'obeïflfance. Dans les 
collatéraux il y a deux relations 
meflees. LVne eft celle de fupe- 
riorité, à caufe du principe duquel 
ils font defcendus , qui leur com- 
munique fon image , & félon la- 
quelle chacun des collatéraux doit 
de l'honneur à fon coUateral^à cau- 
fe de lauthorité paternelle quilrci- 
prefence. L'autre , celle d'egalitè, 
entant qu ils font collatéraux , & 
dVne condition à peu près pareil- 

V 3 . ' 



jio, • T>es Droits des zy^ariages 
le. Car dans les lignes dans lefquel* 
1 es vous les conftuuez, vous les pou- 
uez confîderer ou bien félon qu'ils 
fe rapportent au père , enquoy la 
fupenorité paroift, ou bien en vne 
ligne tranfuerfale, qui fait qu'ils fe 
regardent IVn iautre diredement;^ 
&c visa vis, comme ils font repre-- 
fencçz en ce Diacrramme. 

ifaac 



\ iXm—' — -lacob 

Car la ligne qui les conjoint ea 
Ifaac , fait que lacob doit confîde^ 
rerifaac & Efaii^commefice ne- 
ftoitàpeupresquVne mefmecho- 
fe y à caufe de Tautorité paternelle 
qui refîde proprement en Vvn\ & 
dont Timage reluit en Tautre. De 



C onjideration cinquiejme. 311 
forte que lacob honore Ifaac^cooi- 
meceluy qui eft le propre objet de 
fon refpect & de la vénération, à 
eaufe de la fuperiorité qui refide en 
fa perfonne ; & honore Efaii d'vn 
honneur comme relatif, à caiile de 
l'image de cette fuperiorité qu'il 
porte. Efaii d autre cofté en doit 
faire de mefme à regard de lacob, 
& pour les mefmes raifons en pareil 
degré , excepté ce qu'il y peut auoir 
d'inégalité entr'eux à caufe, du droit 
d'aifneflfe , duquel il faudra dire 
quelque chofe cy après. Mais la li- 
gne tranfuerfaLe,qui fait qu'ils s'en- 
tre-regardentvisa vis, monitrele- 
galité qu'ils ont entr eux en vn a\i- 
trc égard : c'eft que véritablement 
ils ne font point procédés iVn de 
l'autre, &: que la nature lésa collo- 
ques entant que frères en mcfme 
rang. Ainfî il y a des relations mef- 

V 4 



311 T>es Droits des Adariagts 
leesen eux ^ & de la refultent manU 
feftementdeux chofes. Lvneeft, 
ce que ie difois tantoft de la rçlation. 
qui eft entre l'oncle & le neueu, 
ç'eft qu elle fe prouignç à perpé- 
tuité, comme celle qui eft entre le 
fils & le père. Pour ce que la ligne 
en laquelle eft roncle , nedefcen- 
dant pas iufques au neueu y le ne- 
ueu qui dans ce Diagramme eft 
lofeph 3 nç ifaac 

peut bien confî- p '^'^ ^ 

derer fon oncle ' .. -' 

^r- r tlau lacob 

Eiau , Imon ou 

en la pcrfonne de lofepli 

fon aycul IfaaG, duquel ils font de- 
fcendus comme d Vn commun 
principe , ou en la perfonne de fon 
père lacob :, duquel ils ne font pat 
defcendus tous d^ux à la vérité, 
xnais en qui neantmoins il eft obli- 
gé de rhoi>orer. Car lacob inefme 



Confderation cinmtejme. 313 
a deu hqiiorer Efaii , à caufc du 
rayon de Tautorité & de l'image pa- 
ternelle. Or ert il bien raifonnable 
(jue lacob ait tranfmis cette obli- 
gation à fon fils lorcph, & qu'en 
cet égard lofeph honore Efaii de 
mefine. Et de plus, la nature ayant 
il eftroittement conjoint Efaù & 
lacob, quilsne font quafi quVne 
niefme cliofe à caufe de la proximi- 
té de leur fang , lofeph ne peut 
confiderer/on père comme il doit 
^uec honneur & refpeâ: , qu'il 
n'honore Efaii de mefme. N y ayât 
donc entre lofeph & Efaii aucune 
egahté, m aucune hgne tranfuerfa- 
lequi fafle qu'ils fe regardent vis à 
vis en vnefituation pareille, il n y 
du aura non plus entre Efaii & les 
enfans de lofeph , ni entre Efaii &c 
lesenfansdes enfans de lofeph , & 
ainfî iufques à l'infinité des gène- 



314 D^s Droits des Mariages 
rations fubfequentes. L autre chofc 
cft,que dans la ligne collatérale 
' egale,danslaquelllcilya deux re- 
lations meflees , celle de Tuperion- 
tk , qui fe confidere à Tégard du 
commun principe^ fe va naturelle- 
ment afibibliflant , à proportio de 
ce qu on s'éloigne dufujetoû pro- 
prement elle relîde : au lieu que 
l'autre relation d'égalité fe confer- 
ue & fe fortifie. Ce qui fait que tan- 
dis que cette image de l'autorité 
paternelle eft proche de fa fource, 
comme dans les frères immédiate- 
ment iffus dlfaac, elle l'emporte 
par deffus la relation de 1- égalité , & 
empefclie la légitimité de la con- 
jonition. Mais quand elle s'en eft 
éloignée. en s'affoibliffant &fc di- 
minuant comme iaydit, &! autre 
fe conferuant &fe fortifiant , quoy 
que peut eftre il en refte allés pour 



Confderation cinquicfme. 3 1 j 
obliger à reconnoiftre quelque pa-. 
rente, fîeft-ce que c*e{t en telle fa- 
con qu elle n'empelche pas que la 
coniondion entre des perionnes 
réduites à vne fi grande égalité , ne 
foit légitime. Reftent donc icy 
deux difficultés. LVne, comment 
cela fe fait que cette image de l'au- 
torité paternelle va s'effacjant en s'e- 
loignant. L autrç , iufques à quel 
point elle fe maintient en aifesde 
vigueur , pour empefcher que la 
coniondion ne foit légitime , &c 
quand elle commence à eftre telle- 
ment eiïacee, qu elle ne l'empefclie 
plus légitimement. Or quant à la 
première de ces difficultés, il faut 
icy mettre grande dillindion entre 
^apropagatlon deschofesabfolucs 
'en elle mefmes , & la propagation 
dtsrelatiues. Quant aux abfolucs, 
elles fe piouignent toutes entières 



ji6 Des Droits des ^JMariages 
par la génération foie naturelle, foie 
politique. Naturelle premieremêt. 
Car tout autant d'autorité qu'vn 
père a defTus fon enfant , tout au- 
tant en aura ce fils là deffus l enfant 
quil engendrera , &cetroificfme 
deflusvn quatriefme, iufques à Tin- 
fini \ & iamais cette autorité ne s'af- 
foiblira par la propagation. Politi- 
que auflî. Car îautorité Pvoyale eft 
toute telleen la perfonne qui règne 
auiourdliuy , qu'en celle de celuy 
qui la précédé ;, &c fera toute telle 
encore en la perfonne de celuy qui 
viendra après , de quelque fac^on 
quil luy fuccede^foit parla naiC- 
fance, ou par leleition:, ou en quel- 
que autre manière que ce puifle 
élire. Mais quant aux relâtiues, 
pource qu elles ne fe communi- 
quent finonauec quelque dimimi- 
tion de ce qu elles font en leur prin- 



Canfîderdtion dnqukjmri 317 
cipe , il eft de la dirpofîtion de la 
nature qua mefurc qu'elles s'éloi- 
gnent de leur fource ,elle saillent 
aufïî affoibliflant & diminuant pa- 
reillement. Pource que le premier 
principe d où elles découlent ^ ne 
les peut communiquer toutes en- 
tières y &c ne les prouigne qu'auec 
quelque déchet de leur ellre & de 
leur vigueur j celuy qui ne les a, par 
manière de dire, que par emprunt, 
les comuniquera beaucoup moins 
en toute la force & en toute la me- 
fure dans laquelle il les a receues. 
lay cy deflTus nommé ce que les frè- 
res doiuent refpeder les vns dans 
les autres , de ce nom de reprcfen- 
tation &c d'image , & ne penfe pas 
qu'on puifle employer vn terme 
plus propre pour cela. Teftime 
donc qu il cft à propos que nous 
voyions fî dans la nature , &c dans 



3i8 Des Droits des z^armges 
les arts , & dans la police encore, ou 
ilfetrouuera des images &desre- 
prefentations , ce que ie dis ne fc 
rrouuera pas véritable. 

Pour commencer par les chofes 
naturelles, la lumière eftvneinia* 
ge des corps lumineux,& celle met 
me du Soleil, n'eft autre chofeque 
Timage de fon corps, la chofedu 
monde la plus, & peut eftre la feu- 
le véritablement lumineufe d'elle 
mefme. Or eft-il certain que cette 
image là ne fe communique point 
fi grande aux autres corps qui la 
reçoiuent , qu elle eft dans celuy 
du Soleil , comme il appert de la 
Lune , dans laquelle elle eft fans 
comparaifon plus imparfaite & 
plus bUfarde. De la Lune elle fè 
jrefpànd tellement deflus les autres 
corps inférieurs , qu'il n y en a au- 
cun qui par la reflexion qui s'y en 



Conjtderathn cinquiefme, 31^ 
fait, la rendeen pareille mcfure de 
force & de fplcndeur , qu elle cft 
dans le corps delaLuncmefmc.Ec 
s'il y auoit quelque autre corps op- 
pofé à la terre, fur lequel la lumiè- 
re que la terre reçoit de la Lune , 
peuft rejailir, elle y feroit epcotp 
beaucoup plus fombre& plus ob- 
fcure qu elle n eft en la terre mcf- 
mc Dans les arts il en eft ainfî. 
.' Vn portrait fait fur le naturel, eft 
vnouuragedu Peintre à la vérité, 
mais c'eft auflî en quelque fa<^on 
louurage du vifage naturel dont le 
Peintre a voulu reprefcnter l'ima- 
ge. Pource que c'eft luy qui a mis 
dans Tefprit du Peintre Tidee de ce 
qu ileft, & qui par Tentremife de 
fon pinceau la imprimée dedans le 
portrait. Mais ni Tidee que le 
Peintre en a conceuë, n'eftiamais 
entièrement égale au naturel , ni 



31© Des Droits des Mmàgel 
celle qii*il imprime dans le por~ 
trait ne reprefente iamais parfaite- 
ment ce qu il en auoitconcjeu en fà' 
penfce. Àinfî Timage qu'il en a dans 
la fantaifîe eft auec déchet du natu- 
rel 5 & le portrait quil en fait eft 
ajiec déchet de ce qu'il en a dans la 
fantaifîe. Qu/vn autre peintre fafTc 
après vn autre portrait du mefmc 
vifage defl'us ce premier là , il ne 
f^auroit fi bien faire qu'il le repre-^ 
fente entièrement , & y aura encore 
en fon ouurage quelque defeâ:uo- 
fité^ plus grande que dans l'image 
précédente. Qufvn troifiefme pein- 
tre trauaille fur ce fécond portrait, 
Tidee du naturel y fera encore 
moins bien reprefentée,& ainfî à 
mefare que les ouurages s'éloigne- 
ront de leur principe, cette itiiage 
ira tellement fe diminuant &<i'éjfFa- 
^ant ^ qu'en fin à peine y demeurera 

til 



Confideration cïnc^uiepnCo 5iî 
t'il aucun trait qui luy reïïemble. 
Dans la police finalement il en va 
de mefmes.Car les officiers qui font 
crées immédiatement par le Roy, 
reprefentent bien fon autorité^mais 
ce n eft pas en la plénitude en la- 
quelle elle refide en fa pe'rfonne. 
Et pofé que ces Officiers ayeht là 
pui (Tance d'en créer d autres, 1 au- 
torité du Roy y parôiftra à la vé- 
rité , mais ce fera beaucoup moins 
encore qu'en ceux quiauoient efté 
crées par luy imm^ediatementj & 
àinfî confecutinementelie fera tel- 
lement affoiblie en ceux auc- ces 
féconds auront inftituez,quà pei- 
ne y fera t'elle reconnoiflable: 
Pourquoydonc en cette propaga- 
tion de la confanguinité dans lalir 
gnc collatérale , n'arriueroit - iî 
'point quelque cliofe de fci^^blable; 



3Z1 Des Droits des Mariages 
puis que cette confanguinitan'eft 
rien finon Timage de lauthorité 
paternelle^ & quelque rcfplendeur 
qui en reluit fur les enrans ? Et 
la raifondecelane femblepasmal- 
aifee à rendre. Siauec fa lumière 
le Soleil communiquoit fon pro- 
pre corps , de forte qu'il engen- 
draft vn autre Soleil^ce fécond So- 
leil auroit autant de lumière que le 
premier, & le troifîefme, que ce 
{ècond engendreroit, autant enco- 
re. Si Timage du vifage que le 
Peintre reçoit en fon imagination, 
auoii^la mefme force qu'a la fc- 
mence que la femme l'échoit en con- 
ceuant, comme celle-cy produit 
vne nature toute fem.blable à celle 
de Tengendrant^ celle-là produi- 
roitvne idée parfaitement égale au 
naturel mefme. Si le Roy creoit 



Cenjîderatiôn cinmiejhte. 513 
vn Officier qui fuft Roy comme 
luy , comme il y a eu des Rois & des 
Empereurs qui en ont aflbcié d au- 
tres aucc eux au Royaume & à 
TEmpire , ce fécond Roy auroic 
égale autorité auec luy^&c lapour- 
roit communiquer égale à vn troi- 
fîefme Roy, lequel il créeroit en- 
core. Mais toutes ces chofes ne fe 
prouignent point elles mefmes 
réellement ; ce font leurs images 
feulement qu elles communiquent. 
C'eft à dire, elles neproduifentpas 
des chofes de mefme nature auec 
elles, elles fe contentent de répan- 
dre feulement leurs images & leurs 
reprefentations fur d'autres fujets. 
^Rendons s'il eft poflible la chofe 
comme vifîble en f exemple dlfaac 
&:dc fcs enfans. 

Xt 



3X4 T)es Droits dos nyklariages 
Ifaac 



T _ r 

lofeph, Eliphaz 



Manaffé Tcman. 

En ce Diagramme lofeph confî- 
derera en fon père lautorké pater- 
nelle toute entière, pourcequ elle y 
eft telle en fon égard , qu'elle ett en 
Ifaac à regard de lacob. Pource 
que Ifaac engendrant lacob ^ & Ic 
produifanttoutfemblableà foy en 
ce qui regarde lofeph, f car lacob 
engendre ïofeph tout de mefmes 
qu il aefté engendré par Ifaac fon 
père ) lautorité paternelle n'y fouf-^ 



Confideration cmquicfme. 31J 
fre diminution (quelconque. Au 
Ueu qu'Efaii ne la coniîderera en 
lacob que comme vne image &c 
vne chofe iclaciue feulement^pour- 
ce qu'à légard d'Efaii Ifaac n a 
point engendré lacob , entière- 
ment (emblableà foy , ceftà dire 
auec la nature &: la qualité de père. 
Car lacob n engendre point Èfau, 
au lieu qu il engendre lofeph. Ni 
lacob ne la coniîderera non plus 
iînon diminuée &c relatiuc en Efaii, 
au lieu qu Eliphas la confîderera en 
Etàii toute pleme 6c toute entière, 
lofeph &c Eliphas ne laconfidere- 
ront non plus l'vn en lautrcfînoû 
fortaftoiblic, & beaucoup moin- 
dre encore qu clic n'elloit en lacob 
&: en Efaii quand ils s entreregar- 
doyent. ManaiTé & Teman la re- 
connoiftront encore beaucoup 
moindre l'vn dans l'autre & ainlt 

X3 



5 i(j lyes T)foks des Mariages 
confecutiuement ceux qui vien- 
dront après eux ^.iufques à ce qu'en 
fin elle fe perde tout à fait. 

Pour ce qui cft de la féconde de 
ces difficultés ^ deux chofcs font icy 
fouuerainement confiderables.LV- 
ne eft , que dans les loix que Dieu 
a données au dix-hui£tiefme du 
Leuitique>pourladefignation des 
degrez prohibez dans la confan- 
guinité, il ne défend point la con- 
jonction entre les confins ger- 
mains, & en fuite de ce que cela 
neft point défendu, il s'en trouue 
en la parole de Dieu des exemples 
depuis la Loy donnée. Or auons 
nous veu cy-deflus que les loix du 
Lcuitique en cet égard, font de Tin- 
ftitution de la nature , & non du 
droit pofitif. De forte qu*il y a 
grand fujet de croire , que Dieu 
qni eft lauteur de la nature, & qui 



Confideration cinqmcfmc. 31-; 
en fixait tous les tcnans &:lesabou- 
tiffans, nous a vouKi donner à en- 
tendre que ce rayon derauthoritc 
paternelle, qui reluit dedans Icsen- 
fans, s'arrelte là prccifémentjpour 
ce quiell: de Ton elricace à rendre les 
mariages illeeitinics. Car pour le 
refte, il eft certain que la conlan- 
guiniré fe prouigne plus auant, 
comme pgur ce c]ui cil des autres 
deuoirs de parenté, & mefmes du 
droit des fucceflions, dequoyi.e 
nay point entrepris de parler en ce 
traitcé. L'autre chofe confidcra- 
bleicy cft, que par les loix des lu- 
rifcoufultes le mariage d*entrc ks 
frères cH: défendu ^ comme auiïi cc- 
luy d'entre l'oncle & la nièce, & la 
tante &: le neueu.Car quant à ce que 
Claudius fît valider ce mariage par 
Arreft du Sénat, afin quil peull: ef- 
ppufcr la nièce , fille de Germani- 



32§ Des Droits des Mariages 
çwSy c eft vne chofe extraordinaire , 
entreprifc contre les droits de la na-' 
tare , que les Romains auoient ob- 
feruez lufques alors y & qui a efté 
corrigée par les Empereurs fubfe- 
quens^ &c par le confentemeat des 
lurifconfultes. Ce qui eft encore vn 
argunient que la nature leur auoit 
appris que ces mariages font ince- 
ftueux. Mais quant à ctux d aitre 
les confins germains^ il en a bien au- 
trefois eftè fait quelque fcrupule 
entre les Romains , mais neant- 
moins cette opinion _, qu'ils font 
permis, la vniuerfellemcnt empor- 
ce par le çonfcntcment des fages, 
Ainfi n'en eft- il relie doute quel- 
conque ni hefitation entreux. En 
quoy femble encore paroiftre Tin- 
ftitution de la nature , & ce dau- 
tant plus clairement, que les luriÇ- 
conlulccsji auoient du tout poiat^- 



Confdcration cinqmefme. 319 
oui parler de laLoy deDieu^&na- 
uoieiu pu receuoir d'elle aucun pré- 
jugé pour en difpofer de la forte. 
Cei'caincmenc ce ne peut elhe par 
hazardquilfe foie rencôtrc fi gran- 
de conuenance encre Dieu ik eux 
en cet égard. Il faut que Dieu aie 
ainfii donné fcs loix conformément 
a la nature, pourcequ il en ellTau- 
theur -y &: que les lurifconfultes 
l'aycnt amfi ordonné, pource qu'ils 
en ont apperccu quelque raifon en 
la mefme nature encore. Quelle 
donc pourroic elle eftre ? Pour la 
trouuer, iecroy qu il fera à propos 
derepalfer fur les exemples que lay 
cydellus mis en auantde la propa- 
gation des chofes relatiucsdansla 
nature, danslesarts, &dansla po- 
lice humaine j pour ce que de ii 
nous tirerons quelque écïaircifl^e- 
mcnt pour noftre fujct. Et ie prie 



330 Des Droits des Martaz^É 
cncor icy le Icâ:eur de rrouucr bon- 
nes ces reflexions, pour ce que ie ne 
voyricn de plus commode pour 
rUluftrationde cequeieveuxdirc. 
Cette communication de lumière 
qui fe fait du Soieil à la Lune , eft 
de telle forte, que quand laLunela 
nous rcnuoye dcfllis la terre , nous 
rappelions , non la lumière du So- 
leil , mais la lumière de la Lune. 
Non quefi nous auons égard à fon 
premier prmcipe, ce ne (oitla lu- 
mière du Soleil i mais pourcc qu'il 
n'eft pas de la difpofi tion de la na- 
ture , que nous recourions aux 
principes plus éloignés ^ quand 
nous pouuons regarder aux pro- 
chaines caufes des effecSIs defqucls 
nous fentons reflicace. Qpelelec- 
teurme permette donc de me figu- 
rer icy qu'il y a vn Soleil qui fe no- 
me Ifaac, deux Lunes dont Tvne 



Confdcration cinquiefme. 331 
s'appelle lacob & 1 autre Efaiu , & 
dcuxterrcs,dont Tvne qui s'appelle 
lofcph résolue fa lumière de lacob, 
& l'autre qui s appelle Eliphaz , re- 
<joiue fa lumière d'Efaii, félon cet- 
te figure. 

lacob ^ 



ac 




le dis que fi lacob regarde vers 
Efaùjil dira qu il void dans Efaii la 
lumière de la Lune à la vent é,pour- 
cc qu^elle y refide alors: mais il dira 
aurîî que c'eft la lumière du Soleil 



352. T)c$ Droits des tj^ariag^s. 
quiyrefplendic ;& fi Efaii regarde 
vers lacob , il en dira de mefme. 
Pource quc& Tvii ôilaucre revoie 
immédiatement cette lumière du 
Soleil. Mais fi lofeph regarde 
vers Eliphaz , &c Eliphaz vers lo- 
feph , alors Ivn dira qullvoid en 
fon collatéral la lumière d*E(liu,& 
Fautre qu il void en fon collatéral 
la lumière delacob^ quoy que l'vne 
ôclautrecefcendc du Soleil Ifaac. 
Mais pource qu elle ne defcend à. 
Eliphas & à lofeph que par Tentre- 
mife d'Efaii ôc de lacob, & que la 
nature ne veut pasqu oniaute aux 
caufcs reculées , quand on (e peut 
arrefter fur déplus prochaines , il 
conuiécàfa difpoiition & qu'llsen 
penfent & qu'ils en parlent ainfî. 
Si donc cette lumière cft l'image 
de lautorité paternelle j n eftant 
plus tant coniîderee en lofeph & 



Confîderatïon cinqmefme. 335 
en Eliphaz comme procédante dl- 
laac que comme procédante de la- 
cob & d'Efaû, elle n y doit pas auoir 
pareil ciFeâ qu'elle en a en lacob & 
en Efaii , perfonnes qulfaac regar- 
de immédiatement, & fur lefquel- 
les il répand prochainement fa lu- 
mière. La mefme chofe fe peut illu- 
ftrerparla confîderationHece^qui 
arriue dâsles arts.Car le portrait qui 
eft fait fur le naturel , eft le portrait 
ou l'image de l'a chofe reprefentee. 
Celuy qui eft faitfur cettuy-là, por- 
te bien à la vérité Tim âge du vifage 
qui y eft reprefenté :m ais tantya, 
comme on a accouftumé de parler^ 
c*eft le premier qui eft le portrait 
original , cettuy cy n'en eft feule- 
ment que la copie. Et s'il eft permis 
de parler en termes derècole^ab- 
folument& par foy mefme , c'eftla 
copie dVn original , pourceque le 



354 ^^^ Droits des çjZimageÈ 
peintre a eu deflein de rexprirrier; 
par accident, c*eft Tirnage de celuy 
que i original reprefente , pource 
qu'il eft arriué amfî que cet origi- 
nal que le peintre a voulu expri- 
mer , auoit les traits, & le teint, & 
ieslineamensde cevifage. Donnés 
donc, ( car i'efpere qu'en ceschofes 
pour lefquelles ie ne puis tirer d*é- 
claircifTement d'ailleurs que de ces 
fuppo(îtionS:,on me permettra de 
les.fairej donnés , di-)e à deux ori- 
ginaux ttrez fur vn mefme vifaje, 
delaconnoiflance& du fentiment 
de l origine de leur eftre , ils s'entre- 
honoreront reciproquemêt^^à caufe 
deTimagedeceluy qu'ilsreprefen- 
tent. Maisdonnczà deux copies 
tirées fur ces deux originaux, quel- 
que intelligence de ce qu elles font, 
pour ce qu'elles rapportent leur 
cftre immédiatement chacune a 



Conjîderation cinquiefme. 355 
fon original^ & que ces originaux 
ne font point alcernatiuement la 
caufe de leur propre exiftence , & 
que la première & commune cau{e 
de leur exiftence , qui eft le naturel^ 
cft reculée d'elles , & ne vient à elles 
que par lentremife d autruy , elles 
nepeuuentauoirentr'ellesles mef- 
mes reflentimens qu'ont les deux 
originaux^quandils feconfiderent 
refpediuement Ivri l'autre. Fmale- 
métlamefme chofeparoift encore 
dans la police.Car ces dei^ Ambai- 
fadeurs créez immédiatement par 
le Roy , refpedtent chacun en fon 
compagnon le charadere & lau- 
thorité du Roy, qui y reluit clai- 
rement, pource qu'elle en eft im- 
médiatement decoulec. Au lieu 
que leurs fubdeleguez, s'ils en font, 
quand ils viennent à conlîderer 
qu'ils n ont point de commun prin- 



3^6 Des "Droits des ^J^ariages 
cipe de leur inftitution, fînon elïoi- 
gné, & qui ne leur infpire rauthori- 
té que par rentremife de ceux qui 
lesontrubdeleguezfeparémentjS'e- 
ftiment bien obligez de refpeiter 
chacun celuy qui la créé, & en Ùl 
perfonne lauthoritédu Roy enco- 
re ; Mais quant à s*entr'honorer 
refpeâiiuement, bien qu'ils le faf- 
fent, fi le font-ils pourtant beau- 
coup plus foiblement que ne font 
les deux AmbalTadeurs , en qui 
l'impreflion du chara6tere de l'au- 
torité du Koy^ eft prochaine & im- 
médiate. 

Rcfte la troifiefnie qUeftion 
touchant les affinités, fx pour elles^ 
aufïi bien que pour les confaïigui- 
nités , il y a quelque droit eftably 
par la nature. Icy donc il faut 
confîderer premièrement le fonde- 
ment desaffinités. Secondeiriènti 



Conflagration cinqHtefme, 337, 
les affinités mefmcs, & les reUcions 
qu'elles pojrtent auec elles. Et fina- 
lement les réflexions de ces affinités 
là , & iufques où elles fe peuuent 
eftendre par le droit de la nature^ 
pourempefcher la légitimité de la 
conjondion. Pour ce qui efl du 
fondement de raffinité^ c'cil le ma- 
riage, qui n'efl pas proprement af- 
finité luy- mefme entre les perfonr. 
nés qui le contradent, mais la caufe 
de toutes les affinités lefquelles en 
defcendent. Et de ce mariage nous 
auons ditcy-deflfus qu'il fait les 
perfonncs qui le contractent y & 
vues entr'elles , & vues en TefFed 
que leur conjondion produit^ à 
fçauoir leurs enfiins. Vues, dy-jc, 
non d'vnion politique feulement; 
ce qui confifte en quelque cdnjon- 
dion d'afFedions&deVolonrcs, à 
caufe de la communion de cercai- 

y 



558~ T> es ^Droits dés Adariages 
nés loix , & de la fôcieté qu'on à en 
quelques certains auantages. Mais 
d Vn ion naturelle auflî , ce qui con- 
fîfte en la participation de mefme 
chair & de mefme faiig. De forte 
que comme fî les mams auoyent 
quelque intelligence & quelque 
fcntiment de leureftre^ iln'yau-^ 
roit pas feulement vnion politique 
entr'elles^en cequ elles fe ioindroyéc 
cnfemble pour la produ6tion d vjrt 
mefme ouurage par vne cômune 
operatiô^ElIes lëroy ent encorevnes^ 
ço me elles font, parce qu elles parti- 
cipent a mefmefang,amefmes ef- 
pritSj& à mefme vie. Aufïi Thome & 
la fem me ne font pas feulement vne 
mefme chofe en ce qu ils fe conjoi- 
gnent volontairement pour lapro- 
du£tiô de mefmesenfans:>mais aufli 
en ce qu ilsdeuiennentefFeitiuemcÊ 
participans de la chair & du fang 



Conjtderation cinquiejme. 33$ 
IVn de lautre. Encore y a t'il cette 
différence entre ces deux commu- 
nions, que les deux mains ne font 
C|ue quelques vnes des parties du 
tout quelles compofent, & dont 
elles dépendent comme telles, il y 
en a encore plufîeurs autres qui ne 
font pas ni moins nobles, ni moins 
neceflaires. Au lieu que l'homme 
& la femme font tellement vn en- 
femble , qu'il n'entre rien qu'eux 
en leur communion, & qu ils font 
les feules parties de ce tout lequel 
ils compofent De cette vnion, 
pour venir au fécond poindt^naif- . 
fent les affinités, & les relations qui 
en dépendent: naiffent, dy- je, c'eft 
à dire, fe'prouignent haturelle- 
ment, car cette propagation eftaf- 
feurément du droit de nature. 
Pourcequcfi la confànguinitcqui 
êik entre îofeph &Dina^ eftnatu- 



340 Des Droits des Mariages 
relie , en ce qu'ils font frère & fœuf^ 
produits dVnmefme père, & créez 
d Vn mefme fang, &fî la conjon- 
ction entre Sichem & Dinaeft na- 
turelle encore , en ce qu ils font 
tnary& femme, il faut necelTaire- 
ment que la liaifon entre lofèpli & 
Skhem, laquelle (c produit de ces 
deux communions , foit naturelle 
Ac mefmes, ou bien qu'il ne s'en 
produifc du tout point, Ornya 
t'il point d apparence de dire ce 
dernier. Car comment le mary & 
la femme pourroient-ils eftre fî 
étroittement conjoints, qu ils ne 
deuiennent quVn, fans fe rendre 
îvn l'autre participans des relations 
que la nature leur auoit aupara- 
uant acquifes?Certes ils engendrent 
tellement leurs enfans conjointe- 
ment, qu'encore que ni Ivn ni lau- 
tre ne foit la feule caufe de la pro- 



Confderation cînquiejrne, 541- 
duetion de leur eftre , ôc qu ils y 
ayem leur part également , fi eft- 
ce que la confanguinicé de la mère 
d vn collé , & laconfanguinité du 
père , de lautre, fe prouigne dans 
la perfonne toute entière de leur 
enfant. De forte que fi on y pou- 
uoit daftingucr ce qui ;f eft du pè- 
re d'auec ce qui y eft de la mere^ 
& le confiderer diuisément,Gequi 
y eft du père demeureroit partici- 
pant delà confànguinité de lame- 
re, & ce qui y eft de la mère, pa^r- 
ticipantde la confanguinité du pè- 
te de mefmes. Ainfi les frères du 
père &dela niere font oncles à la 
perfonne toute entière de lenfani: 
egalement-v & la raifohdc cela eft, 
^quece quiyeft du père & delà me- 
r-e y eft tellement conjoint , qu'il 
ne compofe qu'vne mefme chofe. 
Puis donc que dans leur enfaixr^ 

Y 3 



3t4i T)ei Droits des Mariages 
& entre eux mefmes encore, à caufc 
de leur fi étroite communion , le 
mary & ia femme ne compofent 
(ju vne meime chofe, ilelldudroit 
de la nature pareillement, que les 
confànguinités du mary fe com- 
muniquent à la femme par affinité, 
&que les confànguinités de la fem- 
me fe communiquent au mary de 
mefme (orte. Orfontcescôfangui- 
nitéslà ou bien en ligne direéte, 
ou bien en ligne collatérale. Et 
derechef celles qui font en ligne 
dire£te,font ou afcendantes, com- 
me fi du fiU vous remontez au pè- 
re -, ou defcendantes , comme fi du 
père vous venez au fils & au petit 
Jnls. Et celles qui font en ligne col- 
latérale , font , ou en ligne égale , 
comme fi vous comparez le frè- 
re aueclafœur, ou en ligne inéga- 
le^ comme fi vouscomparezloncle 



CQnfideration cmquiejme. 343 
auec la mccc,^ la tance auec le 
neucu* Xels donc que font daiis la 
confangumite , qui fe procrée par 
la generatiop , les droits de toutes 
ces relations , tels doiuentilseftrç 
pareillement dedans rafFxHité en- 
core. Ainfi il ne doit pas eftre per- 
mis au beau père d epoufei .la fille 
de la femme , pour ce qu'il eu de- 
uenu fon père par le moyen de raifi- 
nité j 6i que leurs relations de màry 
ècdc femme, de père &de fille, ye- 
nans àfe méfier & à fe confondre, 
elles s'entreruineroyent, & détrui- 
loyent également les confequen- 
cesqui en dépendent. De mefmes 
il ne doit pas eftre permisàroncle 
d'époufer fa niece, ou à la tante fon 
neueu, non plus qu*en la confan- 
guinité :, pourceque les relations 
de fuperiorité& d'égalité ne fepeu*» 
lient non plus mener fam s entre-- 

Y 4 



^44 "^ ^^ T)rotts des JH triages 
deftruiré; ce qui eft contre la di(po^ 
fïtion du droit de la nature. Et fi^ 
nalement Une dxjitpas cllre permis 
au beau frère d'époufcr là belle 
four j c'ell à dire , la fœur de fa fem- 
me défunte , pource queftans par 
l'affinité dcuenus frère & foEurlVn 
à.râmre,ils fe doiuent refpe6tiu^- 
mèrit coniîderer , comme portans 
dUeîques traits & quelques rayons 
del'ajUtorité paiEcrnelle ; laquelle 
leur doit eftre en vénération inuio- 
fable réciproquement. Refte le 
troifiefme point, qui fcmble auoir 
de U difficulté dauancage. Car iuf- 
ducsicy nousn auons confideré ces 
affiniteZjfinon comme direftes &c 
immediatesentrebeau-pere& bel- 
le fille, beau frerc & belle fœur^c eft 
à dire , qui ont efpoufelc frcreojLi 
lafceur IVn de l'autre , &oncle & 
îxicce. outantîe&n€ueu,oiilcsre« 



Confdcratïon cîncjuiefmt. 345 
lations font telles qu'il eft aifé de 
reconnoiftre quel en eft le droit na- 
turel. Mais il y en aencore quelques 
autres qu'on peut appcUer réflexes, 
pource quelles ne (ont pasdirede- 
ment entre ceux qui font conjoints 
par mariage èc leurs prochescon- 
fanguins, mais entre ceux qui lonc 
pluseloignés, de forte que la rela- 
tion y fait vn pli>& de direde &i 
immédiate quelle eftoit^ deuient 
réflexe & reculée. Pour exemple, 
Pierre a dVn premier lit engendre 
lanne, & Marie a dVn autre pre- 
mier lit en^rendré lacob. La femme 
de Pierre & le Pier ^«^..«^ Ma 
mary de Marie re f- ( } 1 ne 
eftans morts, n;JxL>^ 

il viennent à fe 1 j 

marier enfem- leariîîfcîaeob, 
bk en (econ- :^'> :^V ; 

desnopccs. Ainftfe contracte aifi^ 



54<f T>eS:Droits des tjfdariages 

nitéjjiLon pas fc ulement entre Pier^ 

re & lacob, comme de beau père a 

beau fils, Centre Marie & leannç^ 

comme de belle mère à belle fille, 

mais aufli entre leanne & lacob, 

comme d^vne certaine forte de 

beau frère entr'eux. Derechef^ 

Jacques &Re- lacques Rençe 

née font frère i j 

& fœur. lac- ^^ • -d \ ^ 
r r Henriette Barnabe 
ques elpouie 

Henriette , & Renée époufe Barnar 
bé. Ainfîfe contracte affinité, non 
pas feulement entre Henriette & 
Renée , comme entre deux belle- 
fœurs , mais auffi entre Henriette 
& Barnabe, comme entre vne cer- 
taine farte de beau frère &: de belle- 
fœur encore. Car qu'il n'y ait du 
tout point d'affinité dans le premier 
exemple entre leanne &;Iacob,Geft 
chofe àiaquelle le commun fenti-^ 



Conjîderatïon cinqutefmc. 347 
n[>cnt des hommes cft contraire, lit 
la raifon véritablement y eft con- 
traire pareillement. Car puis que 
Marie eft mère de lacob^ô*: que leâ- 
ne eft fille de Pierre , ilfemble qu il 
conuient à la nature & à la raifon, 
que puis que Pierre & Marie , font 
mary & femme , & par le mariage, 
deuenus vn , que leanne & lacob 
foyent en quelque façon fœur &; 
frerc. Et qu il' n'y en ait du tout 
point entre Henriette ôc Barnabe 
dansle fécond exemple , ccft cliôi- 
fe à laquelle ne confentira non pliis 
le commun fentiment des hom- 
mes. Car dans le langage ordinaire 
du monde , Henriette & Barnabe 
s'appellent fœur & frère , & fem- 
bleque la nature & la raifon veu- 
lent aufïi qu ils le fafTentiCar iî Jac- 
ques eft fait vne mcfme chofe auec 
Henriette, & que Baçftabé & Rc^ 



34^ T^es Droits des tJHdrtages 
née foyenc faits vne mefme chofc 
entr'eux , il femble quelacques &c 
Renée eftans frère & fœur , Hen^ 
rictte & Barnabe Aoiucnt eftre au- 
cunement frère &foeur de mefme. 
Et lur ces deux exemples on en 
.peut former quantité d'autres. On 
peut donc icy demander fi comme 
il n'eftpas permis par le droit delà 
nature, que ceux qui font en pareil 
degré d'affinité que font lacques & 
Barnabe , fe puiflent marier cnfenv- 
ble, il n'eft pas permis non plus q«e 
.^Barnabe & Henriette fe conjoir 
gnent par niariage. Et derechef, fî 
comme il neft pas permis qu^ 
ceux qui font en pareil^ d^gré d'affi- 
nité que fontlacob &Piçixe ,coa- 
tradent mariage entr'euxja mçi- 
jiae nature défend la con]ondàoïx 
entre lacob & lannç*. Epurrçfqu- 
4rc cette <jueftion >'il feue tire;: 



Conjtdemtim cinrjuïepnc, 349 
quelque lumière de ce que nous 
âuons dit cy deflus touchant les 
confanguinitez & les propagations 
des rayons de lautorité paternelle. 
Gar comme nous auons obferué 
que celle qui fe fait immédiate- 
ment du père au fils , & à Tautre fils 
encore , c'eft à dire , aux deux frè- 
res 3 quand il eft queftion de les 
comparer entr'eux , eft de toute 
autre confideration que celle qui fe 
fait du grand père aux petits fils, 
c'eft a dire aux coufins germains, 
quand illes faut comparer enfem- 
ble, pourcequelà elle eft immé- 
diate ou prochaine , icy elle eft 
médiate ou reculée ;^Ainfi fautif 
faire grande diftindioh entre l'af- 
finitequi eft entre Pierre & lacob^ 
lacques & Barnabe , dans les dia- 
grammes de cy dcfTus , Ik celle qui 
eft entre lanne &: lacob , & Hcn- 



jy® Des Droits des Mariages 
riette & Barnabe encore. Pourcc 
que Tvneeft prochaine , immédia- 
te & direde ^ & Tautre éloignée; 
médiate & réflexe ou indire6ke. 
Car Pierre eftant fait vn auec Ma- 
rie, va immédiatement à lacob, au 
lieu que leâne & lacob ne viennent 
Tvn àlautrefînon mediatemêt par 
Pierre & par Marie , pôurce quils 
font vn enfemble. Et îacques ^Bar- 
nabe vont encore immédiatement 
Tvn à l'autre , pource que Barnabe 
& Renée ne font qu vri^& que la 
ligne de Renée à Iacques eft iitimc- 
diate; Au lieu que Taffinitè ne Va de 
Henriette à Barnabe , lînoA par 
l'entrerrtifedela ligne qui eft entre 
Renée & Iacques. Si donc dans les 
confanguinitésla nature a mis tel- 
le diftindlio entre ces chofes, qu el- 
le a voulu que le droit qui rend là 
conjonction illégitime ^ ne s'eften- 



C onjîderation c'mmïejme. 351 
dift pas au delà de ce qui efl: pro- 
chain & immédiat; dans les affini- 
tés elle fuiurala mefmeraifon, & 
fe terminera pour ce qui efl: de ce 
droit, dans laffinité directe & im- 
médiate. Et véritablement pour ce. 
qui efl: du premier exemple , il y a 
icy vne chofè fort confiderable. 
C eft que quand lanne & lauob 
font nés , Pierre & Marie n'efl:oyent 
point encore conjoints cnfemble; 
de forte qu il n'y auoit entre lacob 
& lanne aucune forte d affinité. 
Quand Pierre & Marie font venus 
àfe conioindre , leur vnion à bien 
peu acquérir vne très efl:roitte affi- 
nité entr'eux & les enfans IVn de 
l'autre refpeâ:iuement : pource 
qu'en vertu de leur vnion ils font 
tenus corne vne mefme chofe feule- 
ment. Car l'adede leur conjonitio 
a vne adiuice prefente, par le moyé 



yjt Des Droits des J^ariage's 
de laquelle laffinité s'eftend de 
Pierre fur Tenfant de Marie & de 
Marie fur Tenfant de Pierre :, & en- 
gendre ces relatiôs qui empcfchent 
la conjon£tiono Mais quant à ce qui 
eft de leurs enfansentreux,(î IV- 
nion de Pierre & de Marie.a quel- 
que vertu pour les allier ^ il faut 
qu elle foitèn quelque façon retro- 
actiue ïur la génération précéden- 
te! par laquelle ils les ont produits, 
pource qu'il n y peut rien auoir 
dans leurs enfans que ce qu'ils y ont 
prouigné par elle ^ & quand ils les 
ont engendrés ils n y ont rien pro-- 
uignéde tel. Car ce que Pierre de« 
uientbeaupereà Iacob,c eft pour- 
ce qu il entre en la communion de 
Marie, entre laquelle ôc fon fils il 
y a def ja vne relation actuellement 
cxiftentc , & qui ne commence pas 
d eft re à 1 heure de ce fécond maria- 
ge. Mais 



Conftderation cînquïefme] ^j^ 
ge.Mai^ceque Ianne& lacob de^ 
uiennent beau-frerc & bellc-feur 
entr'eux , ce n eft finoii parce 
queflleurégardiaconjondion de 
Pierre & de Marie a vne vertu re* 
tro-a6tiue defTus leur précédente 
génération ^ pour donner à leurs 
enfans des relatios qu'ils n'auoyent 
point lorsqu'ils les ont engendrés. 
Or y a t'il grande ctoFerence entre 
les vertus retro-adiues , & lescho'-*^ 
fesqui fe rencontrent icy. Car cette 
communion qui eft entre Pierre & 
Marie, pourcequ elle eft naturelle^ 
peut bien produire des relations na- 
turelles > & qui eftabliflent des 
droits naturels entre Pierre & la- 
cob. Mais les vertus retro-admeis 
femblenc auoir vn eflFcâ: ciuil& 
politique feulement. Caril eft con- 
tre Tordre de la nature y que les eau* 
fes naturelles agiflent ou déviant 



354 Des Droiêîs des Mariages 
que d'éxifter aduellcmeut , ou 
fur les temps qui ont précédé leur 
exiftence. Mais quant aux caufes 
ciuiles & morales , elles peuuent 
bienaeirde la fa^on. Pour ce qui 
cftdukcondexemple, ilya enco- 
re vne autre chofe quifemblen'e- 
ftr€ pas de moindre confîderation. 
C eft que félon la difpofition du 
droit , les relatibns directes & les re- 
'flexes ont entrelles vne itierueiU 
leufement grande différence. Car 
entre deux aiTociés il y a eftroittè 
communion pour les chofes d^ 
leur focieté. Maiscntre moy &raf~ 
focié de mon affocié , il n*y en a pas 
de mefmesXf^.^/v^- d^ regulis iuris. 
Entre moy & mon affranchi il y a 
vne tres-étroite rclation:entre moy 
& l'affranchi de mon affranchi, 
il nencftpas defnefmesnonplus. 
De forte que lî par teftament iay 



Conjtderàtion clndj^uicfine. jy^ 
donné quelque thofe à ceiuy que 
iay mis en liberté, il ne s'enfuit pa$ 
de laque ielayc donné de mcfmeà' 
àceluy que mon affranchi y aura 
mis j Xfg. lof' ff' de njcrb.fgnif. Ce 
qui monftre que les fages qui ont 
cftabli ce droit , ont mis différence 
entre les relations directes & les ré- 
flexes, & n^'ontpas cftiméquvné 
relation eil produifc d'autres necet 
fairement ^ ou fi elle en produit, 
qu'elles foyent de mefme vigueur 
& de mefme efficace àuec elle. Or 
icy il y a quelque chofe defem- 
blable. Car par le mariage de lac- 
ques & de Henriette ^ Renée & 
Henriette deuierinent bien eftroit- 
tement alliées à la Vérité. Maisqiie 
cette relation en produifevne au- 
tre entre Henriette & Barnabe , qui 
fôit d'vne égale vertu , c eft th(5ic 
qui neit pas de la difpofitionde là 



3j^ Des Droits des Mariages 
nature. Et de celaie nedirayricïï 
dauantage*, parce 3<juc de ces exem- 
ples on peut tirer eiclarcifTement 
pour tous les autres- 



«fï €1» 3tS ST^ èrï S^ 0^ 
^TB StS St« ST» Sta CTO 

tcKiîlsT?lre^ 



W7 

CONSIDERATION 

s I X I ES M E. 



S'ity a quelques degrés de confangui- 
nité Ô^ aaffnité dont on puifft dif- 
penfer, ç^ a. qui la dif^enjOunon em 
appartient. 

E V X quidifetirque^Iesde-L 
grés de confanguinité &C 
daflinité font du.droitdc 
nature,&quiadiouftencque neant^ 
moins il elten la puiflincc deDica 
d endirpenfer, pource quilcftau- 
eeur delà nature , &c que tout Ma- 
giftrat louuerain a le pouuoir de 
dîipenfer de ral?:feruatîan de fes 




3 j8 Des T>roks des Mariages 
propres loix , s'engagent dans vnc 
difficuhé beaucoup plus grande 
que de prim'abord il ne iemble. 
Car quant à cette maxime fi com- 
mune^que toutLegiflateur aie pou- 
uoir de difpenfer de robferuacion 
de Tes propres loix , çlle ne peut 
élire véritable , finon qu'elle foie 
bien entendue. Les Princes fouue- 
rains font de deux fortes de loix. 
Dans reftablilfcment des vnes ils 
ne font rien qu'expliquer ce qui eft 
du droit de Dieu & de la nature, le 
confirmer de leur autorité, & dé- 
noncer alencontre de la transgref- 
' fiori la pine politique qui y échet* 
comme ilslc iugcnt expédient pour 
îa confcruation de Teftat & de la re- 
publique. Dans reftabliflfement des 
autres ils difpofent feulement des 
chofcs qui font indifFcrentes de 
leur nature ^ & en ordonnent com- 



Confideration fxiefme. .359 
m€ ils iugent à propos pour le bien 
de la fociecé. Or qaant à celles cy , il 
n'y a liulle doute qu ils n'en puif- 
fenc abfolunicnt difpenfer quand 
bon leur femble. Car puis que la 
chofecn; indifférente de fa nature, 
la faire ou s'en abftenir ne peut 
eftre ni bon ni mauuais, finon cn^ 
tant qa il elt commandé ou défen- 
du parla loy duPrince. Vient il à 
abroger l'autorité de fa loy ? L^ 
chofe retourne à fa première nator 
re , &c le fujet reuient en fa liberté 
d'en vfer, ou de nen vferpas, à fa 
volonté. Quant aux autres 3 il y a 
de deux (ortesde difpcnfe de Tauto- 
rité des Ipix. LVne eft prefuppofec 
donner la faculté & le droit de fai- 
re quelque chofe, de forte quabfo- 
lument en la faifant on ne pcche 
point. L'autre nç donne paslafa^ 
culte ni le droit de faire l'action 

Z4 



3i^0. T>es Droits des Adartages 
dont il 5'agic , & n*empefche pas 
qu elle ne lou mauuaife en elle mef. 
nieffeulement elle déclare que pour 
quelques bonnes railons^silarnue 
àquelquvn de la faire, il ne fera 
pas puni par le Magiftrar. Of 
quajicà cette féconde forte de dif- 
pçnfe ,nôu§-vôyons l>ién que Dieu 
en^ vfé quelquesfois dans les chp- 
t:es qui font du droit de nature, 
idmme qiiand il a permis les diuor- 
ces par mi le peuple dlfraél. Car la 
îttj^quiladpiineep£)ur cela, eftoit 
vneloy politique, qui ne règardoit 
paslachofc au fonds, pour là ren- 
dre bonne & kcite par îoil autorité, 
inais q.ui règardoit tculement la pc- 
îie politique ;, laquelte Dieu relafi 
choit pour de bonnes raifdiis, re- 
liât de la Republique né permet-^ 
tant pas , que; lïieii punift alors en 
4jualité de Magiftrat le diu^orcc de. 



Confîâcration fxiefme. 3^ 
la femme & du mary , qui autre- 
ment félon le droit de la nature de- 
uoitertrepunijàpeu près comme 
ladultere. Mais pour cequieftde 
la première ^ non feulement il fem- 
blc eftre clair que les hommes ne 
peuuent difpenièr des loix de Dieu, 
mais mefmes il y atresgrande dif- 
ficulté à comprendre comment 
Dieu pourroit vicrde cette dilpen- 
fation en ce qui regarde les droits 
de lanature. Carnousauons veu cy 
deffusqu ils s appellent droits de ia^ 
nature , pource que c'eft la nature 
deschofcs mefmes, & non Tauto- 
rite du Legiflateur qui les determi ^ 
ne,en ce que nous appelions la Mon- 
iale. Or eft il bien vray quec'elt 
Dieu qui eft lautcur de toutes les 
chofes qui exiftentau monde , & 
que s'il le veut , il leur peut oftcr 
rexiftcncc qu'il leur .a donnée. D^ 



^6z Des Droits des Mariages 
forte qa il ne demeureroit sil luy 
plaifoit aucune fubftance en 1' V- 
niuers^ni par confcquent aucun 
accidcnc réellement exiftanc en: 
aucune fubftance. Mais quant à 
l'effence mefme des cliofes,com^ 
me.on parle , c*eftà dire, quant à 
la nature qui s'exprime par la défi- 
nition , & quant aux rapports &c 
auxconuenances , aux. différences 
& aux diffemblances, qu'elles peu- 
uent auoir les vnes auec les autres, 
c eft vne chofe très-difficile &c tout 
à fait impoiïîble à comprendre, 
comment cela dépend de la li- 
bre volonté de Dieu. Car autre eft 
la dépendance felonlaquelle toutes 
cliofes fe rapportent à la Diuinité^ 
entant que nous laconfiderons en 
fonefrence,& autre celle félon la- 
quelle elles fe rapportent à fa libre 
volonté. En ce premier egard^ tout 



Çan/tderation Jtxiefme. ^6} 
cftre 5 quel qu'il foû, décolle necet 
faircmcnt du fouuçrain , &C cft 
comme vncrefplendeurdefpn cC- 
fcncc. En ce fécond , il ell , comme 
i'ay dit,impofïiblede comprendre 
que la libre volonté Diuinefoiç la 
caufe de tout ce qui çft. Prenons 
quelques cxêples hors de la Mora- 
le. Il dépend abfolument de la libre 
volonté de Dieu , de permettre 
qu'il fubfifte aucune fubftance 
triangulaire en TVniuers. Mais 
quant a la définition du triangle, 
que c'eft vne figure laquelle a trois 
angles égaux à deux droits , livous 
diiiés à vn Géomètre qu il dépend 
delà volonté de Dieu , de faire fi 
bon luy femble par lautorité de 
quelques loix,qu il y ait des trian- 
gles qui n'ayenr pas trois angles, ou 
que ces trois angles ne foycnt pa^ 
çgaux à deux droite, il trouucroit 



3^4 ^^^ Droits des Mariages 
queee feroit vne propofîtion ex- 
trauagantc. Ceft chofe certaine 
encore que fi Dieu vouloit il n'exif- 
teroic aâ:ucllemen£ aucune cau(e 
efficiente , ni aucun efFed dans! en- 
ceinte de ce (ju on appelle la Phyfi- 
que communément. Et néant- 
moins pour ce que c eft vne chofe 
abfolument déterminée par la na- 
ture, que dans la Phyfique lacaufs: 
efficiente précède refïect, ou en or- 
dre de temps, ou au moins en or- 
dre de nature, fi vous diliésà vr* 
Philofophe que Dieu peut faire que 
leffeit (oit antécédent à fa caufe ef- 
ficiente, iltiendroitccla pour vne 
propofition erronée , & indigne 
d vn homme de bon fens. Oreltil 
qu*il femble que le droit naturel 
n'eft pas moins déterminé dans les 
chofesMorales^quedanslaGeomc- 
trieôw dans la Pl>/fique,& qu'il n'eit 



Confderanonjtxîejme, 3 C$ 
pas plus certain dans laGcometrie 
qu'vn triangle a trois angles égaux 
à deux droits , ni plus inuiolablc 
dans laPhyfique quvne caufe cft 
antécédente à (on effcâ: , qu'il eft 
certain & indilpenfable dans la 
Morale & dans la Religion 3 qu il 
faut que lacteature intelligente ho- 
nore fon Créateur , & qu elle s'a- 
donne à la vertu. Certainement (i 
les chofes eftoyent bonnes ou mau- 
uaifes feulement pource que Dieu 
les a commandées 3 fa dcfcnfe & fon 
commandement leué , la nature 
d«s chofes ièroit leuee de mefmes, 
& de bonnes & mauuaifes qu elles 
eftoyent par le commandement & 
par la defenfe ^ elles deuiendronc 
indifférentes comme elles eftoyent 
naturellement. Et qui plus eft, Dieu 
auralepouuoir d en fairedcscon- 
ftitucioas contraires aux precedcn- 



3^^ T>es Droits des Mariages 
tes , de forte que haïrDieu de touî: . 
fon Gûcuir, & haïr fon prochain au- 
tant quon s'aime foymefme^ de- 
uien'dront chofes bonnes & fain- 
£tes en vertu du commandement. 
Ily a donc beaucoup plus de rai- 
fon de dire que Dieu les à com- 
. mandées, pource qu'elles font bon- 
nes en elles mcfmes, bu defenduifs 
pource que d elles mefmes elles font 
mauuaifes, Comme il y a beaucoup 
plus de raifon de dire que Dieu a 
voulu que la terre tint le milieu du 
monde , pource c'eft l'élément le 
pluspefant^quenonpas qu'elle cft 
deuenuë l élément le plus pefant, 
pource qu'il a pieu à Dieu qu elle 
tint le milieu du monde. Cepen- 
dant il y a certaines cliofcs que tiouà 
auônscy deflus fuppofees^ demô- 
ftrees eft re du droit de nature, dont 
Dieufemble aiibir mànifcftenient 



C onjtderation Jtxtefme. j6y 
difpcrifé. Comme dans les confan- 
guinitez ^ il a difpenfë de la prohi- 
bition du mariage du frère auec la 
fœur , danslescommencemcnsdu 
monde 3 car il a falu neccfTaircmenc 
que cela fe (bit pratiqué entre les 
cnfans d'Adam. Et y en a certaines 
autres dont il ne s'eft pas contenté 
de difpenfcr, il les a commarhiees 
ce fcmblc contre le droit naturel, 
comme dans les afîînitez , le ma- 
riage du frère puifné auec la femme 
de fon frère aifné decedé, que nous 
auons dit cy deflus eftre aufïî des 
chofes que la nature a défendues, 
leftime donc que pour ce qui eft 
delà première de ces difficultés 3 il 
faut diftinguer entre les diuerfês 
fortes de droit de nature. Car il 
ya vn droit de nature qu'on peut 
appeller intrinfequc aux chofes 
• mefmes, & s'il faut que ie répète 



3^8 T>es Droits des A4 arides 
encore ce terme, abfolu : Et il y en â 
vn autre qu on peut appcller exté- 
rieur & relatif. Le droit intrinfeque 
&c abfolu eft celuy qui refulte du 
rapport que les chôfes ont naturel- 
lement entr'elles , fi vous venez 
àlesconfîderer.precifémentj&non 
entant qu elles dépendent de telle 
ou de telle autre chofe , dont elles 
portentTimage & le caraâiere. Et 
tel eft le droit de nature qui eft du 
père à l'enfant , & de Tenfant au pè- 
re. Car en les rapportant ainfilVn à 
Tautre , vous n'aués égard à aucune 
autrecliofe qui foit au dehors d'eux^ 
& vous terminés abfolument la 
comparaifon que vous en faites, 
dans Tenceinte de cette confidera- 
tion , que iVn eft père , & l'autre eft 
fils. Le droit extérieur & relatif eft 
celuy qui refulte du rapport que les 
choies ont entrelles , fi vous venés 

aies 



C onjtderation Jtxiejrnè. ^^g^ 
aies confidercr enunt qu elles de^ 
pendent de quelque autre chofc 
quieft au dehors , dont elles por- 
tent limage ^ la rcflemblance. Et 
teleft le droit qui eft entre lesfrc- 
res , confîderez entant qu'ils por- 
tentTimage de lautoritc paternel- 
le ^ chacun en fon endroit. Car cil 
les rapportant ainfî iVn à l'autre, 
vous auez principalement égard au 
principe dont ils font defcendus^ & 
ne terminez la comparaifon que 
vous en faites, fînon dans l'enceinte 
qui comprend le père qui les a en- 
gendrez. De forte que le droit qui 
cft établi entr'eux, ne vient pasin- 
trinfequement de leursperfonnes> 
il naift du commun principe du« 
quel ils font iflus. L Vn donc a fa 
racine dans les perfonnes mefmes 
pour lefqueliesla nature rétablit, & 
ne fc répand que fur elles j L'att-- 

Aa 



370 Des Droits des Mariages 
trc a fa racine hors des pcrfonnes 

{)Our Icfquelles il cftcftabli, &ne 
es regarde ni ne les oblige fînon 
entant quelles dépendent dVn 
commun eftoc, & qu elles en tirent 
leur eftre. Or que cette première 
forte de droit fbit abfolument in- 
difpenfable ^ & la féconde ^ non, 
i'eftime qu'on le peut prouuer,pre- 
mierement par les chofes de la reli- 
gion, puis après par celles de la po- 
lice. Ceft vn droit abfolument eta^ 
bli entre Dieu & la créature, quil 
faut qu elle rhonore,& que quâtà 
luy il foit honoré. Et comme il n eft 
iamais arriué, auflî ne peut il iamais 
arriuer que Dieu difpenfe la créa- 
ture de rhonneur qu elle luy doit 
de cette fa^on là. C'eftoit vn droit 
relatif eftabli de par Dku par- 
mi le peuple d'ifraël , qu'on euft 
r Arche de l'alliance en grande ve- 



Confderàîtén fixièjmè. 371 
ncration , non \ caufc de F Arche en 
elle mcfme > mais rclatiucment à 
Dieu y lequel elle reprefentoit, &C 
de la prefence extri-ordihaire du- 
quel elleeftoitvn tefmoignage.Ot 
n'y â t*il aucun qui puifle douter 
que Dieu y s'il euft voulu , n'euft 
bien peu difpenfer quelqu vn par- 
mi le peuple dlfraël , d honorer 
i' Arche en cette qualité ^ &deluy 
rendre les refpedsaufquelsles au- 
tres Ifraëlites eftoyent obligez en 
cet égard. Pourquby cela ? Pourcc 
que cette difperifc n'abolit pas véri- 
tablement le droit naturel^ quicft, 
que la nature honore Dieu > feule- 
ment fait-elle qu a legardde ct\\vf 
à qui la difpenfe eft faite ^T Arche 
neft plus vne image de laprc(encc 
de Dieu , & ne refplendift point dc4 
rayons & des caraderesde fa gloi- 
res Dans la police on Yoid le lènu 

Aâ 1 



372' T^^s Droits des Mariages 
blable. C'eft vn droit abfolu établi 
entre le Roy & fes fujets^» que le Roy 
commande & gouuerne , & c*eft 
vn objet d Vn honneur ciuil , le plus 
grand que les hommes puiflent 
rendre àaucuneperfonned'icy bas. 
Or de ce droit là lesRoisnedifpen- 
fent i^amais ^ &il répugne dire£te- 
ment a la qualité de Roy qu ils en 
difpenfènt. Maisc'eft vndroidt re- 
latif cftabh entre tel officier duRoy 
& fes autres fujets , que ceux cy ho- 
norent celluy-là , & qu'ils reucrenc 
cnluylautorité du Roy & (on ca- 
ractère. Or n'y a t'A perfonne non 
plus qui puiffe douter qu*il ne foit 
en la puiflancedu Prince, dedif- 
penfer quelqu vn de reconnoiftre 
ainfifon caradere en tel ou en tel 
officier , quoy que les autres qui 
font en pareille condition , le luy 
doiucnt rendre. Pourquoycclaen- 



ConfderMion fixiefme, 375 
core ? Pource que cette difpenla^ 
tionn abolit pas le droit abiblu du 
Piince lur fon fujet , feulement 
fait-elle quà Tcgard de celuyàqui 
ladifpenle eft donnée , cet officier 
ne porte pas le caractère du Prin- 
ce. Orfi cela eft dansia religion £>c 
dans la police , il peut bien eftre 
dans la nature pareillement. Çeft 
que Dieu n ait iamaisdifpenfé au- 
cun & ne pui(îe iamais dilpenfer 
qui que cefoit d'honorer fon perc 
& fa mère : mais bien de refpe£ler 
en fon frère ou en fa fœur Tautoritè 
paternelle iufqu'à ce point y que de 
s'abftenirde laconjondion matri- 
momaleacaufe d'elle. Cequin'eft 
pas abolir Tautorité paternelle à 
l'endroit de fon enfant ; mais (cule- 
ment empefchcr qu'elle ne reluile 
pour luyde telle ou de telle façon, 
dans fa fœur ou dans fon frerc. 

Aa5 



374 ^^^ Droits des Mariages 

Il çft vray quil fe prcfenteicy 
vne difficulté. Ccft qu en rexemplc 
que i ay cy deflus propofé pour la 
religion, le chois de T Arche, pour 
y faire reluire les rayons de la prc- 
fence de Dieu, a efté de fa pure vo- 
lonté. De forte que luy eftant abfo- 
lumcnt libre de çhoifir ou de ne 
choifirpas cette Arche, pour eftre 
l'objet de cet honneur relatif quoa 
luy rendoit en elle , il luy a efté libre 
pareillement de terminer la com- 
munication de ces rayons de fa pre* 
fence & de {a gloire , à tel degré que 
bonluy fembloit,& de les rendre 
obligatoires ou non pour la déféré- 
ce de l'honneur à l'égard de telles 
ou de telles perfonnes, ainfî que bp 
luy a femblé. Dans l'exemple que 
i'ay propofé de la police , il en eft 
tout de mefme. Car le chois de telle 
perfonne pour en faire va officier. 



Conjtderation Jixkfme. ^j^ 

dcpcndant de la libre volonté du 
Roy, il a ce femble dépendu de fa 
libre volonté pareillement , de la 
rendre refpeitablc ou non à telles 
ou à telles perfonnes.En la queftion 
dont il s'agit, il en va autrement. 
Ce que le hls porte Timage de Tau- 
tonte paternelle, cela eit de la dé- 
termination de la nature descho- 
fcs, qui ne communique point (es 
rayons à ceux que le père n a point 
engendrés y maisquiles communi- 
que neceflfairementàceux qu il en^ 
gendre, & qui ce femble aufïi pat 
confequent ne permet pas quay 4ns 
cfté effe6tiuement communiqués, 
lefrercoulafœur foycnt difpenfèz 
de les rcconnoift re. Icy donc il faut 
encore adiouter deux chofes. La 
première eft, que comme dans le 
premier établiffcment d Vnc Repu- 
blique & d Vne focieté, il fe fait dcs^ 

Aa 4 



57fi -Dfx Droiils des Mariages 
chofcs qui font eftimees bonnes & 
Icgicimes alors ^ à caufe de la ne^ 
ceiïîté, pour ce qu'il n'ya point en- 
core d'ordre bien& légitimement 
eftabli ; lefquelles puis après font 
condamnées par Tordre public, 
quand la focieté a pris fa bonne &i 
légitime forme, Ainfîdans la pre- 
mière conftitution de la nature , &: 
nommémét^en cette partie quicô- 
cerne le genre humain , il a peu fè 
faire des chofes qui n'ont point efté 
mauuaifes, pource que la neceffitc 
le requeroit , qui puis après font 
condamnées par Tordre naturel^ 
depuis que la nature a rec^eu fa con-^ 
ftitution pléne & parfaite. Qu^il fc 
faffe quelque chofe de tel dans la 
conftitution des Republiques, il en 
appert. Car au commencement 
que les hommes fe font affemblés 
pout former entr'eux desCités,d'où 



Confderation fxiepne. 377 
cil venue la vocation à celuy quii a 
le premier entrepris , ^Tautorité 
de donner desloix à tout le rcfte? 
Certes il femble qu'il n'en auoic 
point. Cependant tant s'en faut 
que cela foit trouué mauuais,qu on 
Teftime quafi héroïque. Maisneât- 
moins la neceffité ne fubfillant 
plus, les chofes font tellement re- 
mifesà la conduite de l'ordre pu- 
blic :, que qui voudroit entrepren« 
dre rien de tel fans vocation , feroic 
ellimé vn brouillon & vn témérai- 
re. Pourquoy donc neferat'il ou 
cxcufé ouapprouué, qu'en Teta- 
bliflfementde la nature il foie arri- 
ué quelque chofe defemblable ? Et 
véritablement que la nature mef- 
me dans le commencement de la 
formation de fes ouurages , faflc 
des chofes & fuiue des routes, qu'el- 
le condamne &qu elle abandonne 



37^ Des Droits d:s ^Maria^s 
lorsqut fesouuragcs font parfaits^ 
il en appert afTés par la dJucifc fa- 
^on dont elle nourrit vn enfant de- 
dans & dehors le ventre. Car de- 
dans, elle le nourrit par le nombril^ 
pource qu'il eft encore imparfait^, 
&quclanecciritéle veutainiî. De- 
hors ^ elle eft fi ennemie de cette fa- 
çon de luy donner ralimcnt, quel- 
le commande abfolument qu'orx 
cnétouppela voyeXa féconde eft, 
qu autre chofe eft de commettre 
vn mal de gayeté de cœur , & autre 
chofe d'obmettre vn bien pour en 
procurer vn autre beaucoup plus 
grand & plus confidcrable. C eft 
vn crime contre la nature que de 
ietter vn homme dans Teau pour Ic' 
faire noyer :& vn autre crime qui 
approche de celuy-là , de ne le fau' 
uerpas,fivous le voyez périr, lors 
quevousenauéslapuifrance. yizi% 



Conftderamn jixiejme. yj^ 
Çv vous voyés en mefme temps tom- 
ber en Teau vn honncfte homme 
de condition priuee, & voftrc Prin- 
ce, foubs Icgouuerncment duquel 
vous viués ^ & que ne vouseftant 
paspoflibledeles fauuertous deux, 
il foit neantmoins en voftre puiC- 
iance de fauuer iVn ou l'autre, 
il vous abandonnés celuy qui eft 
de condition priuee pour fauuer le 
Roy :, non feulement vous n'cftes 
pas accufé d auoir négligé contre 
l'humanité naturelle , le falut de 
cettuy-là, mais fî en cette occurren- 
ce vouslefecouriés, onnefçauroit 
vousexcuferd Vne efpecede parri- 
cide contre voftre Prince. Dieu 
donc enleftabhffementde la natu- 
re auoit ces dcuxchofes deuantlcs 
yeux ; ou de laiflTer négliger le ref- 
ped que le frère doit naturelle- 
ment à fafoeur , àcaufe dVn rayon 



380 Des Tiroirs des Mariages 
de lautorité paternelle c]ui y reluit, 
où de créer pour la propagation 
du genre humain encor vn autre 
homme& vne autre femme qu'A- 
dam & Eue , dont les enfans n a^ 
yant point de confanguinité aucc 
ceux d'Adam , repeuflent plus lé- 
gitimement allier. S'il euft préféré 
le fécond 5 pource que tous les ho- 
mes ne fuiïent pas defcendusdVn 
mcfme eftoc, ils n euffent pas eu 
entr'eux cette vniuerfelle confan- 
guinité , qui les conjoint en tous 
lieux & en tous temps ^ &c qui doit 
renouueler en eux des fentimens de 
charité & dliumanité, à toutes les 
fois qu ils s'entre-regardent. Pour 
pe rien dire maintenant deTimage 
que cette économie porte de la 
perfonnedc lefus Chnft , &c de la 
communion que nous auonsauec 
luy j comme le Saind Apoiirc h 



Conjîderationjîxiejînc. 381 
remarque. Or n cftoit il pas fans 
comparaifon plus raifonnable, que 
les enfans d'Adam , en conferuant 
le refpe6t abfolu qu'ils deuoyent à 
(aperfonnejobmiffentpour le co- 
ïtiencement le refpeâ: relatif qu ils 
luy deuoyent porter chacun en la 
perfonne de (on frère & de fa fœur, 
que non pas que nous euflions per- 
du ce bel argument de la charité & 
de rhumanité que nous nous entre- 
dcuons, lequel procédant de cette 
vniuerfelle confanguinité , à luy 
mefme , comme il a cfté remarqué 
cydeffus , vne manifefte relation 
à lautorité paternelle ? Et dans la 
Phyfique cette mefme nature nous 
apprend qu'elle n a pas cela abfolu- 
ment en horreur en la Morale. Car 
il eft du droit de la nature dans la 
Phyfique , que les chofes pcfantes 
rendent en bas , ôc que les légères 



38z Des Droits des (JkarUges 
montent en haut : & s'il en arriue 
autrement, c*eft contre la difpofî- 
tion de fcs ordonnances» Néant- 
moins il eft auflî du droit dénature 
que toutes les parties du monde en- 
tretiennent entr elles vne parfaite 
vnion , (k qu'il ne fefafTe point de 
vuidenide rupture entre leis mem- 
bres qui le compofent Et quand il 
airiue qu'il faut neceflairement, ou 
qu'il fe fafle du vuide en la nature^» 
ou que les chofèspefantes montent 
en haut, ce droit particulier de la 
conftitûtion naturelle des chofes 
pefantes , cède au droit plus gênerai 
du defîr de IVnion , & la cônferua- 
tion du tout l'emporte fans aucune 
difficulté (ur les inclinations parti- 
culières de telle ou de telle partiCi 
En quoytant s'en faut que l'ordre 
de la nature foit cftimé renuerféj 
qu'il y paroift vne mcruciÙeufé- 



Ctmjîdcration Jtxiejme] 383 
ment belle économie pour la con- 
feruationde fon eftre. Hors delà, 
fi i eau montoit contremont , on 
l'eftimeroit vn prodige. Or cft cet- 
te vniucrfclïe conf^nguinitc que 
tioustirosd Vn mefmceftoc, com- 
me cet appétit de lynion j ce ïcÙ 
pcd au rayon du nom paternel, eft 
comme Tinclination d'aller en bas, 
dans les choies péfàntes. En fin, 
i adioufteray encor cette confide- 
ïation icy aux précédentes. Com- 
me ainfi foit que la conion£tion 
du mary auec la femme, foit vnc 
adtion externe, elle doit eftre,com- 
mc toutes les autres , iugee bonne 
ou mauuaife félon la conftitution 
de Tefprit qui la produit. Or eft-il 
que la conjonction du père à Icn- 
farit & de l'enfant au père, ne (è 
peut faire fans corrompre la conftr- 
tut ion de leurs elprits* Parce que. 



;384 Des Droits des t^^rïaps 
comme il a efté vcu cy deflus , il 
faut neccfTaircment ouquelclprit 
de Icnfant fe diipofc à perdre le ref- 
pe6t qu il doit à fon père , en (c fai- 
lant égal à luy , ou que Tefprit du 

f)ere fe difpofe à ne rendre pas à cel- 
e qu'il époufe , Tamour coniugal 
qu il luy doit , en luy refufant l'éga-- 
lue à laquelle le mariage l'appelle. 
Mais comme quand Dieu a com- 
mandé à Abraham de tuer fon fils, 
il a peu fe difpofer à Texecuter, & 
Teuft peu exécuter cffc£tiuement> 
il le commandement euft perfeuc- 
ré, par pure &iîmple obeiffancCi 
fans lien diminuer pourtant, quant 
àladifpofîtionde fonefprit,defes 
affedions paternelles. ( Car il pou- 
uoit bien aimer ardamment fon 
enfant , & neantmoins faire cette 
violence à fon amour, quanta la- 
â:ion extérieure , pour cedex au 

com- 



Conf aération (îxiefme. jgy 
mandement. ) Ainfi, fi Dieu, pour 
les raifons que i ay touchée? cy 
deflus , a commandé aux enfans 
d'Adam de fe marier cntr'eux , ils 
ont peu le faire pareillement , fans 
corrompre la bonne conftitution 
de leurs ameç. Car quant à leurs 
perfonnes refpedtiuement , ils ont 
peufedifpoferà fe rendre Tamour 
coniugal auquel régalité de la rela- 
tion de mary & de femme , & de 
frère & de fœur, les appelloitcon- 
jointemét.Et pour ce qui eft du ref- 
ped auquel ils eftoyent obligez 
enuers Adam , qui les empcfchoit 
d'en retenir la penfee inuiolable- 
ment, encore qu'ils contradaffent 
cette alliance entr'eux par pure ô£ 
fimpleobeïflance? Orfoitdifpen- 
fe3foit commandement, ( Car celuy 
qui leur à peu commander s'ils ny 
penfoyent pa^ , leur çn a pcudon^^ 



38tf T>es Droits des ^lariages 
lier la difpenfc s*ils y penfoycnt,&: 
fî^iurqucslà , ils cftoycnt retenus 
de l'exécuter par refpcd à hmage 
de 1 autorité paternelle. ) Soit , di-je, 
difpenfe ou commandement^ileft 
icy (ingulierement à obferuer^qu il 
n'y a que Dieu qui paifle donner 
de relies difpenfes , ny faire de tels 
commandemens , &queplii$que 
non feulement il ne les a iamais ^zm 
quVne fois feulement, mais que de- 
puis il a fi feuercment&fî conftam- 
ment défendu de telles conion- 
elios 3 il faut que les raifons qu'il en 
a eues alors :, ayent cfté tout à fait 
fingulieres à ce temps là, & à Teftat 
imparfait du mode & de la nature. 

Pour ce qui eft delà féconde dçs- 
difficultés que i ay cy deïTus propo- 
fees :, ie voy que pour la refoudre, 
quelques vns ont recours aux types 
& aux figures , de difent que Dieu 



Conjiderdtionjixiejme, jïy 
a égard à ce que noftre Seigneur le- 
fus eftantmorc, il luy dcupiteftre 
fufcitc vue grande lignée , fuiuant 
ces mots. Me voicy y ^ les enfans 
que Dieu m'a donnés. Or neveux-JG 
pas examiner fi les rapports qui doi- 
uent cftre entre la figure & la cliofc 
figurée, s'ajuftent fort bien iey. le 
defîre feulement qu'on me permet- 
te d y faire vnc coniîderation. Ce 
n cft pas chofe étrange , ni qui puif- 
fe donner du fcandale à qui que ce 
foit , que Dieu n'empefchant pas 
parremcace de fon Efprit & de (a 
prouidence ^ qu'il (c faflc quelque 
chofc contre les loix delà nature & 
du dcuoir , il en gouuerne neaht- 
jinoins tellement réuenement,qu il 
puilTe feruir défigure pour repre- 
fenter les chofcs a venir. Nous en 
auons vn cxemplç bi^n illuftre eii 
a conioniftioa d'Âbrahaiti & d* A- 



j88 Des Droits des Mariages 
gar^dont le faind Apoftretircde 
diuinement beaux enfeignemcns 
allégoriques. Mais que Dieu com- 
mande exprefTémcnt qu'il fe fafle 
quelque chofe contre le droit & 
Thonnefteté de la nature , fîmple- 
ircnt afin d y éftablir quelque ty- 
pe pour laduenir , c'eft chofe qui 
pourroit à bon droit fembler au- 
cunement eftrange. On ne peut 
blafmer Dieu qu il permette le pé- 
ché , puis qu'il n cft pas tenu de 
rempeicher. Mais qu'il comman- 
de pour vne chofe fî libre qu cft 
rétabhflement dVntype,ce qui 
de fa nature eft mauuais , c'eftcc 
qui peut donner quelque trouble à 
laconfcience.Quoy?Nat'ilpas af- 
fés de fageffe àc de puiffance , pour 
trouuer des types dans les choies 
bonnes & indifférentes de leur na- 
ture, fans auoir recours à celles qui 



Confideration Jîxiejmc. 389 
foiK naturellemetic mauuailc-? 
CoBx là donc à mou aduis oac vjfé 
plus droit au bat, qui ont dit^qu^il 
aefté ordonné, qu en cas dedetaut 
de lignée, lepuifné épouteroit la 
vefue de fon aifné defundl, pour 
quelques raifons particulières , qui 
cocernoyentla republique dlfraël, 
& la police par laquelle elle eftoit 
gouuernee. Mais il euft efté bien 
neceffaire qu'ils euflent expliqué 
cnquoy confîftoit cette raifon par- 
ticulière , & comment la police y 
pouuoit eftre intereflee. Qui confî- 
dercra la^republique dlfraël, com- 
me elle fut conftituee au premier 
cftablilfement de fes loix , y remar- 
quera aifément deux choies. 1% 
première , que lautorité paternel- 
le y eftoit en fouueraine rccom>' 
mandation. Ce qui paroift en ce 
qae, commei'ay remarqué cy def- 

Bb 3 



|^(^ D^s Droits des ç^ariages 
fus , le précepte qui la rccomnwn- 
de auoit efté mis àla tefte deifcus 
les autres commandemens de la fé- 
conde table de la loy morale, & ea 
ce que chaque famille eftoit telle- 
ment conftituee^quç leperc y auoit 
quafî vn pouuoir abiôlu fur fes 
feruiteurs & fur fes enfans. La 
féconde j qu'encore que Tirnage &c 
h refplendeur de cette autorité 
paternelle, (e répandift , comme 
elle fait naturellement, fur tous les 
çnfansdVnemefme maifon y d'oiI 
dépendla prohibition de leur ma- 
riage , fi, eft-ce que cett^autonté 
paternelle reluifoit d Vne facjon in^ 
Gomparablemcnt plus illuftre & 
Plusreconnoiflable enlapcrfpnne 
delaifné , que non pas en celle de 
tous les autres. De forte que Taifné 
c^pit comme vn autre chef de la 
feiniîlc ^ d'où vient que Premier ne 



Conftderatïon Jixïefme. 35)1 

en la langue Hébraïque , fignifie 
quelquefois Seigneur CT' Vom^na- 
teiir^conic en ces mots, qui imitent 
le ftile des Hcbrieux^ Chnft efl le 
Premier né de toute créature : Se queU 
quesfois robnjle &C^^titjJ^ar^y & armé de 
forc^& d'autorité j comme en ceux- 
cy, le premier né de la mort. Pourcc 
donc que le premierné cftoitdefî 
grande confîderation en Ifrael par 
1 inft itution & la couftume de cette 
police, 6c qu au refte mourir fans 
cnfans cftoit vne calamité eftimec 
beaucoup plus grande parmi ce 
peuple là, qu'elle n a iamais efté en 
aucune autre nation , Dieu voulant 
conferuer autant que faire (epou- 
uoit,Ie nom de Paiihé, & en ce nom 
le refped&la recommandation de 
l'âutoritc paternelle , à voulu que le 
plus proche de fes frères qui luy 
furuiuoyentjluyfufcitaft de lapo-^ 

Bb 4. 



3':92, Des Droits des Mariages 
fterité , laquelle portoit fon nom^ 
& venoit à la fucceiTion du père 
auec le tiltre & les auantagcs de î'aif- 
ne0e,&envnmotjle reprefentoit 
comme s'il euft encore aduclle- 
mçnt efté wuanc. Car pource que fa 
vefue gardoit encore en fon vefua- 
gc la relation de ccluy qui eftoit dé- 
cédé, lautorité delà loy y interne-- 
nant , les enfans qu elle auoit du 
frère qui luyfuccedoit immédiate- 
ment, pouuoyent auec grande ap- 
parence de raifon 5 au moins quant 
à I eiFe6l ciuil & politique de la (iic- 
ceffion^reprefenter laperfonne de 
celuy qui auoit elle le premierné de 
la famille. Et que c'en fuft là la rai- 
fon^ilen appert aflez de ce que ce 
n'eftoyent pas feulement lesfreres 
qui eftoyent obligés d'époufer la 
vefue de laifné de la famille par 
Pautorité delà loy , mais aufli,à 



Conjîdcratian /îxîcfme. 395 
défaut de frères , les plus proches 
parens , afin de conferuer le nô & 
l'autorité de la primogeniture , &C 
de garder au rertevne règle cercauiC 
en la diuifion des bicns.Or tant s'en 
faut qu en celalautorité paternelle 
ait efté ou violée ou négligée , quil 
n y arien qui la recommande tant 
que cette inftitution. Cependant, 
bien que les raifons de ces deux dif- 
penfes foyent fî manifeftes & fi per- 
tinentes , iene laifTeray pas pour- 
tant &d'adjouter& de repeter icy, 
quilny auoit que Dieu lèulà qui 
peuft appartenir le droit de les don- 
ner. Car comme danslaPhyfique, 
il n y auoit que luy feul^ni qui peuft 
cxaiiement iuger de combien de 
degrez d'importance l'appétit de 
iVnion entre les chofes qui compo - 
fentle monde, lemportoitfiir les 
inclinations particulières des cho- 



3^4 '^^^ Droits des zyJdariages 
(cs'legeres ou pefantcs , ni qui dans 
la rencontre ôc le confliâ: de ces 
deux inclinafions , pcult donner 
aux eliofes pelantes la vertude mo- 
ter en haut, &: aux légères celles de 
defcendre vers le centre : Ainfl 
dans les chofes Morales il n'y a eu 
qucluy non plus qui aitpeuiuger 
aflcz exadcment de combien de 
degrés d'importance eftoit la caule 
qui rmduifoit à la difpenfe ,au àcC- 
fus de celle qui le pouuoit empef. 
cher de la donner , ni qui ait pea 
oârroyer à fes créatures raifonna- 
bles le pouuoir & l'autorité de paf- 
icrpardeffus cette forte de droits, 
qu il auoit établis en la nature. Joi- 
gnes à cela que les raifons qui l'ont 
induit à difpenfer du droit denatu-^ 
rcen ce premier exemple, n ayant 
lamais ou & ne pouuant iamai-» 
auoir licuquVne fois^ ce qui fait 



Conjtderatton fixiefme. 395 
qu'aufli nous ne voyons pas que 
Dieu ait iamaisdifpenfédc lalorce 
fînon cette fois la feulement , ce 
feroit vneaudacieufe, téméraire, & 
tout à fait peruerfe imn:ation de fon 
adion , que de la vouloir tirer en 
confequence. Et quant à ce qui eft 
du fécond , s'il a pieu à Dieu que 
Tautorité paternelle reluifift dans 
la republique d'Ifraëlen lapcrfon- 
ne de laifné , au delà de ce que por- 
te la difpofîtion precife de la natu- 
re :, ce qu'il y auoit de plus eft de 
droitpofîtiffeulcment,&a dépen- 
du de la pure volonté de Dieu, qui 
Ta ainfi ordonné pour des raifons 
fans doute importantes , mais dont 
le iugement appartient à fa ieule fa- 
pience. Comme donc il n'y a hom- 
me en la terre , qui ait le droit & 
Tautorité de donner aux enfans , ou 
à iVn deux , plus de rayons de la 



3 5)^ Des Droits des Mariages 
puiflfance paternelle , que la natu- 
re mefme n'en donne par le moyen 
de la génération , aufli n y a t*il au- 
cun qui fous ce prétexte, ait le droit 
& Tautorité de difpenfèr des de- 
uoirs de la nature, en ce qui eft de 
cette affinité qui empefchela con^ 
jon6tion auec la femme de fon 
frère. 

Qopy donc ? dira icy quelquVn: 
ny a t*il rien en cette matière des 
mariages , dont les hommes puif- 
fent di{penfer? Et fî cela eft ^ quel 
iugement doit on faire de tant de 
dilpenfes , qui fe donnent depuis fî 
long-temps , & par l'Eglife & par les 
Princes ? C eft icy la dernière que- 
ftion que ie nie fuis propofé de 
traitter , & pour Texplication de la- 
quelle il eft befoin d examiner deux 
chofes, Premièrement ^quelles loix 
peuuent eftre faites par les hom- 



Confderation ftxiefme. 397 
mes, pour la prohibition des ma- 
riages que le droit de la nature n a 
point défendus. Secondement , à 
qui il appartient de leseftablir:, & 
par confequent d'en donner aufli la 
difpenfe. Or quant à la première de 
CCS queftions, on en peut tirer quel- 
que éclairciflement de laconfîde- 
ration de Teftat de la nature , & de 
la conduite de la Prouidence qui la 
gouuerne. Car dans les chofesef- 
quellesilnya point eu defujft de 
craindre que Tordre de la nature 
vintàfe détraquer, la Prouidence 
s'eft contentée de donner a cha- 
que partie du monde , la conftitu- 
tion de fon eftre, fes mouuemens, 
fes fondions , & fes opérations parv 
faitement bien réglées, fans autre 
précaution d*aucune chofe hors 
d'elle mefme^ qui feruifta lacon- 
feruation de fon eftat. Comme 



55>8 'Des T)roits des AîarUgts 
pour exemple , dans les Cicux, li 
Prouidence a mis vnc nature fi con- 
liante, vn ordre fi permattent , & 
des mouuemens iî bien règles, qu'il 
a a point falu apporter d autre cho- 
fc pour les confcruer , fînon les in- 
telligences quiles meuuent,ou, lî 
vous le trouués mieux ainfî , la na- 
turelle forme qui leur a eftè don- 
née , fur la conduite de laquelle la 
fageffe de la Prouidence prefîde cf- 
ficaocment. Àinfî depuis le com- 
mencement du monde iûfquà 
inaintenant , leurs courfcs fe font il 
vniformément maintenues fous 
Tautorité & dans la règle desloix 
qui leur ont efté pre{crit<!:s, qu'il n'y 
cft point arriué dedefordreni d*al- 
teratiôn. Mais en celles ou il y a eu 
quelque occafîon de craindre du 
dérèglement , elle y a apporté deâ 
ïbins tout à fait particuUers » à c^ 



Conjtderation fîxicjme. 35?5> 
<^uc les loix de la nature ne fuflfenc 
point transgreflfees. Pour exemple, 
il la mér n'euft point efté fujette a 
d autres mouuemens qu a celuy de 
fon flux & de fon reflux , pource 
qu'il eft déterminé par la nature , &c 
qu'il ne fe peut iamais dérégler^ 
au moins d'vne façon qui foit tant 
foitpeuconfiderablc^iln'eufl: point 
cfté befoin que la Prouidcnce mift 
alentour d'elle des coftes fî hautes 
&fi releuees que celles que nous y 
voyons,ïl euft fuffi feulement qu el- 
le luy euft creufé fon li£t comme 
elle a fait, &qu elle luy euft donné 
Viie eftendué capable de la rece- 
uoii",lors qu^elle vientàs'épandre 
iufqucsoula plus haute de fes ma^ 
rees peut atteindre. Mais parce 
que la mer eft fujette à lagitatioii 
des vents, qui la porteroyeat beau- 
coup plus loin que ne fait fon mou^ 



400 T>es Droits des Ménage 
uemcnt naturel ^ fi la Prouidencé 
ny auoic donné ordre, elle a efte 
renfermée entre des coftes, comme 
entre de grands ramparts ^ qui ne 
Tempefclientpas feulement de s*a- 
uancer fur les terres plus qu'il ne 
faut 3 mais bien fouuent la contrai- 
gnent & la refferrent plus à l'eftroit 
quene deuroit^ce femble, porter 
l'abondance de fes eaux, & le mou- 
uementqui luy a eftédonnéparla 
nature. EtcettefagefledelaProui- 
denceaefté imitée par la prudence 
des hommes en diuerfcs occurren- 
ces. Pource que le monde ne fe pou- 
uoit maintenir, finon eftant diuifé 
en diuers (ocietez , il a falu baftir 
des villes dans lefquelles elles (e re- 
cueilliiTent Et pour la nourriture 
de leurs habitans , il a fallu qu elles 
ayent eu chacun leur territoire fe- 
paré, dont les fruits fulTent portés 

\dan9 



Conjtderation fixiejnie. 401 
dans la ville , &conferuez pour la 
nourriture des citoyens. Si donc les 
hommes ne felaiflbyent point em- 
porter à leurs pafïions, ce feroit af- 
lez pour cela d auoir quelque légè- 
re defenfe contre les iniures de lair, 
& les incuriîons des beftes fauua- 
ges, & , fî vous le voulez encore 
ainfî , contre les (ècrettes entrepri- 
fes des larrons. Mais parce quehn- 
juftice &c la violence portent les 
hommes a d 'étranges extremitez, 
il a fallu outre les fimples murailles, 
faire des fo fiez bien profonds, &c 
des remparts bien forts 6c bien éle-* 
uez, & porter les dehors &lesfor- 
tifications bien auant dedans les 
terres , qui autrement eufTentcfté 
vtilement employées à lafemence. 
Or font ces dehors & cesdefenfes, 
autant de précautions préparées 
cotre la paffion qui porte les hora- 

Ce 



4Ci Des Droits des Ménages 
mes au delà des termes de rinftitu- 
tion de la nature. Danslcsloix poli- 
tiques il en eft de mefmes.Il eft fans 
doute de Tinflitution de la nature, 
que les hommes fc relafchent&fe 
diuertilTcnt quelquefois de leurs fe- 
ricufrs occupations à quelque jeu, 
afin que con^mc vn arc quia efté 
quelque temps détendu^ en eft plus 
fort & plus vigoureux lors qu'on 
vient à le retendre , Tefprit s'eftant 
vn peu relafché par la récréation, 
apporte plus d'allegrelfeà fcsope^ 
rations quand il y retourne. De 
plus, il n'eft pas abfblument contre 
les loix de la nature,(au moins com- 
me plulieurs le veulent eftimerj 
qu il prenne quelques vues de fes 
récréations dans les diuerfes ren- 
contres du hazard, dont la variété 
& la bigarrure eft merueilleufe. Et 
firhommcne fe laiffoit point trop 



Conjtderanon fxiejmc. 405 
aller à (a paflion 3 ilncfcroitpoinit 
ncGeflairedc faire là dcfTus des loU 
qui le reglaâcnt. Deluymefmcil y 
apportcroit aflez de règle & de cir* 
confpedion. Mais parce qu il ne 
garde aucune modération dans les 
jeux , &que nommément il arriuè 
ic ne {^ay comment, que ceux qui 
font fondez fur le liazard , le trans- 
portent ordinairement bien loia 
au delà des bornes , ça efté vne fa- 
ge précaution aux legiflateurs , que 
de les défendre abfolument, afin de 
retenir pluftoft les hommes au deçà 
de ce que la nature permet, que de 
leur lailTerloccafion de s'empor- 
ter comme ils feroyent autrement, 
bien loin au delà de fcsloix,&dc 
ce qu'elle ordonne. Dans la méde- 
cine on pratique le femblable. Car 
on ne (è contente pas d ordonner 
ici remèdes à ceux qui font mala- 

Ce i 



4304 ^^^ Droits des Mariages 
des eifediuement ; on donne aufïî 
despreferuatifs à ceux qui ne le font 
point encore. Et bien que s'il n'y 
auoitpointdc péril ou de prendre 
du inauuais air , ou de tomber en 
quelque inconuenient , on n obli- 
geroit pas les hommes^ foit à IV- 
fage despreferuatifs, (bitàrexaéti- 
tude du régime , par lefquels on va 
au deuant du mal pour s'en ga- 
tentir , fi eft-ce que quand on eft 
menacé de ces dangers , on ne feroit 
pas eftimé bon & prudent méde- 
cin j fi on n'y pouruoyoit de la for- 
te. Dans la Morale, Ariftotedit^& 
la nature mefme l'apprend /qu'il 
fuffit de ramener les pafïîonsà la 
médiocrité , & que c'eft en cela que 
confîfte la vertu qui lesgouuerne. 
Et neantmoins le mefme Philofo- 
phe nous aduertit,quepourçe que 
nous fommes naturellement en- 



Conjtderation fxiejme: 405 
clins à la volapté , &c que nous nous 
portos beaucoup plu ftoft à l'excès, 
que nous ne demeurons dans le dé- 
faut , il eft plus expédient de nous 
réduire par Texcrcice, à vfer moins 
de la volupté que la nature ne nous 
permet, afin de nous retenir plus 
aifément dans les bornes qu elle 
nous donne. Comme quand vne 
plante fe courbe trop au Midy, on 
la tire vers le Septentrion , dautant 
que fa naturelle inclination la ra- 
mènera toufiours affez au milieu,& 
que fi vous vous contentez de la y 
redre{rer,elle ne s y pourra pas te- 
nir ferme. C'eft pourquoy il dit 
qu'encore que la volupté ait , com- 
me Hélène , de grands attraits, & 
qui empefchent qu on ne doiue 
trouuer étrange que les jeunes gens 
s'y laifi ent amorcer 3 ainfi que Paris 
auoit fait j fi vaut il mieux la ren- 

Cc 3 



40^ Des Droiâs des Mariages 
uoyer tout à fait y félon le confeil 
des plus vieux ^ Se des plus fagesde 
Troye. Ce qui eft proprement 
faire vn peu plus que la nature des 
chofes ne veut, afin de pouuoir 
bien exécuter cequieftde fesor-> 
donnances. En vn mot, comme les 
luifs , lors qu ils prefcriuirentdc ne 
bailler que trente neuf coups pour 
quarante, difoyent qu*il faloit met- 
tre vne haye alentour de la Loy, 
afin qu'on ne vint à la violer plus 
aifément , & qu'on ne paflalt le 
nombre des quarante , ainfî eft il 
expédient d arrefter la conuoitife 
de riiomme vn peu au dec^a des 
droits de la nature , dans la matiè- 
re dont il s'agit , afin quelle ne s e- 
mancipepasau delà de ce qu elle a 
voulu nous eftre honnefte & légiti- 
me, rdlimc donc que c'a eftéauec 
beaucoup de prudence qu on a de- 



Conjtâcratïonjtxiefme. 407 
fendu quelques mariages , non 
parce que d'eux mefmes ils fuf- 
lènt mauuais y mais parce qu'ils 
auoifinenc de trop prcs ceux qui 
font mauuais , & qu il n y a qu vn 
pas gliflant deux à la violation des 
droits de la nature. Ce que fain£t 
Auguftin a fagement remarqué en 
quelque lieu de fes liuresdela cité 
de Dieu. Seulement feroit ilàdcfî- 
rer qu'on y euftefté plus retenu, & 
qu on neuft point eltendu la cho- 
ie il loin , qu'on en a défendu quel - 
quesvns ^ qui tant s'en faut qu'ils 
approchaflent trop prés de ce que 
la nature défend dans les confan- 
guinitcz& dans les affinitez , qu'ils 
ne font pas mefmes compris dans 
l'enceinte de ces noms , pour fî 
loin qu'on les prouigne. Deux cho- 
fcsdonc font icy fingulierement à 
obfcrucr. LVne , que ceux à qui 

Ce 4 



4o8 T>es Droits des Mariages 
Tautorité d'eftablircesloix appar- 
tient^ fiffent telle confideration des 
droits de la nature en cet égard, 
quilsnereftreigniflentpas trop la 
liberté qu elle nous a donnée. Car 
comme il y a de la témérité &de 
roflFenfe conti^ le refpecSt que 
nous luydeuons, non feulement lî 
nousn'obferuons pas fesloix, mais 
mefmesfi nousnefaifons &n'efta- 
bliflons toutes celles qui font rai- 
fonnablemétneceffairesàcequon 
les obferue : aufïî y a t'il de la tyran- 
nie à nous rauir ce qu'elle nous a 
accordé, lors qu'il n'y a point de 
péril d en malvfer,ni de commet- 
tre d'offcnfe alencontre d'elle. Et 
femble qu* elle nous aduertit aflez 
d'elle mefme y que ce feroit aflfez 
que la précaution de noftre pru- 
dence defendift le mariage dans les 
degrez qui font les plus proches 



Confderation fxiejhie. 409 

de ceux qu'elle mefme a défendus, 
& qui les touchent immédiate- 
ment 3 afin de ne mettre pas haye 
deflfus haye alentour de la Loy , & 
deny amonceler pas des precau-- 
cions inutiles.Uautre^ que lors qu'il 
faudroit relafcher quelque chofc 
de ces loix , & donner difpenfc de 
leurs obferuations, on le fift de telle 
façon, qu'on cuitaft toutfoupçon 
d'auoir eu plus d'égard à fon profit 
particulier, qu'à la reuerence qui 
eit deuc aux inftitutions de la na- 
ture. 

Pour ce qui eft delà féconde de 
CCS queftions , à qui il appartient de 
faire ces loix &d en donner lesdi(^ 
penfes , il n'y a perfonne qui ne 
Icache la différence qu'il y a entre 
donner fon aduis fur ce qui efl: du 
droit, & armer cet adui&de ce nom 
dcLoy, pdur en rendre l'obferua- 



410 T)es Droits des tJ^^rUgés 
tion inuiolable. Pour iVri ^ il ne 
faut que de la prudence &c de la 
cannoiiTance de la nature dcscho- 
fes feulement. Pour lautre , il faut 
de la puifTance & de lautorité > ce 
qui ne vient que de leminence de 
quelque charge que Ton a foiten 
l'Eglife^ foit en la République. Et 
quanta ce qui eftdc donner aduis 
fur ces loix , puis que nous auons 
monftré cy deffus que la nature 
nous a donné fes enfeigncmcnsaf- 
fez particulièrement fur toutes les 
choies qui concernent le mariage 
&fcsdcpendances, &que d'ailleurs 
la conjondionderiiommeauecla 
femme , pour la génération des en- 
fans ^regarde d Vn cofté la religion^ 
& de lautre la focieté politique , les 
Phiiofophes,&lesTheologiens,& 
Icsxlurifconfultes peuucnt bien 
auoir chacun leur part en l'examen 



Conjîderation fixiefmc. 411 
cîc cette matière , à ce quclesloix 
en foyécertablies auec plusdmtel- 
ligencc &c de circonfpection. Les 
Philofophes :, parce que c'eftàeux 
à bien entendre ce que c'eftqucdc 
la Morale , & iufques ou s ellendent 
les inftrudions qu elle nous dcnnc, 
pour conduire toutes nos actions à 
la vertu. Les Théologiens , parce 
que Dieu ayant en fa Parole déter- 
miné de ce qui eft du droit de la na- 
ture en cet égard, ils doiucnt mieux 
que les autres entendre les caufes & 
les motifs de cette détermination. 
Et dautant que d'ailleurs cette con- 
fultation qui concerne les prccau* 
tions qu'il faut apporter à ce queles 
Loix de Dieu & de la nature {oycnt 
inuiolablement obferuees, dépend 
en grande partie de la connoifl'ance 
dece quipeut {cruir à édification^ 
ilsy'doiuent eftre entendus, com- 



412. Des Droits des Mariages 
me ceux à qui la charge delà pro- 
curer à efté particulieremdtit com- 
mife.LesIurifconfultes finalement, 
parce quoutre que k lurifpru- 
dence elt tirée des îburces de la na- 
ture^ &: n'cft rien finon vne appli- 
cation des reglemens généraux de 
la Philofophie Morale , auxchofcs 
& aux a6tions particulières , des- 
quelles toute Tadminittration & la 
conduite delà vie des hommes dé- 
pend, cefta eux a iugerde ce qui 
peut apporter ou du dommage ou 
aelYtilitéau public, d autant qu'c- 
ftans perpétuellement occupez 
%lans les affaires de lavie,rvrage &c 
Texperience des chofes leur y ac- 
quièrent des connoiflfances, que les 
autres ne peuuentpas auoir en vn fî 
haut point. Ainfi ieroitil befoin 
que les ordonnances qui fe font à ce* 
fujet j fuflent formées en des af- 



Conjtderation Jîxicjme, 415 

fcmblecSj dans lefquellesily euft 
dcsgcnsverfésen toutes ceslcicn- 
ces. Quanta ce qui eft de leur don- 
ner lautoritc & le nom de Loy, 
pourcequelcs loix ne font rkn fî- 
non les communs réglemens faits 
en chacune focieté pour fon gou- 
uernement , par lautorité de la 
puifTancefouueraine qui y eft éta- 
blie, il n'y a nulle doute que toute 
focieté qui fe gouuerne par Ten- 
tremife de quelque puiflance^ n'ait 
droit de fe conftitueràellemefmc 
des loix en cet égard, entant & pour 
tant que le mariage la concerne. 
Puis donc que nous auons pofé cy 
defl'us que le mariage a égard a la 
focieté religicufe, & à la focieté po- 
litique, iVne & lautre doit auoir (es 
loix pour telles conjondions, afin 
qu elles ne fe faf&ut que bien & 
légitimement. Et d autant que tou- 



414 T^^^ Droits des Mariages 
te loy ordonnée pour le gouuet- 
nement dVne focicté, cft confti-* 
tuée auec dénonciation de peine> 
chacune de ces deux focietezpeut 
& doit armer ces loix de la fandion 
qui porte dénonciation des pênes 
qu elle apuiflancc d'infliger, & dôt 
laucorité iuy a efté raifônnable- 
ment commife. Partant, la focieté 
religieufè eftant toute fpirituellc, 
doit icyeftablir des pênes lefquel- 
les concernent rcfpric , telles que 
font les cendres &: les excommuni- 
cations j &: la focieté politique re- 
gardant plus particulièrement le 
corps , doit eftablir des pênes de 
mefme facjon , c'eft à dire qui con- 
liftent en priuation de biens & 
d'honneur, &, fi le cas y échet,cn 
perte mefme de la vie. Pourcequi 
cft delà relaxation oudcladifpen- 
fc de la rigueur de ces loix, on peut 



Confderationfixiejmc^ 41J 
faire deux demandes. L Vnc j s'il eft 
iufte <ju'il s'en faflc quclqucsfois: 
X.*autre , à qui il appartient de les 
faire. Or quant à la première j puis 
que les loix desquelles nous parlons 
ne font point autrement du droit 
de la nature , finon en ce que ce 
font des précautions que Ton ap- 
porte pour fa conferuation j & que 
Ton n'apporte ces précautions fi- 
non à caufe du péril qu'il y auroic 
autrementquelesinftitutionsdeJa 
nature ne fuffent pas afTez rcligieu- 
fcmentobferuecs,fi par lattentiue 
cofîderation des circonftances des 
chofes , il fe trouue que de ladif- 
penfe de ces précautions il ne refai- 
te point de péril pour ce qu'il y a de 
naturel dans les loix du mariage^ou 
qu'encore qu'il y euft quelque pé- 
ril, on y puife aifément remédier, 
iljcu eft de celles- cy comme de ton- 



4itf T^(^s Droits des (^yfdlariages 
tesautres loix qui ne font pasfon- 
dees en vn droit inuiolable , c cft 
que ceftuy-là en peut difpenfer^ qui 
a puiflance de les faire. Car puis que 
ces loix ne font eftablies que fur la 
raifon delytilitéqui en renient, IV- 
tilité ceffant, ou la puiifance qui les 
a eftablies y pouruoyant par quel- 
que autre voye également, il n y a 
nulle necefïité dans la nature des 
chofes, ni nulle obligation de leur 
eftabliflement , qui empefche que 
la puiifance qui les a conftituees, 
nen relafche Tobferuation félon 
les occurrences. Seulement y peut 
on apporter cette circonfpe6tion, 
que pource que les frequen tes rela- 
xations équipoUent quafiàlabro- 
gation dVne loy, ou fi elle n y cqui- 
pollent entièrement, en fin pour- 
tant elles la tirent en confequence, 
ileft de la prudence de ceux à qui 

appartient 



Conjîderdtion fxiejme. 417 
appartient cette adminiflration^de 
donner ces difpenfes & ces relaxa- 
tions le plus rarement qu'il fe peut 
faire. Car fi la nature de la loy Faite 
pour précaution, eft telle , quelle 
puifle fouifrir de fréquentes rela- 
xations, elle n a pas grande vtilité 
en foy , & par confequent elle peut 
bien ou neftre point eftablie , ou 
eftre entièrement abrogée. Mais 
s il en renient vne fi grande vtilité 
qu elle approche de laneceflîté, les 
fréquentes relaxations ncpeuuent 
eftre fans préjudice du public , &c 
par confequent elles font condam- 
nabks.Pour ce qui eft de la féconde^ 
il eft du droit commun de la nature 
&: de tous les hommes 5 que ce foit 
ceux à qui il appartient de faire les 
loix 3 quidifpcnfentdeleurobfer- 
nation , &qui relafchentdela ri^ 
gueur des dénonciations lefquelles 

Dd 



4i8 Des T)roîts des Mariages 
y font attachées. Car puis que les 
loix font ordonnées pour legou- 
uernementde lafocieté,&legou- 
uernement pour fa conferuation, 
s'il eft permis à quelques autres qu a 
ceux a quicegouuernementappar* 
tient , de difpofer des loix à leur 
fantaiile , il faut faire eftat que 
Tordre & le gouuernement eftren- 
uerfé, & par confequentla focieté 
ruinée. Partant , puis que nous 
auons pofé cy deffus, que la focieté 
religieufe, aufli bien que la politi- 
que, a l'autorité d'eftablir certai- 
nes loix pour ce qui regarde les ma- 
riages, & de les foûtenir de certai- 
nes fanâ:ions,& de la dénonciation 
de certaines peines, il eft conuena- 
ble à nos principes que nous déter- 
minions quelles ont , chacune en 
fon endroit, Tautorité d'endifpen- 
fer, en y apportantles circonfpe- 



Conf aération Jixicfme. 415) 
dions & les égards qui font neceC 
faires^non feulement pour le con- 
tentement des particuliers , mais 
auffi principalement pour IVtilité 
du public,& pour Tédificatio com- 
mune. De forte que quand la focie- 
té religieufe difpenfe de ces loix, 
elle exempte des peines fpirituelles 
qui font en fa puiflfance. Et quand 
la focieté politique le fait , elle 
exempte de celles qui font ordon- 
nées pour le corps , & qu ainfî elles 
n'enjambent point IVne fur lau- 
tre , & n'entreprennent point fur 
lescliofesquine font pas de leur 
iurifdiction. 

Icy finiray-je par la folution dV- 
ne difficulté , quifemble bien im- 
portante. Qupy donc?dira icy quel- 
quVn-.s'ilarriue contention entre 
ces deux lurifdidions^&que Tvne 
vueille difpenfer , & que Tautre ne 

Ddi 



410 T^<^s Droits des tj^ariages 
le vueilie pas, quel moyen de ter- 
miner ce différend, ou laquelle des 
deux le doic emporter par deiTus 
lautre ? Nous auons iufquesicy po- 
fe,quecesIoixque nous appelions 
de précaution , ne font de Tmftitu- 
tion de la nature , fînon autant 
qu elles font vtilcs pour feruir à la 
conferuationdefes droits. Et par- 
tant elles font de chofès qui de leur 
nature font in différentes , & qui dc- 
uiennent bonnes ou mauuaifes feu- 
lement par les circonftances^ & par 
Tautorité du Legiflateur qui les éta- 
blit. Or eft il bien vray que les per- 
fonnes priuees& particulières^ font 
obligées des'affujettiraux loix que 
la fociecé religieufe ordonne tou- 
chant Tvfage ou l'abftincnce des 
choies indifférentes de leur nature. 
Car dVn codé il eft delà modeftie 
de chacun des particuliers , d'auoir 



Conjtcleratidn fxicfme. 41 x 

cette opinion, que ceux à qui la 
conduite de cette focxece religicuie: 
eft commilc, 6nt vne plusgiaaae 
mefure de prudence, pour iuger (ur 
les diuerfes circonftances des oc- 
currences, de ce qui cil expédient^ 
&quipeutferuiraedificacion.C'eil 
pourqaoy > ne compriflent ils pas 
entièrement la raifon de la coniti- 
tution de TEglifc en telles chofes, il 
eft de leur deuoir de luy déférer au- 
tant en telles occafions:, que les en- 
fans défèrent à leurs mères en beau- 
coup de chofes ^ pource qulls ont 
cette bonne opinion déciles, qu'el- 
les ont plus de fageffe & plus de rai- 
fon qu eux. Et de l'autre corté, 
quand les perfonnes particulières 
auroyent vne pleine connoiflance 
que l'Eglife fe feroit trompce en 
quelqu vne de fes conftuutions en 
cet égard 3 fi dament- ils cela a la re~ 

Dd^ 



41^ D^^ Droits des (JMarïages 
uerence de Tordre que Dieu a efta^ 
bli en cette focietè , cjue pour des 
chofes indifférentes en elles mef- 
meSj&dontilsfe peuuent fort ai- 
fément abftenir , ils ne remuent pas 
la tranquilité de la focieté toute en- 
tière , & ne donnent pas de mauuais 
exemples d'irreuerence & de rébel- 
lion. Car rEglifeefl: comme le mé- 
decin de nos âmes. Si le médecin eft 
fufpeûd'empoifonnement, il faut 
regarder de bien près ace quil or- 
donne, afin de ne mettre pas fa vie 
en vn manifcfte péril. Si après y 
auoir bien diligemment pris gaide, 
il fc trouue que véritablement au 
lieudemedeciner , il empoifonne, 
il fe faut retirer de deffousfon gou- 
uernemcnt , & commettre le foin 
de fa vie & de fa fanté à vn autre. 
Mais s'il fe trouue qu au fonds il 
donne de bons remèdes & neceffai- 



Confdcratîon fixiefmeo 415 
res félon lart ^ dont le malade retire 
vnfoulagement manifefte ,dc for^ 
te qu il n y ait rien a red irc en fa pra- 
tique ^ finon qu'il charge Ton mala- 
de de trop de petites urdonnances 
inutiles , ou au moins qui nepro- 
duifent pas beaucoup d'eifeit, c eft 
trop d'impatience que de k rejet- 
ter pour cela 5 le bien qui en vient 
au principal, mérite bien qu'on eu 
endure quelque peu de chofe en 
TaccefToire, Mais quant à cette au- 
tre focieté à qui eft comrftrerad- 
mmiftration deschofes politiques, 
& quant aux puiilances fouuerai- 
nes,entreles mains dc{(]ucîles Dieu 
a mis lautorité en depoft > il y a 
vue mcrueilîeufe différence. Car 
pour ce qui eft de Ibpinion de pru- 
dence, elle peut en ces cliofes cftic 
auffi grande en la puiflance Politi- 
quen rEcclefiaftiaue:& bien fou- 

Dd 4 



42.4 ^^^ Droits des Mariages 
uent il y a au gouuernement des 
Eftats, des gens beaucoup plus en- 
tendus au lugement des cirçonilan-^ 
ces particulières des chofes qui le 
prelentenc, qu'il n y en a entre ceux 
qui font ailis au gouuernail de la io- 
cieté qui a le foin de la conferua- 
tion delà pieté. Quoy que c^'enibit, 
les alleniblees des peuples dans les 
DemocratiesJesSenatsdanslesAri- 
Itocraties^&danslesMonarchiesles 
Confeiîs des Rois & les Rois met 
lîieSj doftient eftre prefumés ne cé- 
der en rien du tout aux perlonnes 
Eccleiiaftiques ^ en ce quieft de la 
prudence & de la fagefledu gou- 
uernement. Et pour ce qui eit de 
la reuerence de Tordre , diuerfes 
chofcsnous obligent àdire ^ qu'en 
cette occalion la puilTance fccu- 
licrc doit preuaioir. Premiere- 
jnent, puis quç la puilTance cpni- 



Confideration (txhfme. 415 
mife à rÉgiife eft toute Ipiritueiie, 
& qu elle ne peut vanger ia rébel- 
lion commilè alenconire de les 
I01X5 fînon par lescen(ures& les 
excommunications, &quela puif^ 
Tance feculiere eft armée de torce 
&: de violence pour faire exécuter 
fesvolontez , il eft de lapruden'ce 
de TEglife de céder au plus fort , cc 
de faire taire fes canons , où ceux 
de la puifl'ance fouueraine ton- 
nent. Car que feruira de fulminer 
des excommunications, lors que le 
fouuerain Magiftrat foudroyera 
tout de bon ceux qui luy feront re- 
fiftance? Puis apres^ il eft de fon de- 
uoir encorcjà le prendre par la con- 
fcience. Certes dans Icschofes que 
Dieu & la nature ont inuiolable- 
ment eftablies,fi la fouueraine puif^ 
fance nous veut obliger à les violer, 
il s'y faut oppofer par remonftraces 



4 2 <? Des Droits des Aîarîages 
faites auec toute forte dliuinilité: 
&fi on nelapeut fléchir , fouffrir 
plutoft perfecution^ &fe monftrer 
inuincibleenfa patience. Les Apo- 
ftres nous ont appris & par leur 
exemple 3 & par leurs propos, & la 
nature mefme confen t à leurs enfei- 
gnemens, qu'il vaut mieux obeïr à 
Dieu qu'aux hommes. Mais quand 
il cft queftion de chofcs qui font 
indifterentes de leur nature ^ & ou 
Dieu ne nous a point donné d'ex- 
prefTe déclaration de fa volonté, 
i autorité dont il areueftules puif- 
fances fuperieures qui gouuernent 
les Eilats , nous doit eilre en telle 
recommandation , que qui que 
nousfoyons ^ nous leur rendions 
vne pléne & entière obeïfTance. Ce 
n'eft pas qu'on ne leur puiiTere- 
monitrer,ou le dommage qui en 
peut reucnir aux particuliers , ou le 



i 



Confderdtïon fxïefrnc. 417 
péril qu en encourt rédification 
commune. Etcclas'eft ainlî prati- 
qué en tous les fîecles. Mais où la 
voix de la remonftrance ne produit 
rien, il ne refte à l'Eglifeen telles 
occafions fînon la gloire de To- 
beïlTance. En fin^ s'il eft en quel- 
que façon de la difpofîtionde la 
nature , qu'on vfe de quelque pré- 
caution pour empefcher &dansles 
mariages , & ailleurs, la violation 
de fg^s loix^ileftencoreplusdelln- 
ftitutionde la nature^ & de la vo- 
lonté de Dieu ^ d'apporter toutes 
fortes de foins &i de confidcrations, 
àcequelatranquilité ^rdeTEglife 
& de la Republique ne foit point 
troublée. Or ne pcuuent ces deux 
focietés entrer enfcmblc en con- 
flid^ qu elles ne perdent également 
leur repos ,enlaconferuation du- 
quel gift la félicité de celle-cy , &c 



42.8 Des T)roiis des JMdrlages 
en fa perturbation ^ la ruine & le 
renuerfement de la pieti: de lautre. 
le conclus donc que ces deux puif- 
fances doiuent d onncr leurs difpen- 
ies conjointement. Mais que Toit 
qu*elles s'accordent, celle qui cft de 
la puiilance feculiere eft: toufîours 
de beaucoup diperieure^n autori- 
té jfoit quelles né s'accordent pas, 
les dirpenfes ou les defenfes de ?£- 
frat , le doiuent pour toutes raifons 
emporter par delTus celles d^TE- 
crlifè. 



FIN, 



È%.àêâàààÈàààààààài 

EKKATA. 

PAgei<>.lin. i8. iiféjEn.Sc, 
Pag. 19» lin. 7. ^'A-^ au lieu de commeno- 
blejConucnabics. 
Pag. jo. lin. 7. aulieude parle, ///Vj pèche. 
Pag. j p. lin. 10. /'/orefpine. 
Pag. II 6. lin. i4.'/^-^> deTaffiiiité. 
Pag. 234. lin. dernière itjés s'eft corrompue, 
Pag. 240. lin./, ///^'jiiaift. 
Pag. 346. lin. 7. /y^'j beaux frères. 



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